En janvier 2024, lors de la Fashion Week haute couture à Paris, l’effervescence est palpable devant le musée Rodin. Une foule de fans enthousiastes se rassemble, scandant un prénom avec ferveur : Anya. Lorsqu’une voiture élégante s’immobilise, les murmures se transforment en acclamations. La portière s’ouvre et Anya Taylor-Joy apparaît, ses cheveux blonds flottant gracieusement dans le vent parisien. Vêtue d’une somptueuse robe rouge, parfaitement assortie à ses lèvres carmin, et complétée par une paire de bottes de motard plates, le tout signé de la maison Dior, dont elle est l’ambassadrice, elle fait une entrée très remarquée.
Souriante, Anya se prête au jeu des photographes et des journalistes qui tendent micros et objectifs, répondant aux questions dans un ballet linguistique impressionnant, passant avec aisance de l’espagnol, sa langue maternelle, à l’anglais qu’elle a appris à l’âge de 8 ans en lisant les aventures de Harry Potter.
Née à Miami et élevée en Argentine jusqu’à ses 6 ans, Anya a grandi dans un environnement paisible, au sein d’une fratrie de six enfants. Le déménagement de la famille à Londres, causé par la situation politique en Argentine, a été pour elle un choc. Déterminée à rentrer chez elle, la jeune fille refuse d’apprendre l’anglais dans l’espoir de revenir dans son pays de cœur. « Je voulais rentrer chez moi et, avec ma mentalité de 6-7 ans, je pensais que mes parents devraient m’y ramener si je ne parlais pas la langue », se souvient-elle. Une tentative qui, sans surprise, échoue. Elle se console alors en découvrant la vie des apprentis sorciers de Poudlard. « Tout mon langage quand j’étais jeune était assez précoce parce que j’apprenais à partir de ces livres. Je connaissais d’ailleurs les sorts dès mon plus jeune âge. »

Enfant, Anya Taylor-Joy fréquente la Queen’s Gate School à Kensington. Comme beaucoup de petites filles, elle pratique la danse classique et se rêve danseuse étoile.
Cependant, son passage au collège à Londres se révèle plus compliqué. « Je ne me sentais vraiment à ma place nulle part. J’étais trop anglaise pour être argentine, trop argentine pour être anglaise, trop américaine pour être quoi que ce soit. » C’est alors qu’elle remplace sa passion pour la danse par le théâtre. Elle y remporte ses premiers prix d’interprétation et obtient des notes excellentes en histoire, anglais, théâtre et classiques.
Remarquée dans la rue
Mais malgré ses succès académiques, Anya ne se sent toujours pas à sa place entre les murs de son école. Ses camarades se moquent de ses « trop grands » yeux, la faisant se sentir isolée. Elle subit également du harcèlement sur les réseaux sociaux. « Les enfants sont méchants. Et s’ils ne comprennent pas quelque chose, ils sont encore plus méchants », dit-elle.
Refusant d’accepter ces moqueries, Anya décide à 14 ans de prendre son destin en main. Déterminée et courageuse, elle quitte Londres pour New York afin d’étudier le cinéma et poursuivre son rêve.
De retour à Londres, peu avant ses 16 ans, Anya fait une rencontre qui va changer sa vie. Sarah Doukas, fondatrice de l’agence de mannequins Storm, croise son chemin et raconte : « Je conduisais à Knightsbridge avec mon assistant quand j’ai remarqué une fille très élégante qui promenait son chien. Elle a immédiatement attiré mon attention car je la trouvais intéressante et belle. Comme à mon habitude, j’ai décidé de l’aborder tout de suite. Pour ne pas la manquer, j’ai demandé à Terrance de descendre lui parler pendant que je me garais. Nous lui avons fait peur, car elle a pris son chien dans ses bras et s’est mise à courir. J’ai donc fait le tour et baissé ma fenêtre pour me présenter correctement. Je lui ai dit : “Bonjour, je suis Sarah Doukas, et je possède Storm. J’aimerais beaucoup parler avec toi et tes parents de la possibilité de rejoindre notre agence pour discuter de mannequinat avec nous” », nous a confié Sarah.
Le lendemain, Anya et ses parents sont dans le bureau de Sarah pour signer le contrat. « Nous avons expliqué notre fonctionnement, que nous sommes une petite équipe dynamique, une agence de mannequins indépendante mais opérant à l’échelle mondiale. À cette époque, Anya était très jeune et elle était encore pleinement à l’école. C’est une priorité et nous encourageons les enfants à en faire leur principal objectif. Mais au fil des ans, il est devenu évident qu’Anya s’intéressait davantage au cinéma et à une carrière d’actrice. » Peu de temps après, la jeune fille devient le visage du parfum Flowerbomb de Viktor and Rolf.
Deux ans plus tard, ce que redoutaient ses parents se produit. Dans un long texte, Anya leur explique pourquoi elle souhaite abandonner ses études pour se consacrer entièrement au cinéma. Touchés par sa vocation, ils acceptent son choix. « Je pense que c’est le plus gros risque que j’ai pris de ma vie, j’ai de la chance que cela ait marché, l’histoire aurait été vraiment différente si j’avais échoué », a expliqué l’actrice à nos confrères.
De leur côté, les équipes de Storm mettent tout en place pour accompagner au mieux leur talent. « Nous soutenons toujours ceux qui ont des aspirations au-delà de la mode, ainsi que ceux qui veulent poursuivre une carrière d’acteur, assure Sarah Doukas. Lou Gima, une de nos agents, a accompagné Anya à ses débuts, notamment pour les castings. »
Mais c’est grâce à un shooting avec les équipes de la série Downton Abbey qu’Anya décroche son premier rôle dans The Witch. Au cours d’une conversation avec l’acteur Allen Leech, avec qui elle a sympathisé, Anya lui confie son désir de devenir actrice. Allen Leech met alors la jeune femme en contact avec son agent, qui lui pro- pose de passer le casting pour The Witch.
De The Witch à Furiosa
En 2015, Anya Taylor-Joy fait une entrée fracassante dans le monde du cinéma avec le film d’horreur psychologique The Witch, réalisé par Robert Eggers. Ce genre cinématographique, bien loin de l’image que l’on pourrait se faire d’elle, la transcende. « J’adore les films d’horreur parce qu’ils permettent d’explorer les émotions humaines de manière extrême et authentique », dit-elle. Dans The Witch, elle incarne Thomasin, une adolescente dans la Nouvelle-Angleterre puritaine du XVIIe siècle, confrontée à des forces occultes. Sa performance, mêlant innocence et intensité, est saluée par la critique et le public, lui valant plusieurs récompenses, dont le Gotham Independent Film Award pour le meilleur acteur débutant.
En 2016, Anya continue de montrer son immense talent dans Split de M. Night Shyamalan. Elle interprète Casey Cooke, une adolescente enlevée par un homme souffrant de trouble dissociatif de l’identité. Son interprétation, subtile et puissante, contribue au succès commercial du film, qui rapporte 278,5 millions de dollars. « J’ai adoré jouer Casey car elle représente une force tranquille face à la terreur », affirme Anya. Elle reprend ce rôle en 2019 dans Glass, où elle explore encore plus en profondeur les nuances de son personnage tourmenté.

