Meilleurs ouvriers de France, l’élite de l’artisanat

Meilleurs ouvrirers de France l'élite de l'artisanat

Meilleurs ouvriers de France, l’élite de l’artisanat

Quand ils ne prêtent par leur talent souvent anonyme à des grandes marques du luxe, leur nom est synonyme  d’excellence dans leur domaine. Ils sont meilleurs ouvriers de France et leur titre fait la renommée de notre artisanat et la rareté de leur art. 

Sellier chez Hermès, cheffe de cuisine au Negresco à Nice, verrier chez Baccarat, horloger de précision chez Tag Heuer, ébéniste, armuriers, coutelier, carrossier, chocolatier, boucher, coiffeur…

Leur domaine de compétences n’a de limites que celles fixées par un concours hors normes qui leur permet d’arborer le liseré tricolore sur leur col et d’être reçu par la présidence de la République pour recevoir leur titre. Les rencontrer c’est découvrir un univers marqué par l’exception, la beauté, la délicatesse, l’élégance et, bien sûr, le luxe dont ils sont les porte-drapeaux.

L’historique et le concours…

La création du COET-MOF est une rencontre, en 1922, entre le patronat et l’État, organisée par le sénateur Albert Lebrun. Lors de celle-ci, la décision est prise d’organiser une grande exposition du travail pour valoriser la réussite des talents par la voie professionnelle et promouvoir les métiers en peine de recrutement (Rien ne semble avoir vraiment changé !). Albert Lebrun en sera le premier président et il inaugurera cette exposition le 31 janvier 1925.

Le concours est organisé depuis par le COET-MOF, dont le conseil d’administration est composé aujourd’hui des trois organisations patronales interprofessionnelles, des cinq organisations syndicales salariées inter-professionnelles et de cinq ministères (Agriculture, Éducation nationale, Travail, Artisanat et Économie). Les épreuves qualificatives permettent de mesurer le niveau d’excellence attendu des prérequis pour conduire le projet autour de l’œuvre finale qui permet au jury de jauger la maitrise du savoir-faire.

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Monsieur Paul… Éternelle légende de la gastronomie française. Trois étoiles Michelin pendant 53 ans. (MOF cuisine 1961)

Les 17 catégories dans lesquelles les candidats peuvent concourir représentent 180 métiers. On connaît bien sûr ceux auxquels nous sommes le plus souvent confrontés : la cuisine (cuisinier, maître d’hôtel, sommelier et barman) et l’alimentation (pâtisserie confiserie, boucherie, charcuterie traiteur, boulangerie, glaces et sorbets, chocolaterie confiserie, fromagerie, poissonnerie écailler, primeur, torréfacteur). Toutes les catégories se déclinent au masculin comme au féminin, mais les métiers du bâtiment, là où ils sont le plus nombreux, de l’habitation, du textile et du cuir, les métiers des métaux, de la métallurgie et de l’industrie, les métiers de la terre et du verre, ceux du vêtement, de l’accessoire de la mode et de la beauté, de la bijouterie, des techniques de précision, de la gravure, de la communication, du multimédia et de l’audiovisuel, de l’agriculture et de l’aménagement du paysage, du commerce, des services et de l’hôtellerie et enfin ceux liés à l’univers de la musique, dans la fabrication ou la rénovation des instruments, sont aussi très recherchés.

Ce diplôme d’État de niveau III (V au niveau européen) est délivré par le ou la ministre en charge de l’Éducation. On compte 9 204 récipiendaires depuis 1924.

La Société nationale des Meilleurs Ouvriers de France, association loi 1901, a été créée un peu plus tard, en 1929, après la deuxième exposition nationale du travail, à l’initiative de René Petit (MOF 1927 ébéniste) qui craignait qu’une fois le titre obtenu, les lauréats ne retombent dans l’anonymat sans avoir eu l’occasion de mieux connaitre les autres Meilleurs Ouvriers de France ou de valoriser leur diplôme auprès du grand public. Depuis, cette association n’a cessé de croître et de se développer de façon à mener une politique proactive, notamment en créant le concours « Meilleurs Apprentis de France » (MAF) réservé aux jeunes en formation professionnelle initiale, âgés de 16 à 21 ans. Face à son essor, le concours deviendra national en 2001 jusqu’à rassembler chaque année près de 6 000 candidats dans une centaine de métiers. Avec ses 1 500 membres, tous MOF, l’association couvre l’ensemble du territoire métropolitain grâce aux 75 délégations départementales et aux douze délégations régionales.

