C’est officiel, Maria Grazia Chiuri quitte la direction artistique de Dior après neuf ans de bons et loyaux services. Alors que les rumeurs sur son départ étaient omniprésentes depuis quelques mois, la créatrice des lignes femme a clôturé en beauté son parcours avec un défilé croisière 2026 à Rome, dans les jardins de la comtesse Mimì Pecci Blunt. Reprenant les codes d’une histoire qu’elle a écrite avec délicatesse et féminisme, Maria Grazia Chiuri tire sa révérence laissant derrière elle une nuée de moments iconiques où le vêtement a pris une tout autre dimension bien plus politique qu’auparavant.
Nommée en 2016, elle s’est distinguée en travaillant aux côtés d’ateliers exclusivement féminins mettant en lumière leur savoir-faire longtemps oublié. Désormais, Maria Grazia Chiuri laisse sa place tant convoitée au cœur d’un récit dont on connaîtra bientôt le dénouement… Pour l’occasion, retour sur 5 défilés marquants signés Maria Grazia Chiuri.
Dior collection printemps-été 2017-2018, les débuts
Le premier défilé de Maria Grazia Chiuri marquait les prémices d’une nouvelle ère, celle de la première femme à prendre la tête d’une maison de luxe française. D’origine italienne, la directrice artistique a commencé sa carrière chez Fendi en 1989 puis chez Valentino en tant que créatrice d’accessoires avant d’être promue co-directrice créative aux côtés de Pierpaolo Piccioli en 2008. Forte d’une connaissance accrue des collections et de la mode, elle prend les rênes de Dior en 2016 et débute avec un défilé politique encore ancré dans les mémoires.
Dans le documentaire de Loïc Prigent, Her Dior, Maria Grazia Chiuri revient à la fois sur ce moment de mode important et sur sa collaboration avec l’artiste et auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie. Dans une période de libération de la parole, la directrice artistique dévoile des looks immaculés où la femme s’affirme grâce à ses vêtements. Les vestes sont alors imaginées comme des combinaisons d’escrime (en guise de protection contre le monde), les jupons sont aériens et les t-shirts dévoilent des messages à l’instar du fameux « We should all be feminists ». Grâce à cette citation, le défilé Dior reçoit un traitement médiatique immense ancrant dès le départ les engagements féministes de la nouvelle directrice artistique.
Dior défilé Croisière 2021, retour aux sources
En pleine pandémie de Covid-19, Dior assure son défilé Croisière 2021 à huis clos sur la Piazza del Duomo à Lecce, dans les Pouilles. Ode au folklore italien dont Maria Grazia Chiuri connaît bien les préceptes, le spectacle se veut poétique, mélange parfait entre mode et art. Lieu de naissance du père de la directrice artistique, Les Pouilles deviennent alors la scène principale d’une collection célébrant l’artisanat. Pour l’occasion, Maria Grazia Chiuri invite l’artiste engagée Marinella Senatore qui a collaboré avec une famille de Lecce spécialisée dans l’art du luminaire afin d’élaborer un décor somptueux.
Le rituel se veut alors traditionnel avec de la musique ancestrale accompagnée d’une danse inspirée de la Pizzica. Maria Grazia Chiuri reprend les codes vestimentaires séculaires, ce fameux point de broderie appelé le tombolo, tout en les mélangeant aux leitmotivs typiques de chez Dior. On retrouve alors le motif de l’épi de blé, obsession chez Christian Dior, qui trouve une place sur les robes et shorts légers. Au son des percussions, les mannequins incarnent un esprit bohémien aux lignes claires et précises. Ce défilé croisière témoigne du talent latent de Maria Grazia Chiuri pour célébrer l’histoire et ses particularités. Avec grâce, la maestra insuffle un souffle nouveau aux terres lointaines de ses ancêtres…
Dior collection automne-hiver 2021-2022, le conte moderne
Comme un hommage aux contes français, ceux de Charles Perrault et de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (La Belle et la Bête) notamment, Maria Grazia Chiuri investit le château de Versailles et son iconique Galerie des Glaces pour une collection sobre aux choix parfois étonnants. Centre névralgique de la création chez Christian Dior, qui trouvait dans ce lieu une source d’inspiration inépuisable, le château accueille ici des silhouettes aériennes où le tailleur Bar est ponctué de cannage.
Les cols sont couverts de broderies anglaises, les manches ballons ont la part belle tout comme les robes babydoll. Maria Grazia Chiuri construit un univers fictionnel où se côtoient les grandes figures féminines des contes à l’instar du Petit Chaperon Rouge. Rien n’est laissé au hasard et les détails ajoutent un aspect magique aux créations. Dans le faste d’une galerie d’exception, Chiuri magnifie le rouge et les robes de bal. Une parenthèse enchantée au sous-texte toujours engagé grâce à l’installation de l’artiste Silvia Giambrone qui invite à réfléchir sur la pluralité de l’identité féminine.
Dior défilé Croisière à Séville 2023, un voyage ibérique inoubliable
En 2023, Maria Grazia Chiuri posait ses valises à Séville, cité à l’architecture hors du temps. Comme à son habitude, la directrice artistique s’est entourée d’artisans locaux pour des silhouettes revisitées entre modernité et tradition. Prenant sa source dans les films du réalisateur Pedro Almodóvar et dans la palette des figures historiques espagnoles dont la duchesse d’Albe et la danseuse Carmen Amaya, la créatrice cristallise son projet de célébrer les femmes sous toutes leurs facettes.
Passionnée par le vestiaire de l’Espagnole – les parures flamboyantes arborées par les danseuses de flamenco – Maria Grazia Chiuri imagine des pantalons de chevaliers andalous, des jupes de flamenco ainsi que des châles brodés à la main de Manille. Le chapeau devient l’accessoire phare du défilé élaboré aux côtés de Stephen Jones, fidèle collaborateur de la maison. Mélange somptueux de pièces ibériques éclectiques, Chiuri réinvente les iconiques de Dior comme le sac Saddle qui cette fois-ci se voit doté de broderies spéciales en cuir tout comme le tailleur Bar sublimé par des broderies aux fils d’or et d’argent réalisées par Jesús Rosado. Grandiose, le show transcende son statut pour devenir un spectacle à part entière avec parfois un trop-plein d’informations, élément d’ailleurs souvent reproché à la créatrice par les critiques.
Dior Défilé Croisière 2026, l’ultime célébration
Après une escale au Japon, Dior organisait son défilé Croisière 2026 au cœur des jardins de la comtesse Mimì Pecci Blunt à Rome, ville de l’art protéiforme. En prenant comme point de départ une figure philanthrope, Maria Grazia Chiuri tisse une toile centrée sur les bals organisés par l’hôte d’exception. Procession de personnages immaculés digne d’un film de Fellini, ce défilé était probablement l’un des plus lyriques depuis les débuts de la styliste italienne.
Les looks se composent de pièces hybrides situées entre la mode et le costume. Les gilets, issus de la garde-robe masculine, accompagnent de longues jupes amples. Les robes sont fines, couvertes de dentelles ou contrastées de motif en bas-relief. Les vestes militaires affichent des bords et des boutons noirs. Broderies, dentelles, mousseline… Les détails participent à l’atmosphère onirique de ce spectacle floral. Pour son show d’adieu, Maria Grazia Chiuri recompose les personnages, les paysages, les mythologies de Rome et nous emporte avec douceur dans un rêve ivoire peuplé de créatures mystérieuses. Au cœur d’un nuage de fumée, Chiuri tire sa révérence et clôture avec succès son règne éphémère…
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