Exposition Sea Pop & Sun : Porquerolles, île refuge de la liberté

Sea , Pop & Sun fondation Carmignac Porquerolles
Sea , Pop & Sun fondation Carmignac Porquerolles OniriQ Alice MASSON

Exposition Sea Pop & Sun : Porquerolles, île refuge de la liberté

Sea, Pop & Sun ouvre ses portes depuis le samedi 25 avril et jusqu'au 1er novembre. La Fondation Carmignac accueille le grand public sur l'île de Porquerolles, dans le Var. Pour cette deuxième édition de son exposition estivale, elle convoque les années 70 new-yorkaises, le pop art, la mer et une question qui ne vieillit pas : qu'est-ce que la liberté, et pour qui ?

La Fondation Carmignac a choisi de titrer cette édition Sea, Pop & Sun, clin d’œil assumé au Sea Sex and Sun de Serge Gainsbourg, cette provocation douce qui résumait en trois mots toute la complexité d’une époque et d’un concept : la liberté. L’entrée au sein de la Villa Carmignac pour découvrir l’exposition se fait pieds nus. C’est la première instruction, et elle dit déjà tout. Avant même d’avoir vu une œuvre, le sol sous les pieds rappelle qu’une île méditerranéenne attend, et que quelque chose ici sera fondamentalement différent.

C’est Édouard Carmignac, financier, collectionneur et fan inconditionnel des Rolling Stones, qui a fondé cette institution en 2000. Elle n’a ouvert ses portes au public qu’en 2018. Aujourd’hui, c’est son fils Charles qui en tient les rênes. Musicien d’abord, cofondateur du groupe folk-rock Moriarty, ce sextet aux saveurs rétro qui avait électrisé la scène française à partir de 2007 avant de marquer une pause en 2016. Mille concerts, une carrière entière, et maintenant ceci : hériter d’une fondation d’art sur une île méditerranéenne. Charles Carmignac assume le paradoxe avec une élégance tranquille.

SEA, POP & SUN Fondation Carmignac - Porquerolles
SEA, POP & SUN – Derrick Adams – Floater

De Warhol à Tschabalala Self : une décennie de pop art mise à nu 

L’exposition, portée par deux commissaires, s’articule autour d’une collection construite sur une décennie de pop art, dont une quinzaine d’œuvres de Roy Lichtenstein. Le propos est ambitieux et honnête : retracer l’évolution de la notion de liberté, de la révolution culturelle des années 60 jusqu’à aujourd’hui. Du mouvement des droits civiques américains, Martin Luther King en filigrane permanent, à la libération sexuelle, de la société de consommation à l’urgence écologique. Sans jamais perdre de vue que la liberté, selon qui la regarde, ne ressemble pas toujours à la même chose.

Le parcours s’ouvre avec un Sunset d’Andy

SEA, POP & SUN Fondation Carmignac - Porquerolles
Andy Warhol, Sunset, 1972 Sérigraphie sur papier, 86,4 × 86,4 cm Courtesy The Andy Warhol Museum, Pittsburgh; Founding Collection, Contribution The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. © Andy Warhol / ADAGP, Paris, 2026 Photo : DR

Warhol. Logique, presque évident, et pourtant parfaitement juste. Le ciel, le soleil, la mer : Porquerolles est elle-même une œuvre. Puis vient Evelyne Axell avec Ice Cream (1964), toile où la nudité féminine n’est pas décorative mais revendicative. Cette artiste belge, proche de René Magritte et pionnière du pop art européen, portait dans son érotisme assumé tout le souffle de la libération sexuelle des années 60. Marilyn Monroe peinte par David Spiller arrive ensuite, incarnation simultanée du désir, de la consommation et d’une certaine idée de la liberté américaine. Les Beatles résonnent en arrière-plan avec Lucy in the Sky with Diamonds. Le rêve californien, à son apogée.

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Mario Schifano prolonge cette Amérique fantasmée avec des paysages de l’Ouest aux couleurs vibrantes, des étendues qui semblent infinies mais n’oublient pas, en creux, le sort des animaux sauvages en captivité. L’utopie a toujours ses angles morts.

De la libération sexuelle à l’urgence écologique : la liberté en mutation

La pièce centrale de l’exposition appartient à Théo Mercier. Un contrepoint radical, une œuvre qui plonge vers l’an 2525, référence directe à la chanson de Zager & Evans, ce duo qui imaginait dès 1969 la déshumanisation progressive de l’humanité. Théo Mercier mélange coquillages, fragments de corps et objets qui ressemblent à des pneus. Passé et futur s’y télescopent, beauté et déchets s’y confondent. C’est une ode à la responsabilité, à la mémoire, à ce que chacun décide de faire, ou de ne pas faire, de ce qu’il hérite.

SEA POP SUN Theeo Mercier Amour sans organes VI Exposition Sea Pop & Sun : Porquerolles, île refuge de la liberté
Theo Mercier- Amour sans Organes

 

Joe Goode traite la mer comme un sujet politique et écologique à part entière. Roy Lichtenstein déroule ses séries de paysages marins, kitsch, pop, par moments presque psychédéliques. Les premiers dessins d’Andy Warhol réapparaissent, leurs lignes et motifs en forme de cœur irradiant l’effervescence urbaine des années 80. Ce que les Beach Boys appelaient Good Vibrations, l’expression visuelle d’un monde qui croyait encore à ses propres promesses.

Capture decran 2026 04 28 143841 Exposition Sea Pop & Sun : Porquerolles, île refuge de la liberté
SEA, POP & SUN – Roy Lichtenstein – Crying girl

Et puis il y a Tschabalala Self. L’artiste américaine construit des images hybrides, corps assemblés à partir de dessins, de peintures et de tissus, qui interrogent directement les idéaux normatifs de la beauté et les codes esthétiques établis, historiquement, par les hommes. Respect, disait Aretha Franklin. Le mot résonne encore, intact. Il est rare, et franchement réjouissant, qu’une exposition de cette envergure porte un vrai message, qu’elle ose poser des questions sans toujours proposer de réponses trop propres. C’est cette réalité à la fois brute et silencieuse qui donne à Sea Pop & Sun son énergie si singulière : un souffle de liberté ! Une exposition qui invite à traverser les décennies sans jamais prétendre les résoudre.

SEA POP SUN Tschabalala Self Reverie copie Exposition Sea Pop & Sun : Porquerolles, île refuge de la liberté
Tschabalala Self – Reverie

Guide pratique pour continuer la visite  :

  • Où manger : Le Poisson Ivre – Domaine de la Courtade. Une guinguette comme à la maison pour prolonger l’expérience unique. 
  • Où boire un verre : Le Porquerollais – Sur la place principale de l’île. Situé face au terrain de pétanque, à droite de l’église, ce restaurant propose un service aussi gourmand que savoureux. Le service est incroyable, là aussi, c’est un peu comme à la maison.. 
  • Où dormir à Porquerolles : Hôtel les Mèdes avec son incroyable petit déjeuner buffet, son service adapté sur-mesure et un confort extra en chambre. 

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