Jean-François Girardin : Président de la Société nationale des Meilleurs Ouvriers de France

Tout juste réélu en janvier dernier à la présidence de la Société nationale des Meilleurs Ouvriers de France après un premier mandat de quatre ans, Jean-François Girardin MOF 1993 (cuisinier), fêtera l’an prochain ses 30 années au sein de cette docte assemblée. Il doit cette première élection, et sa réélection, à son sens inné de l’organisation quand il était le bras droit de Guy Legay, chef des cuisines du Ritz, établissement luxueux dont il a fait partie pendant 33 ans. S’il affirme qu’il est entré dans ce cercle très prisé par hasard, à la demande du même Guy Legay, sa connaissance parfaite du monde du compagnonnage et la confrontation permanente avec d’autres univers que la gastronomie lui ont été d’un grand secours. Ce compagnon qui porte le nom de « Nivernais, la persévérance », véritable bête à concours, a prouvé pendant son mandat qu’il avait bien cette qualité, et d’autres encore. Il lui en faudra pour les quatre prochaines années quand ce bénévole, comme tous les membres du bureau de l’association, ont de sacrés dossiers à traiter avec la restructuration du concours MOF pour le pérenniser, la protection artistique des créateurs français alors qu’une loi européenne semble remettre en question leur statut, et quand il entend bien associer les MOF toutes catégories aux appels d’offres pour la rénovation du patrimoine, très d’actualité.

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Jean-François Giradin – 75 Col tricolore

Avec 1 600 adhérents, sur les 2 500 MOF titrés, re- présentant quelques 180 métiers, tous porteurs de la médaille de 1924 comme du fameux liseré tricolore, cette société nationale a accueilli 150 jeunes nouveaux membres à l’issue des concours précédents, prouvant l’engouement autant pour le titre lui-même que pour ce qu’il représente professionnellement. Alors que les sélections pour les épreuves à venir se déroulent tout au long de l’année, on attend les noms de ceux que recevra, à l’issue de la remise de leur médaille, le président de la République, lui-même reconnu comme « l’Un des Meilleurs », ex officio. Les futurs récipiendaires préparent actuellement le fameux concours MOF. Ils comptent bien rejoindre cette liste d’exception et voir figurer un jour leurs œuvres sur papier glacé comme leurs heureux aînés.

Nelly Aurauze : Prêt-à-porter couture soir (maison NA à Cannes), Meilleur ouvrier de France 2011

Après une formation en couture, à 20 ans cette Niçoise d’origine crée son entreprise, à 30 ans elle devient professeur de couture, à 40 ans elle accède au titre de « un des Meilleurs Ouvriers de France » et enfin, à 50 ans elle crée « sa » marque : NA. Pour elle, surtout en tant que MOF, le vêtement ne peut être issu d’un catalogue. C’est une rencontre avec une histoire. « Je veux rendre ma cliente la plus belle possible en tenant compte de ses formes, et accéder à ses rêves dans la réalité de la vie avec sensibilité. Ce vêtement sera alors imparfait puisque marqué de mes mains, mais exceptionnel et unique. Il sera issu d’un héritage. » Depuis 2014, elle est présidente déléguée de la Société des Meilleurs Ouvriers de France pour le groupement des Alpes-Maritimes.

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Gens sur le balcon (d’après Hokusai) – MOF Christina von Mohrenschildt

Christina von Mohrenschildt : Marqueterie d’art (XULOKO- POS) à Carennac (Lot), Meilleur ouvrier de France 2004

Après une carrière équestre, Christina von Mohrenschildt a su changer de vie et parfaitement négocier sa reconversion professionnelle. Encouragée et épaulée par Jean-Emmanuel Riard, menuisier, son aventure de marqueteur commence à leur arrivée en Corrèze en 1995. Volontaire et appliquée, à force de travail et de persévérance, elle réussit, en 2004, à se hisser au plus haut niveau de cette discipline, en obtenant le titre de Meilleur Ouvrier de France. Leur atelier, Xulokopos, présente le travail magnifique de deux passionnés du bois et de la marqueterie dans une approche tout en nuances et en finesse avec des styles picturaux très variés : paysages, portraits, œuvres non figuratives… L’atelier organise des stages individuels et invite temporairement certains artistes marqueteurs dans son espace d’exposition.

Raymond Regnault : Prototypiste au sein de la direction de la conception chez Baccarat,
Meilleur ouvrier de France 1994

Sur proposition du Comité Colbert, Raymond Regnault, technicien au formage à chaud et prototypiste chez Baccarat, a reçu en 2021 les insignes de Chevalier des Arts et Lettres des mains de la ministre de la Culture, madame Roselyne Bachelot. Cette récompense entendait saluer la carrière de cet homme entré en 1984 chez Baccarat à l’atelier taille et qui n’a jamais cessé de repousser les limites de son métier. Autodidacte et passionné, il fait partie de l’élite des artisans de la manufacture, capables de façonner des réalisations hors du commun et de transmettre leur savoir unique à la prochaine génération. Il a notamment contribué au développement et à la réalisation de pièces exceptionnelles comme le flacon « L’Abeille éternelle » de Guerlain, le « pied de Zidane » ou récemment le lustre « Crystal Clear » imaginé par Virgil Abloh.

Christophe Durand : Graphisme, communication picturale à Vertou (Loire-Atlantique), Meilleur ouvrier de France 2004

Christophe Durand est le premier peintre aérographiste, précurseur en France dans l’enseignement professionnel de cette technique. Il est institué Compagnon des Devoirs unis en 2001, et consacré Meilleur Ouvrier de France 2004, en communication picturale. Porteuses de valeurs humanistes, ses peintures interpellent par leur réalisme et leur symbolisme forts. Un artiste accompli qui pratique depuis 1985 l’art et les techniques de peintures comme le faisaient les maîtres anciens. Formateur très réputé, il transmet les valeurs compagnonniques appliquées à la peinture et il transfère sa part de merveilleux par les valeurs morales, humaines et spirituelles qu’inspirent ses toiles.