Si Anya confirme son statut d’actrice grâce à ces films, c’est son rôle dans The Queen’s Gambit (Le Jeu de la dame), une mini-série de Netflix, qui lui permet d’atteindre un nouveau sommet dans sa carrière. L’histoire de Beth Harmon devient rapidement un phénomène mondial. Anya décrit ce rôle comme l’un des plus exigeants et gratifiants de sa carrière. Une fois encore, sa performance est unanimement saluée par la critique et le public. Elle reçoit de nombreuses récompenses, dont le Golden Globe de la meilleure actrice dans une mini-série. Pour incarner une prodige des échecs qui navigue entre le succès fulgurant et ses luttes personnelles avec la dépendance et la solitude, Anya a travaillé en étroite collaboration avec Garry Kasparov pour mieux comprendre la psychologie et les techniques du jeu. « J’apprenais les matchs cinq minutes avant, j’ai vu ça comme une chorégraphie des doigts », explique-t-elle.
Depuis, Anya Taylor-Joy enchaîne les rôles à succès à Hollywood, affirmant son statut d’étoile montante. Elle a joué dans Emma (2020), une adaptation du roman de Jane Austen, ainsi que dans le thriller psychologique Last Night in Soho (2021) réalisé par Edgar Wright ou encore dans Dune 2 aux côtés de Zendaya et Timothée Chalamet. Mais c’est au festival de Cannes que l’actrice a présenté, aux côtés de Chris Hemsworth, l’un des films les plus attendus de la quinzaine, campant Furiosa, le personnage principal du préquel de Mad Max : Fury Road.

Lors de cet événement, elle était vêtue d’une longue robe corset beige signée Dior, ses cheveux noués en chignon et sublimée par une somptueuse parure Tiffany & Co. Plus élégante que jamais, Anya Taylor-Joy, qui avait reçu le Trophée Chopard il y a quelques années, figure désormais parmi les célébrités les plus attendues du festival.
Nouvelle icône de la fashionsphère
En parallèle de sa carrière cinématographique florissante, Anya Taylor-Joy se hisse progressivement au rang d’icône de mode. Couronnée par le Conseil des créateurs de mode américains (CFDA), elle illumine les tapis rouges avec des looks aussi audacieux qu’élégants. D’abord conseillée par le célèbre styliste Law Roach, elle évolue désormais sous l’œil expert de Paul Burgo, confirmant son ascension fulgurante dans l’univers de la mode.
En tant qu’ambassadrice Dior, Anya charme par sa capacité à marier sophistication, élégance et modernité. Lors de la promotion du film Dune : Deuxième Partie, elle a captivé l’attention dans une sublime robe Dior, aux côtés de Zendaya en combinaison Mugler. Sa présence sur la Croisette pour le festival de Cannes 2024 a été tout aussi remarquée, dans une tenue transparente de Jacquemus et un ensemble vintage Jil Sander, parée d’un accessoire de tête des années 1970.

Chaque apparition de l’actrice est une leçon de style. À Sydney, pour la première de Furiosa : Une saga Mad Max, elle a choisi une robe vintage Paco Rabanne de la collection printemps-été 1996. Puis, à New York, pour The Late Show With Stephen Colbert, Anya a osé une robe en cuir rouge Mugler, accompagnée d’escarpins en velours et d’une manchette argentée Elsa Peretti pour Tiffany & Co. Le dos de la robe, révélant sa peau entre des lanières noires, a été le point culminant de cette te- nue audacieuse.
Que ce soit pour son look ou pour ses rôles, Anya Taylor-Joy continue de fasciner et d’inspirer. Prochainement, elle tournera dans un film avec le réalisateur français Romain Gavras, un projet très attendu qui promet de révéler encore de nouvelles facettes de son génie.
Article rédigé par Eve Sabbah, à retrouver dans le numéro n°8 du magazine OniriQ.



