Szilveszter Makó : le photographe que les stars s’arrachent, entre mode et surréalisme

Szilveszter Makó : le photographe que les stars s’arrachent, entre mode et surréalisme Oniriq Désirée de Lamarzelle
Szilveszter Makó : le photographe que les stars s’arrachent, entre mode et surréalisme Oniriq Désirée de Lamarzelle

Szilveszter Makó : le photographe que les stars s’arrachent, entre mode et surréalisme

Pourquoi toutes les stars veulent-elles être photographiées par Szilveszter Makó ? De Elle Fanning à Rama Duwaji, le photographe hongrois installé à Milan impose un univers théâtral et pictural, entre surréalisme, décors faits main et clair-obscur savamment composé. Au-delà des couvertures virales, son travail brouille les frontières entre mode et art, comme le montre son exposition In the Dark Room à Stockholm.

Il y a chez Szilveszter Makó quelque chose du chirurgien plasticien. À l’instar de Jean-Paul Goude qui, bien avant Photoshop, ou aujourd’hui l’IA,  scalpait ses tirages, les découpait, les recollait dans un jeu de « Goudemalion » aussi irrévérencieux que savant, le photographe hongrois travaille l’image comme une matière vivante. Non pour la lisser, mais pour la troubler.

Chez Makó, même goût des scènes construites, du décor pensé comme un plateau, des accessoires choisis avec minutie. Même obsession de la lumière, sculptée jusqu’au clair-obscur, et de la composition millimétrée. Mais là où Goude étirait les corps dans une fantaisie pop, Makó installe ses modèles dans un théâtre d’ombres et de textures, où chaque détail semble flotter entre illusion et mise en scène.

Rama Duwaji, artiste et épouse du nouveau maire de New York, pour le magazine The Cut
Rama Duwaji, artiste et épouse du nouveau maire de New York, pour le magazine The Cut/instagram

De la Hongrie à Milan, l’atelier comme laboratoire

Né en Hongrie, formé à l’image dans un dialogue constant avec l’histoire de l’art, Szilveszter Makó s’est imposé en quelques années comme l’un des photographes les plus courtisés de la mode internationale. Installé à Milan, il orchestre ses projets comme des pièces totales : direction artistique, production, stylisme, décors. Un artisan autant qu’un auteur.

Les stars se l’arrachent. Il a récemment photographié Rama Duwaji, artiste et épouse du nouveau maire de New York, pour le magazine The Cut. Elle Fanning s’est prêtée à son univers pour une couverture devenue virale de Who What Wear: dessins enfantins, collages artisanaux, associations surréalistes. Loin des images ultra-lisses et standardisées, la photographie y retrouvait une fraîcheur presque bricolée, un goût assumé pour la main, le papier, la trace.

Réduire Makó à un simple photographe de mode serait pourtant passer à côté de l’essentiel. Chaque personne photographiée devient un personnage. Non pas une icône, mais une figure de conte, légèrement décalée, parfois absurde, toujours incarnée.

Szilveszter Makó
Szilveszter Makó instagram

Peindre avec la lumière

Son processus tient du décor de théâtre et de l’atelier de peintre. Fonds peints, structures géométriques, matériaux recyclés, boîtes qui enferment ou libèrent le sujet : l’espace n’est jamais neutre. Il agit comme un partenaire silencieux. La lumière, souvent naturelle ou savamment reconstituée, glisse sur les matières, creuse les visages, densifie les couleurs. Les rouges sont profonds, les bleus presque nocturnes, les carnations poudrées comme dans une toile ancienne. On pense aux compositions classiques, aux mises en scène du surréalisme, à ces images où le réel bascule imperceptiblement vers le rêve.

Makó revendique ce dialogue avec l’histoire : la peinture flamande pour le modelé, le surréalisme pour l’absurde, les procédés analogiques pour la matérialité. Même lorsqu’il intègre des techniques contemporaines, l’image conserve une densité presque tactile. Rien n’y paraît automatique.

In the Dark Room, ou l’intimité construite

Cette dimension picturale trouve un écho particulier dans l’exposition In the Dark Room, présentée à House of Photography à Stockholm, jusqu’au 22 mars 2026. Dans cet espace dédié à la photographie contemporaine, Makó déploie un corpus qui explore les frontières du portrait et le rôle du décor comme prolongement psychologique du sujet.

Ici, la boîte devient motif récurrent : cadre, refuge, contrainte. Les matériaux, carton, tissus, surfaces peintes, dialoguent avec les corps. Chaque image semble suspendue dans un silence dense, presque religieux. On ne regarde pas ces photographies : on y entre.

L’exposition rappelle que son travail dépasse largement la commande éditoriale. S’il collabore avec des créateurs comme ABODI Transylvania pour des séries inspirées du folklore transylvanien, ou s’il expose ponctuellement en galerie, Makó reste un artiste indépendant, sans représentation exclusive, naviguant entre magazines, campagnes et accrochages muséaux.

La poésie du décalage

Pourquoi toutes les stars veulent-elles se faire photographier par lui ? Sans doute parce qu’il ne les photographie pas : il les transforme. Il leur offre un rôle, un espace, une fiction.

Dans un paysage saturé d’images parfaites, son esthétique faite main, presque artisanale, agit comme un contrepoint salutaire. Elle réintroduit le jeu, l’étrangeté, l’imperfection contrôlée. Elle rappelle que la photographie peut encore être un terrain d’expérimentation plastique, un lieu où la mode dialogue avec l’art, où le portrait devient récit.

Comme chez Goude, l’image n’est jamais donnée : elle est fabriquée. Mais chez Makó, cette fabrication ne cherche pas l’effet spectaculaire. Elle cultive une poésie discrète, une mélancolie légère, une fraîcheur insolente. Dans la pénombre de ses « dark rooms », la photographie redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une scène où l’on joue à croire.

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