Quand le luxe enflamme les enchères

Quand le luxe enflamme les enchères

Quand le luxe enflamme les enchères

Avant mais surtout pendant la pandémie, les collectionneurs se sont rués sur le marché du luxe et du vintage chic. Pourquoi ? Par quel biais ? Éléments de réponse.

2021 aura été une année intense et faste pour le marché de l’art et les enchères – en ligne et en salle – portés par un appétit croissant des collectionneurs pour de nouveaux investissements-passions. Ainsi, le trio de tête – Sotheby’s, Christie’s et Phillips – a vendu pour plus de 15 milliards de dollars en 2021. Un bon résultat, dopé notamment par le domaine en croissance du luxe vintage et de seconde main, englobant les montres, les bijoux, les voitures de collection, les sacs à main, les vêtements et sneakers ou encore le vin et les spiritueux.

Un secteur devenu clé, et sur lequel les maisons de ventes n’hésitent plus à surfer pour développer leur stratégie commerciale, les marques de luxe ayant laissé le segment de la seconde main leur échapper. Un virage pour les opérateurs d’enchères qui ne relève cependant pas du hasard si l’on regarde la dernière étude publiée par le Boston Consulting Group qui relève que le marché du vintage chic se chiffrait à 21 milliards de dollars (17,2 milliards d’euros) en 2020 et devrait atteindre plus de 30 milliards de dollars en 2022.

« Le luxe se démocratise »

Pour bon nombre de personnes, le terme même de « luxe » fait écho à la sélectivité ainsi qu’à l’exclusivité. En réalité, quelque chose d’assez flou, initialement réservé à un groupe d’individus fortunés. Cela semble désormais révolu avec l’émergence d’une classe moyenne de plus en plus importante qui aspire à acquérir des articles luxueux. « Aujourd’hui, le luxe se démocratise. Le développement de ce marché aux enchères, mine d’or pour tous les types de collectionneurs, facilite l’accès aux catégories de produits de luxe. Acheter de la seconde main est un nouveau chic », résume François Curiel, commissaire-priseur et patron de Christie’s Europe.

Quand le luxe enflamme les enchères

Outre le fait que le luxe représente pour beaucoup une opportunité de placement faiblement risqué, autrement dit une valeur refuge, « il représente un secteur auquel tout le monde peut s’identifier. Contrairement à certains départements des maisons de ventes aux enchères tels que les tableaux anciens, lart contemporain ou les arts d’Asie, qui demandent un certain niveau de connaissances, le luxe est facilement identifiable. Il permet à chacun de pouvoir s’offrir, et ce, à tous les budgets, un objet qu’il apprécie. C’est la raison majeure de son entrée dans le monde des enchères », continue le commissaire-priseur qui précise par ailleurs que « les enchères sont une source inépuisable de lots qu’on ne trouve plus sur le premier marché. Les mises à l’encan sont ainsi le seul moyen de trouver des pépites introuvables ailleurs. Prenons l’exemple des bijoux vintage. Aujourd’hui, les boutiques spécialisées ont disparu et les marchands et joailliers n’ont plus de pièces anciennes dans leur stock. Un collectionneur qui souhaiterait acheter un diamant cachemire, un rubis de Birmanie ou des émeraudes de Colombie les trouverait seulement dans nos ventes spécialisées dans le luxe. »

Idem pour les sacs à main, notamment Hermès, dont une importante collection a été dispersée à Paris chez Christie’s pour 2,2 millions d’euros. « Actuellement, aucun sac Hermès n’est disponible en boutique ou alors, il faut montrer patte blanche chez le maroquinier parisien. Les enchères regorgent de sacs vintage accessibles rapidement et simplement, à condition certes, d’y mettre le prix », souligne François Curiel.

Quand le luxe enflamme les enchères

Le digital se développe chez Sotheby’s

Fin 2019, après son rachat par Patrick Drahi, Sotheby’s décida de scinder ses activités en deux pôles : l’art et le luxe, afin d’être perçue comme la première destination pour acheter et vendre du luxe. « Cette catégorie est celle qui connait la plus forte croissance, notamment en ligne. La nouveauté, c’est le passage à la vente inter-catégories, où celles du luxe côtoient les beaux-arts sur notre site web, dans nos galeries et dans nos boutiques, offrant ainsi une expérience plus riche et dynamique », explique Josh Pullan, responsable de la division Luxury.

