Worth : Le père de la Haute Couture s’expose au Petit Palais

Worth : Le père de la Haute Couture s’expose au Petit Palais

Worth : Le père de la Haute Couture s’expose au Petit Palais

Du 7 mai au 7 septembre 2025, le Petit Palais accueille une exposition, qui retrace l’épopée de la maison Worth, berceau de la haute couture. Saisons, défilés, parfums maison : Charles Frederick Worth a posé les pierres fondatrices de la mode.

Il fut le premier à signer ses robes comme un artiste, à organiser des défilés, à incarner l’idée même du couturier-star. Il habillait impératrices, comtesses et riches héritières, et pourtant, il reste encore méconnu du grand public. À travers plus de 400 pièces, robes, manteaux, accessoires, objets d’art, peintures, flacons de parfum, l’exposition du Petit Palais, en collaboration avec le Palais Galliera, remet à l’honneur celui que l’on surnomme “l’inventeur de la haute couture”.

Né en Angleterre, Worth arrive à Paris en 1846 comme simple vendeur de soieries. Douze ans plus tard, il fonde sa maison au 7 rue de la Paix. Rapidement, il révolutionne la manière de penser la mode : il n’exécute pas seulement des commandes, il crée des modèles que les clientes adoptent. Il impose sa vision, invente un style, forge un modèle économique et artistique encore en vigueur. La maison Worth devient le centre d’un luxe nouveau, assumé, théâtral, éloigné de toute sobriété. À l’image des designers d’aujourd’hui, Dior, Galliano, Lagerfeld, McQueen, Worth personnifie la maison qu’il dirige. Il est le premier à faire de son nom une marque.

Worth : Le père de la Haute Couture s’expose au Petit Palais
Worth, Tea-gown ou Robe d’intérieur, vers 1896- 1897. Soie façonnée à fond en satin vert et motifs en velours coupé bleu, dentelle de coton mécanique, doublure en taffetas de soie changeant vert et bleu. Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris. © Stanislas Wolff.

Une rétrospective immersive au Petit Palais

Sur 1 100 m², l’exposition propose une immersion chrono-thématique dans l’univers de Worth. Outre les collections du musée de la Mode de la Ville de Paris, et du Musée Galliera, elle bénéficie de prêts prestigieux du Metropolitan Museum of Art, du Victoria and Albert Museum, du Philadelphia Museum of Art, du Palazzo Pitti, ainsi que de collections privées.

Ce voyage temporel témoigne du parcours et de l’évolution du designer. Passant du dynamisme du Second Empire, clé de son succès et grande époque pour la tendance historicisante qui imprègne la mode du dernier tiers du XIXe siècle, à la reprise de sa maison par sa descendance au XXe siècle. La mythique rue de la Paix, haut lieu de la couture parisienne, y est aussi évoquée avec les maisons concurrentes : Paquin, Doucet, Dœuillet.

Worth : Le père de la Haute Couture s’expose au Petit Palais
Worth, Robe de cour de Lady Curzon, vers 1900. Corsage, jupe et traîne en soie crème avec broderie zardozi en fils métalliques argentés et dorés. Fashion Museum Bath, Royaume-Uni. © Fashion Museum Bath / Photo Peter J Stone.

L’exposition se poursuit sur une salle semi-circulaire qui évoque l’idée de l’horloge des 24h de la vie d’une femme ce qui donne l’occasion à l’exposition de rappeler que la maison Worth, concevait des robes pour toutes les heures de la journée, puisque à chaque moment correspondait une tenue et qu’on se changeait à cet effet.

De magnifiques et rares robes commandées par les plus riches héritières d’Amérique et les aristocrates européennes y sont montrées, formant une somptueuse présentation malgré un décor un peu simple et déjà utilisé en maintes occasions. Coup de cœur pour la robe du soir dite “Robe aux lys” (1896) de la Comtesse Greffhulle, le modèle de la duchesse de Guermantes de Proust et la robe de cour de Lady Cruzon (1900), épouse du vice-roi des Indes, Lord Curzon. Ces deux robes incarnent à la fois le style de leurs époques, (à la Chute de l’Empire, la mode abandonne la crinoline pour la tournure, amplifiant l’arrière des silhouettes), et le style personnel de Worth qui répond à ce changement de style par des robes spectaculaires, prolongées de traînes et enrichies de superpositions raffinées. La « robe aux lys » en velours noir et satin ivoire brodé d’argent, en est un exemple éloquent.

