Parfois, ce sont les lieux oubliés qui racontent les plus belles histoires. Dans Entre le cœur et les murs, Matthias Odin transforme un ancien entrepôt francilien en laboratoire poétique. À l’opposé des murs blancs aseptisés, nous y découvrons des souvenirs glanés au fil de promenades urbaines, des fragments d’objets trouvés, des gestes simples qui deviennent œuvres. En invitant le visiteur dans une reconstitution sensible de son atelier éphémère, Matthias Odin questionne notre rapport à l’espace, à la ville, et à la mémoire. L’exposition, visible jusqu’au 15 juin 2025 au Plateau à Paris propose une création libre et spontanée, à la frontière de l’art brut et l’architecture fantasmée. Une plongée dans l’intime, ouverte à tous.

Quand les murs ont une âme
L’histoire commence dans un lieu atypique : un entrepôt désaffecté, isolé derrière les bâtiments neufs du métro Front Populaire. C’est là, au cœur d’un espace à la fois secret et précaire, que Matthias Odin a installé son atelier temporaire. Ce geste d’occupation spontanée a donné naissance à toute une série de sculptures composites, faites de matériaux pauvres, d’objets trouvés, de portes, de cloisons et de lumière. Une lumière qui devient une véritable matière, un outil pour révéler les strates invisibles de ces fragments du réel.

Dans Entre le cœur et les murs, l’artiste prolonge les mémoires. Son installation fonctionne comme une traduction poétique de cet atelier éphémère. Une scénographie qui semble porter la trace d’une rencontre, d’une émotion, ou d’un souvenir en creux.
Des gestes simples pour des récits complexes
Matthias Odin s’oppose allègrement à l’état, sa force réside plutôt dans une forme de modestie esthétique avec des mains sculptées qui ouvrent les portes, une chaise renversée, des tiroirs lumineux. Les matériaux qu’il utilise, à noter, le bois, le verre, le métal ou encore la lumière s’assemblent avec une précision artisanale. Rien n’est laissé au hasard, même lorsque tout semble improvisé.

Le geste artistique devient un zeste politique parce que créer dans l’urgence, avec ce que l’on a sous la main, c’est aussi affirmer un droit à exister dans des espaces en friche. Le projet interroge la rareté des lieux accessibles pour les artistes, tout en transformant cette contrainte en force créative.
L’exposition comme parcours initiatique
À la manière d’un jeu de piste, le visiteur traverse des couches, des seuils, des cloisons. Il faut parfois se pencher, parfois s’arrêter. On croise des projections, des fenêtres ouvertes sur des films, des clins d’œil au monde du cinéma ou du jeu vidéo. La scénographie fait écho à la démarche de l’artiste , rien n’est figé, tout semble évoluer avec le lieu, le temps, la lumière.

Loin d’un accrochage traditionnel, Entre le cœur et les murs s’éprouve dans le déplacement, dans l’attention aux détails, dans l’écoute du silence entre les choses.
Une pratique jeune, mais déjà très affirmée
Né en 1995 à Lyon et diplômé de l’ENSAPC de Cergy, Matthias Odin développe un travail inclassable à la croisée de l’art plastique, de l’architecture et de la poésie urbaine. Il se nourrit des rencontres, des dérives, de l’errance. Loin du spectaculaire, il préfère raconter ce qui ne se voit pas tout de suite. Son terrain de jeu est marqué par les marges, les interstices, les lieux qui résistent au béton lisse et aux plans marketing.
Informations pratiques :
Entre le cœur et les murs
Project Room, Le Plateau, Paris
22 rue des Alouettes, 75019
Jusqu’au 15 juin 2025
Entrée libre, ouvert du mercredi au dimanche de 14h à 19h
Visite spéciale avec l’artiste : mercredi 4 juin à 19h30