L’art ancien comme les tableaux de maîtres ou le mobilier classique n’étant pas inépuisables, Sotheby’s s’est donc focalisé sur le secteur du luxe, qui en 2021, a pesé 1 milliard de dollars, soit une augmentation de 78 %, un record historique. Un boom et un essor qui ont incité la maison à renforcer à Paris ses ventes liées à l’art de vivre et au luxe. En 2021, Sotheby’s a donc proposé dans la capitale française une première vacation consacrée aux vins, notamment ceux du domaine de la Romanée-Conti, et propose par ailleurs, et ce, depuis quelques années, des ventes thématiques de bijoux, de haute horlogerie ou de voitures anciennes avec sa filiale RM Sotheby’s. Une stratégie payante : la société a vu l’arrivée de clients plus jeunes et plus au fait d’internet, qui ont acheté et vendu en permanence afin d’agrémenter leur collection, ce qui a généré un flux régulier d’objets de luxe.

Quand le luxe enflamme les enchères

« Surtout pendant la pandémie, les gens ont passé plus de temps chez eux, et ont eu le temps de rechercher des objets exceptionnels et de faire des achats par passion. Nos ventes n’ont jamais cessé et les innovations numériques ont contribué à simplifier l’expérience de nos clients. En tout état de cause, nous assistons aujourd’hui à l’émergence d’une nouvelle définition du luxe, avec une nouvelle génération de collectionneurs millénniaux qui dépassent les catégories traditionnelles des bijoux, des montres et du vin pour s’intéresser au streetwear et aux objets de collection, à l’instar d’une paire de baskets Nike Air Yeezy de Kanye West adjugée à plus d’un million de dollars », ajoute Josh Pullan.

Des passerelles vers d’autres spécialités

Même son de cloche chez Christie’s, l’écurie de François Pinault, où la catégorie des objets de luxe de seconde main est celle qui a le plus progressé en 2021. Au total, ce secteur a représenté 980 millions de dollars au sein de la maison britannique, en hausse de 153 % par rapport à 2020, dont notamment le département des montres de collection qui a réalisé une année record à 205 millions de dollars (+ 157 %).

Quand le luxe enflamme les enchères

« Le luxe représente aujourd’hui 12 % des ventes de notre groupe. C’est un pôle essentiel, devenu un pilier de notre business. Imaginez, 39 % de nouveaux clients sont rentrés chez Christie’s par le département luxe en 2021, année qui a vu un diamant rose être adjugé 24 millions de dollars ou un sac Hermès Himalaya Diamond Kelly acheté 515 000 dollars, soit le sac à main le plus cher jamais vendu aux enchères. Ce virage vers le luxe d’occasion est une véritable porte d’entrée vers d’autres spécialités. Nos clients passent par le cluster “luxury” sans y rester et vont vers d’autres catégories d’enchères. C’est un relais de croissance très bénéfique pour nous », remarque François Curiel.

Artcurial, fer de lance de la tendance

Ce créneau du luxe, une maison l’avait exploité bien avant les autres. Artcurial, sous la houlette de son PDG, Nicolas Orlowski, a, en effet, organisé dans les années 2000 ses premières ventes à succès Hermès vintage, suivies par des ventes thématiques de biens d’exception tels que les voitures de collection, les vins, les chevaux avec Arqana, les yachts ou les montres de luxe avec Collector Square. « Aujourd’hui, la catégorie “lifestyle” représente près de 20 % de notre chiffre d’affaires. Un secteur qui nous permet de toucher des clients fortunés et donc d’autres trésors dans d’autres départements mais surtout de toucher un public plus large et plus jeune », confie Julie Valade, ancienne directrice de la joaillerie et directrice associée actuelle de la région Nouvelle Aquitaine chez Artcurial.

Des vacations « art de vivre » qu’Artcurial organise deux fois par an (hiver et été) à Monaco afin de séduire les résidents et les visiteurs de la Principauté, et qui rencontrent un véritable engouement avec un chiffre d’affaires sur le Rocher avoisinant les 20 millions d’euros sur 2021-2022, pourtant marquées par la crise sanitaire mondiale.

Article écrit par Arthur Frydman, à retrouver dans le n°1 d’OniriQ Magazine.

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