Worth : Le père de la Haute Couture s’expose au Petit Palais
Charles Frederick Worth, Robe du soir dite « Robe aux lys », vers 1896. Porté par Velours de soie noir, incrustations de satin de soie duchesse blanc ivoire en forme de branche de lys bordées d’un cordonnet de fils d’argent doré. Broderies de perles, paillettes, strass et fils métalliques d’argent doré. Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris. CCØ Paris Musées / Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.

Une dynastie à la conquête du XXe siècle

Après la mort de Charles Frederick en 1895, ses descendants reprennent le flambeau. La maison Worth à l’heure du XXe siècle se modernise sans jamais renier ses origines, et le succès de la maison demeure incontestée.   On aborde les années 1900-1910 par une reconstitution de la rue de la Paix, une illustration tangible de cette entrée dans la modernité.

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Worth, Robe du soir flapper, dit Charleston. Lamé, soie, fils métalliques, verre et métal, 1925 © Collection Louis Vuitton.

La maison Worth traverse les révolutions politiques, technologiques et sociales durant les années 1920, la maison est encore à la pointe, toujours à la recherche d’évolution et de renouvellement. La proclamation de Vogue France en 1924 en témoigne : « Une des plus anciennes maisons de couture, et néanmoins l’une de celles qui ont su le mieux non seulement s’adapter au goût moderne, mais encore le devancer et l’inspirer, telle est la meilleure définition de Worth ».

On entre dans cette dernière période avec la dernière salle d’exposition, qui illustre encore et toujours l’évolution de la maison Worth, jusqu’à son rachat par la maison Paquin en 1954. Des robes dites « flappers » sont exposées, ainsi que des manteaux, tous en conjonction avec l’air du temps. Il y a même une vitrine consacrée au partenariat avec la maison Cartier, qui est liée à la famille Worth par deux mariages.

La maison Worth va se lancer à partir de 1924 dans les parfums de couturier. Certes, ce n’est pas une nouveauté puisque la maison Poiret en 1910, et Coco Chanel en 21 l’ont fait avant elle mais, en 1924, avec Dans la nuit, la maison Worth se lance dans la production, grâce à la rencontre de trois hommes, le verrier Lalique, le parfumeur Maurice Blanchet, et le petit-fils du couturier Worth, créant de véritables œuvres d’art du style de l’Art Déco.

Worth : Le père de la Haute Couture s’expose au Petit Palais
Worth, Ensemble Dans la Nuit, 1924. Verre blanc pressé bleu, flacon en verre soufflé-moulé et bouchon en verre moulé-pressé. © Collection Benjamin Gastaud, Paris, France.

Pourquoi Worth ?

Bien entendu, avant lui, des couturiers, considérés comme de simples artisans, avaient habillé les puissantes, exécutant simplement les désirs de leurs clientes, en fonction des styles imposés par la cour ou la société. Rose Bertin, couturière de Marie-Antoinette, avait certes ouvert la voie à une certaine reconnaissance, mais elle restait dans l’ombre du pouvoir. Worth introduit une rupture : il invente un système. Il ne répond pas seulement à une demande, il anticipe, impose, crée une esthétique globale. Il ne suit plus les goûts de ses clientes, il les guide.  Il façonne un univers, à la fois artistique et commercial, devenu la norme.

En somme, Worth transforme le métier : de technicien de l’aiguille, il fait du couturier un véritable artiste et stratège, posant les bases de ce qui deviendra, au XXe siècle, le rôle du designer. Il invente une esthétique, un langage visuel, une manière de scénographier la mode. À travers lui, la couture devient culture.

Un parcours pour tous les publics

Plus qu’une rétrospective, cette exposition est une leçon d’histoire culturelle. Le visiteur découvre comment un nom est devenu une griffe, un homme une légende, une maison un empire. Dans les pas de Worth se dessine la silhouette du créateur contemporain, de Pharrell Williams à Ralph Lauren et Olivier Rousteing. Il est leur ancêtre. Sophie Grossiord, directrice par intérim du Palais Galliera, conservatrice générale du patrimoine et responsable des collections mode début du XXe siècle jusqu’à 1947, témoigne de l’ambition de ce projet :« Quand on parle de Worth, les quelques personnes qu’on peut interroger, connaissent le Second Empire et connaissent les parfums mais ne connaissent absolument pas l’intermédiaire. Et on espère que cette exposition va rectifier cette injustice. »

Et oui, si Coco Chanel, Christian Dior, ou Yves Saint Laurent sont devenus des icônes, Worth reste peu connu du grand public. L’exposition du Petit Palais entend donc corriger cela : rendre justice à celui qui a fait de la mode un art, une industrie, un imaginaire. Un père fondateur, à redécouvrir

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