Kourtney Roy, le kitsch mélancolique à la Cité de l’Économie

Kourtney Roy, le kitsch mélancolique à la Cité de l’Économie

À la Cité de l’Économie à Paris (Citéco), l’exposition All Inclusive de Kourtney Roy propose une immersion dans un univers photographique saturé, théâtral et profondément mélancolique. Connue pour ses autoportraits mis en scène dans des décors volontairement kitsch, l’artiste construit des images qui alternent entre clichés du rêve touristique et sentiment de tristesse.

Présentée du 20 février au 20 septembre 2026, cette exposition temporaire s’inscrit dans la saison culturelle « On refait le monde ? » de la Cité de l’Économie, consacrée aux effets de la mondialisation : migrations, échanges culturels, dérèglement climatique ou encore soft power. À travers une double approche artistique et scientifique, le parcours interroge les paradoxes du tourisme contemporain et ses impacts économiques, humains et environnementaux.

Une mélancolie du rêve touristique

Motels démodés, plages artificielles, piscines immobiles, ferries suspendus dans le temps : les images de Kourtney Roy rejouent les codes du rêve touristique. L’artiste s’y met elle-même en scène, incarnant une vacancière idéale : glamour, artificielle, presque irréelle. Ongles longs et bling-bling, chevelure blonde évoquant une figure à la Marilyn Monroe, outfits fashion : tout semble participer à la construction d’une image séduisante, brillante, presque trop parfaite.

Ses séries comme The Tourist, Sorry, No Vacancy ou In Between Worlds construisent une fiction du déplacement, alternant entre humour discret et étrangeté persistante. Les stations balnéaires désertées hors saison, les villes fantômes ou les silhouettes solitaires au regard absent renforcent cette sensation de nostalgie contemporaine. Au premier regard, les photographies peuvent sembler anodines, des lieux ordinaires, presque banals, mais elles laissent peu à peu émerger une gêne diffuse, un sentiment que quelque chose ne tourne pas rond.

COVER INTERNS 10 Kourtney Roy, le kitsch mélancolique à la Cité de l’Économie
Cité de l’Économie – Exposition Kourtney Roy

En effet, derrière cette façade glamour, le visiteur ressent un malaise. Un vide. Une superficialité troublante. Comme si les activités proposées, les lieux visités, les paysages photographiés n’étaient que des décors sans véritable vie. Ce contraste entre l’apparence touristique de la photo et la dureté silencieuse des espaces frappe. Les images donnent parfois l’impression que le voyage s’est arrêté en cours de route.

Cette impression est accentuée par la saturation des couleurs et par une scénographie particulièrement soignée. Même les sièges décoratifs installés autour des cadres participent à cette mise en situation : on ne regarde pas seulement les images, on entre physiquement dans cet univers artificiel.

Roy ouvre ainsi un espace à la fois poétique et critique autour de la fabrication du rêve touristique. Ses images interrogent les dérives d’un tourisme mondialisé, l’uniformisation des paysages, les pressions économiques locales ou encore l’empreinte écologique.

Pourquoi mêler photographie et économie ?

L’un des points les plus intéressants de l’exposition réside précisément dans le choix de présenter le travail de Kourtney Roy au sein de la Cité de l’Économie. Ce dialogue entre photographie contemporaine et médiation économique n’est pas anodin : il répond à la volonté d’aborder des phénomènes économiques à travers des expériences culturelles, afin de rendre ces enjeux plus concrets et accessibles au public.

Les panneaux explicatifs sur le surtourisme, la pression environnementale ou les transformations urbaines viennent dialoguer avec les images de Roy. Cette confrontation enrichit la lecture : la photographie apporte le ressenti, l’émotion, parfois le malaise, et l’économie apporte les clés de compréhension, les chiffres, les enjeux structurels.

COVER INTERNS 10 copie 2 Kourtney Roy, le kitsch mélancolique à la Cité de l’Économie
Cité de l’Économie – Exposition Kourtney Roy

Ce mélange fonctionne de manière constructive et positive : croiser les disciplines pour mieux comprendre les paradoxes du tourisme contemporain. Le visiteur oscille entre immersion esthétique et prise de distance analytique. L’image séduit, dérange parfois, tandis que l’information contextualise et permet d’interpréter.

Il permet de comprendre que les sentiments de vide ou de superficialité perçus dans les images ne sont pas seulement esthétiques : ils renvoient à des réalités concrètes du tourisme globalisé. L’exposition devient alors un espace de réflexion où l’émotion artistique et l’analyse scientifique se complètent.

Fictions photographiques et mises en scène de soi

Le travail de Roy dialogue avec plusieurs figures de la photographie contemporaine. On pense notamment à Martin Parr pour l’usage de couleurs saturées et pour l’observation critique d’une société de loisirs standardisée. Mais là où Parr adopte une distance documentaire et ironique, Roy introduit une dimension performative et introspective qui évoque Cindy Sherman.

Comme cette dernière, elle utilise l’autoportrait pour incarner des figures féminines ambiguës : à la fois caricatures sociales et projections intimes. Cette hybridation produit un univers singulier où la photographie devient le théâtre d’un malaise contemporain, entre désir de briller et sensation de vacuité.

COVER INTERNS 10 copie 3 Kourtney Roy, le kitsch mélancolique à la Cité de l’Économie
Cité de l’Économie – Exposition Kourtney Roy

Formée à l’Emily Carr University of Art and Design à Vancouver puis à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, Kourtney Roy entretient une relation étroite avec la France, où son travail est régulièrement exposé. On a notamment pu la découvrir au Bal à Paris (2014), puis plus récemment au Jeu de Paume (2025), confirmant sa place dans le paysage de la photographie contemporaine européenne.

Une escale artistique dans le parcours du musée

L’exposition reste relativement brève au sein du parcours permanent consacré aux mécanismes économiques. On peut ainsi ressortir en ayant passé davantage de temps à explorer les enjeux de la mondialisation ou de la finance qu’à s’immerger pleinement dans l’univers photographique de l’artiste, deux dimensions qui finissent néanmoins par se rejoindre et se compléter au fil de la visite.

Cette rencontre prend finalement la forme d’une courte escale artistique : une parenthèse marquante, mais éphémère.

Cette sensation de rester sur sa faim agit alors comme un moteur. Elle donne envie de prolonger la découverte, d’enquêter par soi-même sur les travaux de Kourtney Roy et de poursuivre l’exploration de cet univers singulier.

Visuellement forte, formatrice et stimulante, All Inclusive mérite l’attention. Il s’agit d’un dialogue entre images et réflexion économique, un assemblage original qui donne à voir, mais aussi à ressentir, les paradoxes du tourisme d’aujourd’hui, et qui laisse au visiteur l’envie d’en découvrir davantage.

Partagez cet article :

Vous aimerez sûrement :