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MOF Christophe Durand

Fabrice Maury : Sellerie carrosserie à Tarascon (Bouches-du-Rhône), Meilleur ouvrier de France 1997

Fabrice Maury partage son temps entre trois activités distinctes : le profilage pour l’aéronautique (aménagement de jets privés et hélicoptères, panneaux décors, gainage de meubles et garnissage de sièges VIP) et/ou l’automobile d’un côté, et la rénovation de voitures anciennes de l’autre. À voir la complexité de l’œuvre qui lui a permis d’être « l’un des Meilleurs » en 1997 et qui lui a demandé deux ans et 2 336 heures de travail, on comprend que cette passion dévorante n’a jamais cessé de l’animer. Depuis, les rénovations qu’il mène pour les voitures de collection sont autant d’œuvres d’art. Et quand il travaille pour les voitures de demain, à l’image du concept UX pour Lexus, on sait que les constructeurs ont la capacité de maintenir le premium qu’ils revendiquent quasiment tous.

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MOF Maxime Bougain

Maxime Bougain : Jardinier-Paysagiste dans l’Hérault (MAB Compétences), Meilleur ouvrier de France 2004

Maxime Bougain a bénéficié d’un enseignement exigeant et rigoureux grâce à l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France. À travers dix expériences professionnelles en huit ans partout en France, il gravit les échelons avec brio et a affûté son sens du challenge. Actuellement formateur et coach au sein d’une entreprise familiale créée avec son épouse en 2020, il transmet aux professionnels le goût du savoir-faire d’excellence, puis aux particuliers la fierté de réaliser eux-mêmes leur extérieur. Deux dimensions du partage et de l’ouvrage, chères à son cœur.

Guillaume Gomez : Ambassadeur de la gastronomie française, 176 Meilleur ouvrier de France 2004

S’il dit avoir toujours voulu être cuisinier, ce qu’il est aujourd’hui, et plus encore, Guillaume Gomez a commencé en apprentissage à 14 ans, sûrement l’une des meilleures écoles qui soit, à condition d’avoir la chance de rencontrer ceux qui pouvaient conforter ses jeunes velléités. Ce sera bien le cas avec Johny Bénariac, patron du Traversière à Paris, là où tout a vraiment commencé pour lui. Il est clair que le grand coup de pouce de Jacques Le Divellec, quelques années plus tard, alors qu’il devait faire son service militaire, a été primordial. Ce chef renommé connaissait celui de l’Élysée à l’époque (Joël Normand), et voilà notre marmiton bidasse dans la plus grande et plus belle cuisine qui soit, sous l’ère Chirac. Il en deviendra le « chef » en 2013, le temps de devenir MOF, en 2004, plus jeune lauréat de ce concours dans la catégorie cuisine. Sous Chirac, Sarkozy, qui le décorera de l’Ordre national du Mérite, Hollande et Macron, il restera 25 ans dans les célèbres cuisines, faisant briller notre gastronomie partout dans le monde. Le quadra (il aura 45 ans cet été) est devenu en 2021 le représentant personnel du président auprès des acteurs et des réseaux de la gastronomie et de l’alimentation. Un challenge naturel et un combat permanent pour cet homme de l’art qui a toujours mis en avant les « beaux produits » et le terroir national, ce qui lui a valu d’être déjà nommé par les Nations unies, en 2013, « ambassadeur pour la promotion et la reconnaissance des Indications géographiques protégées ». Un bien élégant et compétent protecteur pour notre gastronomie française inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité à l’Unesco.

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MOF Sébastien Zozaya

Sébastien Zozaya : Charcutier traiteur à Biarritz, Meilleur ouvrier de France 2019

Meilleur chef charcutier de France, champion de France traiteur en équipe, vice-champion du monde avec l’Équipe de France dont il est capitaine (2015-2017), Sébastien Zozaya est sacré MOF charcutier traiteur en 2019. Il revendique être autant charcutier, cuisinier que pâtissier, reflets de sa formation plurielle, d’abord dans la restauration, notamment auprès des frères Ibarboure au Pays basque, « son » pays, puis avec Alain DucasseMonaco avant de parcourir le monde, de BarceloneParis en passant par Madrid, Singapour et Abu Dhabi. L’homme est avant tout un artisan, toujours en quête d’excellence, plaçant la « charcuterie pâtissière » et de saison dans ses mets signatures. Si vous ne pouvez pas aller dans sa magnifique adresse de Biarritz, avoir comme livre de chevet l’ouvrage paru aux éditions du Chêne en novembre 2021 (collection « Leçons en pas à pas », Charcuterie par Sébastien Zozaya MOF, toutes les techniques et les secrets du métier en 105 recettes), est une belle consolation.

Article rédigé par Bernard Van de Kerckhove à retrouver dans le numéro 1 du Magazine OniriQ.

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