Rodin et Bourdelle, le dialogue du temps

Rodin et Bourdelle, le dialogue du temps

Situé dans le 15ème arrondissement de Paris, le musée Bourdelle présente une exposition captivante de la relation artistique entre Auguste Rodin et Antoine Bourdelle. À travers plus de 160 œuvres, cette exposition est le fruit d'un dialogue complexe entre deux géants de la sculpture, découvrant ainsi leurs influences mutuelles et divergences créatives.

Antoine Bourdelle, ancien praticien de Rodin et sculpteur de génie, se met à nu dans une exposition  où l’influence de son maître, tout autant que sa propre vision de la sculpture, sont mises en lumière. Avec plus de 160 œuvres, le musée Bourdelle en partenariat avec le musée Rodin, invite ses convives pour un voyage artistique, riche en émotions au cœur de la sculpture moderne, révélant à la fois les fraternités et les tensions entre ces deux créateurs majeurs.

Deux génies du moderne

Deux géants de la sculpture : Auguste Rodin et Antoine Bourdelle. Bien que de générations différentes, ces deux artistes ont partagé un lien profond, oscillant entre mentorat, rivalité et indépendance créative. Une exposition, qui regroupe plus de 160 œuvres issues de collections prestigieuses du monde entier, pour illustrer deux parcours parallèles mais souvent croisés pour nos deux sculpteurs d’art du XIXe et XXe siècle.

L’art d’une main de maître

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Auguste Rodin, Eve au rocher (c) Copenhague, NY Carlsberg Glyptotek

L’exposition s’ouvre sur un hommage au rôle du praticien. Antoine Bourdelle, de vingt ans le cadet de Rodin, travailla pendant quinze années aux côtés de son maître en tant que praticien, notamment en taillant des marbres à partir des modèles en plâtre de Rodin. Ce travail souvent connoté dans l’ombre, est essentiel dans la création de certaines œuvres comme la monumentale Ève au Rocher, prêtée exceptionnellement pour l’exposition par la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague.

Bourdelle n’était pas seulement les mains de Rodin ; il était un penseur, que Rodin qualifiait d’« éclaireur de l’avenir ». À travers leur relation, l’exposition dévoile comment Bourdelle a développé sa propre vision sculpturale qui lui est propre, dans les inspirations et les conseils de son mentor. Grâce à un dispositif numérique interactif, le visiteur peut entrer dans la peau d’un praticien et s’essayer à la tâche de traduire en marbre les idées de Rodin.

Une passion commune : l’antique

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Antoine Bourdelle, tête d’Apollon (c) Paris, musée Rodin

Rodin et Bourdelle partageaient également une passion pour les œuvres antiques, égyptiennes, grecques ou médiévales. Un espace de l’exposition met en lumière grâce à des pièces provenant de leurs collections personnelles. Outre leur intérêt pour l’Antiquité, les deux sculpteurs se sont aussi passionnés pour des formes d’art variées venant du Japon, de la Perse et de l’Inde. Ces œuvres nourrissaient leur imagination et ont réellement influencé leur production artistique.

L’art du corps décomposé

Dans une des sections les plus intrigantes de l’exposition, intitulée Esthétique du Fragment, le public découvre l’approche novatrice de Rodin et Bourdelle concernant le corps humain. Là où d’autres artistes cherchaient la représentation complète, Rodin a été l’un des premiers à donner une légitimité plastique à un « corps en morceaux ». Les mains, les têtes ou les torses deviennent des fragments à part entière, avec leurs émotions. Dans cette section, des œuvres comme La Main de Dieu (Rodin) ou La Main désespérée (Bourdelle) incarnent un portrait en acte, synthétisant à elle seule l’essence d’une figure.

Rodin, avec des œuvres comme La Porte de l’Enfer ou le Monument à Balzac, et Bourdelle, avec des créations architecturales de la façade du Théâtre des Champs-Élysées ou le Monument de La France, se sont attachés avant tout à maîtriser l’espace avec une force contenue.

Autre thème cher aux deux sculpteurs, la mythologie. Les centaures, centauresses et autres figures hybrides peuplent cette section secondaire du parcours, évoquant la symbiose entre l’animal, le végétal et l’humain. En guise d’épilogue, l’exposition s’achève sur la figure iconique de L’Homme qui marche, un motif récurrent dans l’œuvre de Rodin qui influença de nombreux artistes du XXe siècle. On y retrouve des œuvres de Germaine Richier, Alberto Giacometti et Constantin Brancusi.

 

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