Joséphine Baker à Paris : découverte des lieux qui ont marqué son destin

Joséphine Baker à Paris : les lieux qui ont marqué son destin

Joséphine Baker à Paris : découverte des lieux qui ont marqué son destin

Alors que le biopic porté par FKA twigs entre en tournage et que l'Opéra Garnier lui rend hommage jusqu'au 19 septembre, retour sur le Paris de Joséphine Baker. Des Folies Bergère au Panthéon, découvrez un parcours arrondissement par arrondissement dans les lieux qui ont façonné sa légende.

Le 7 septembre a marqué le début du tournage du biopic consacré à Joséphine Baker. Une actualité qui s’inscrit dans une année de commémorations : jusqu’au 19 septembre, l’Opéra Garnier lui rend hommage avec Perle noire : méditations pour Joséphine, mise en scène par Peter Sellars pour le 120e anniversaire de sa naissance. Le week-end des 19 et 20 septembre, les Journées du Patrimoine ouvrent exceptionnellement les portes de sa villa du Vésinet, dans les Yvelines ; et sa filmographie a fait l’objet d’une rétrospective coproduite avec la Cinémathèque française cet été. OniriQ vous propose de (re)découvrir le Paris de Joséphine Baker, ce terrain d’émancipation où une adolescente venue du Missouri, sans fortune ni relations, a bâti en quelques années à peine l’une des trajectoires les plus libres du XXe siècle : voici la carte de cette conquête, arrondissement après arrondissement.

Joséphine Baker à Paris : les lieux qui ont marqué son destin
Joséphine Baker au casino de Paris

8e arrondissement : la scène qui la révèle

Le Théâtre des Champs-Élysées

Tout commence en 1925. La Revue Nègre fait exploser sur cette scène de l’avenue Montaigne une troupe de musiciens et de danseurs venus de Harlem, et Joséphine Baker y impose le charleston avec une énergie que Paris n’avait jamais vue. Elle a dix-neuf ans, et ce que la ville lui offre alors, aucune scène américaine ne le lui aurait accordé au même degré : la place centrale, sans détour ni concession, dans une capitale qui découvre le jazz au moment même où elle découvre son visage.

9e arrondissement : le théâtre de sa métamorphose

Les Folies Bergère, la scandaleuse qui impose ses propres règles

Joséphine Baker à Paris : les lieux qui ont marqué son destin
Joséphine Baker, dans la revue « La Folie du jour », aux Folies-Bergère, à Paris, en 1926. WALERY / RUE DES ARCHIVES / BCA

L’année suivante, elle quitte la Revue Nègre pour rejoindre les Folies Bergère, rue Richer, où Paul Derval lui confie un rôle taillé sur mesure. Dans La Folie du jour, elle apparaît vêtue d’une ceinture de bananes devenue depuis l’une des images les plus reproduites du siècle. Le costume a souvent été raconté comme une provocation. Il mérite d’être lu autrement : une jeune femme qui décide elle-même de ce que son corps raconte, dans un music-hall qui pensait l’avoir engagée pour incarner un exotisme qu’elle finit par retourner à son avantage.

Chez Joséphine, le cabaret qu’elle dirige elle-même

a7e71 baker 4 Joséphine Baker à Paris : découverte des lieux qui ont marqué son destin
Le cabaret  » Chez Joséphine « 

Elle ne s’arrête pas au rôle qu’on lui donne. Le 14 décembre 1926, avec le soutien de Pepito Abatino, elle ouvre son propre établissement rue Fontaine, Chez Joséphine, où elle se produit chaque soir après ses spectacles et reçoit Cocteau, Colette ou Robert Desnos. Elle a vingt ans et dirige son propre cabaret, choisit ses musiciens, supervise ses menus, apprend le charleston à sa clientèle. C’est ce geste, plus que la seule notoriété, qui mérite d’être retenu : devenir propriétaire de son lieu dans le Paris nocturne, quand la plupart des artistes de sa génération se contentent d’être programmés ailleurs. Une plaque posée par la Ville de Paris continue aujourd’hui de rappeler son passage au 40 rue Fontaine, le cabaret ayant fermé. 

