Sur les pavés de Paris, l’art urbain nous donne rendez-vous

Brooklyn Wins Urban Art Fair, Paris 2025
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Sur les pavés de Paris, l’art urbain nous donne rendez-vous

L’Urban Art Fair 2025 s’installe au Carreau du Temple du 24 au 27 avril. Unique foire en France dédiée à l’art urbain, elle réunit 40 galeries et plus de 100 artistes internationaux. Entre rue et marché, un rendez-vous majeur pour comprendre les enjeux d’un mouvement en pleine mutation.

Il y a des ironies qui ne s’inventent pas. Comme ce type qu’on croise, sérieux dans son uniforme de nettoyage, gratteur zélé de pochoirs, t-shirt Obey vissé sur le dos. L’uniforme du rebelle devenu marque culte. Voilà le paradoxe tout entier de l’art urbain, et l’essence même de l’affiche imaginée par le duo Murmure pour l’Urban Art Fair 2025. Ce clin d’œil acide résume l’ambivalence d’un mouvement qui s’est faufilé des murs jusqu’aux cimaises des galeries – et qui, cette année encore, installe ses quartiers d’avril au Carreau du Temple, pour une 9ᵉ édition en forme de manifeste.

Affiche Murmure Urban Art Fair, Paris 2025
Affiche Murmure Urban Art Fair, Paris 2025

Car cette foire, unique en France, a beau être le rendez-vous d’un marché désormais internationalisé, elle n’oublie pas d’où elle vient. Les bombes aérosol sentent encore la nuit et la clandestinité, même si elles sont désormais encadrées par des spots LED dans un white cube. Plus de 15 000 visiteurs attendus, 40 galeries, des artistes venus de Singapour, d’Alabama, de Paris ou de Lisbonne. Un écosystème que les maisons de vente ont bien compris. Les enchères « street art » ont quitté les catégories fourre-tout de l’art contemporain pour devenir un segment à part entière. Pourtant, la rue, elle, n’a pas rendu les armes. Beaucoup d’artistes continuent de produire dehors, parfois avec des autorisations, souvent sans. Et c’est là que tout se joue : dans cette tension entre atelier et bitume, entre galerie et palissade. La beauté brute du street art, c’est qu’il peut être à la fois muraliste et mercenaire, engagé et marchandisé, poétique et politique.

La programmation cette année pousse les murs. Des conférences sur l’Asie, le marché, l’histoire du hip-hop. Des projections : Ambroise Prince, The Underbelly Project. Des échanges transatlantiques avec Montgomery (Alabama). Et une foule d’installations in situ, comme celle d’Arnaud Liard aux Galeries Lafayette Champs-Élysées, qui prend la relève d’Astro et de Seth.

Côté expos, l’onirique collectif singapourien Block A convoque la chimère pour interroger les identités plurielles de la ville-monde. Tandis que Martha Cooper, la mémoire vivante du graffiti new-yorkais, expose en duo avec Logan Hicks, qui redonne à ses clichés une seconde vie en pochoirs hyperréalistes. Ajoutez à cela le retour de Hopare, figure du graffiti français, qui présente en exclusivité sa sculpture conçue pour Lisbonne. C’est du lourd, et c’est à Paris.

Mais à mesure que l’art urbain devient institutionnalisé, que reste-t-il de sa rébellion ? Murmure pose la question, sans y répondre, dans une affiche qui donne à voir un monde où la contestation s’achète en rayon prêt-à-porter. La rue, domestiquée ? Pas si vite. Il suffit de sortir du Carreau du Temple à la tombée de la nuit, et de lever les yeux sur les murs. L’art urbain, comme un murmure, est encore là.

Urban Art Fair, Paris 2025 – du 24 au 27 avril au Carreau du Temple

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