Le Casino de Paris, la scène de la consécration

Joséphine Baker, Juliette Gréco, Gainsbourg ou encore Indochine… Savez-vous où ils ont commencé ? Partez avec nous sur les traces de scènes parisiennes, aujourd’hui disparues ou transformées, mais où résonne encore leur écho…Retrouvez Barbara, Kassav', Johnny et Les Frères Jacques dans notre deuxième épisode. Au Casino de Paris, Freda Josephine McDonald devient Joséphine Baker Joséphine Baker (1906-1975), artiste de music-hall américaine au Casino de Paris (9e arr.), décembre 1939. Joséphine Baker (1906-1975) au Casino de Paris (9e), décembre 1939. Crédit photo :Boris Lipnitzki / Roger-Viollet
Joséphine Baker (1906-1975), artiste de music-hall américaine au Casino de Paris (9e arr.), décembre 1939.

En 1930, sa revue succède à celle de Mistinguett au Casino de Paris. C’est là qu’elle interprète pour la première fois « J’ai deux amours », composée sur mesure par Géo Koger et Vincent Scotto. Le titre devient bien plus qu’un succès commercial : il agit comme un acte de naturalisation auprès du public français, celui d’une artiste qui a choisi son pays autant qu’elle en a été adoptée. Elle revient au Casino de Paris en 1932, puis en 1939 aux côtés de Maurice Chevalier. À chaque étape, elle négocie davantage de contrôle sur ce qu’elle chante, ce qu’elle porte, la manière dont elle se présente au public, la trajectoire d’une artiste qui cesse d’être un simple numéro de music-hall pour devenir l’auteure de sa propre image.

L’Opéra Garnier, l’hommage du présent

Le 9e arrondissement continue d’écrire cette histoire aujourd’hui. Jusqu’au 19 septembre 2026, l’Opéra Garnier accueille Perle noire : méditations pour Joséphine, pièce de théâtre musical mise en scène par Peter Sellars, composée par Tyshawn Sorey et portée par la soprano Julia Bullock, à l’occasion du 120e anniversaire de la naissance de Joséphine Baker. Le spectacle explore le monde intérieur derrière le sourire de l’artiste, entre son engagement dans la Résistance et ses combats pour les droits civiques.

15e arrondissement : une souveraineté sans mise en scène

Le Bal Nègre

Le Bal nègre Joséphine Baker
Le Bal nègre Joséphine Baker

Rue Blomet, le Bal Nègre réunit chaque soir Baker, Mistinguett, Jean Cocteau, Man Ray, Kiki de Montparnasse ou Ernest Hemingway. Le peintre Kees Van Dongen ira jusqu’à lui consacrer une toile. Ce n’est pas une adresse qu’elle dirige, mais un lieu où sa seule présence suffit à faire l’événement. Le bal a depuis repris vie sous le nom de Bal Blomet, preuve que certains décors parisiens savent se relever plutôt que disparaître.

14e arrondissement : le quartier qui l’accueille et celui qui la salue

La Coupole, son premier port d’attache

Capture decran 2026 09 10 133939 Joséphine Baker à Paris : découverte des lieux qui ont marqué son destin
Joséphine Baker à la Coupole, Paris, 1920.

C’est dans ce quartier que Joséphine Baker établit sa première résidence parisienne, et La Coupole devient l’un des lieux qu’elle fréquente avec la plus grande fidélité. Montparnasse, à cette période, vit et respire au rythme de ses artistes étrangers. Elle y trouve moins une adresse mondaine qu’un point d’ancrage, à l’échelle d’une ville qui commence tout juste à devenir la sienne.

Bobino, la scène d’un dernier triomphe

9e6c1cf 253032162 josephine baker hd Joséphine Baker à Paris : découverte des lieux qui ont marqué son destin
Bobino, le 9 avril 1975 : le dernier coup d’éclat de Joséphine Baker

Près d’un demi-siècle plus tard, le même arrondissement referme la boucle. Son dernier tour de chant a lieu à Bobino en avril 1975. Entourée de quarante-six danseurs, elle y retrace sa carrière entière devant un Tout-Paris conquis. L’arrondissement porte aujourd’hui une place à son nom, à quelques mètres de cette salle.

5e arrondissement : la reconnaissance ultime

Le Panthéon

En 2021, elle devient la première femme noire honorée au Panthéon, ainsi que le premier artiste de music-hall né aux États-Unis à y entrer. Son cercueil symbolique porte de la terre venue des quatre lieux qui ont marqué sa vie : Saint-Louis, Paris, les Milandes et Monaco. Une reconnaissance qui vient clore, cinquante ans après sa mort, une trajectoire qu’aucune institution n’avait anticipée à ses débuts. Devenue citoyenne française en 1937, elle avait mis sa notoriété au service de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, transportant des messages codés dans ses partitions et refusant de se produire devant les officiers de l’occupant, un engagement qui lui vaudra la Croix de Guerre.

Partagez cet article :

Vous aimerez sûrement :