Êtes-vous un rêveur ?
Francis Huster : Non, pas du tout. Je déteste les rêves. J’estime que c’est une mystification totale, comme le soleil qui se couche et qui se lève. Le soleil ne bouge pas, c’est la Terre qui tourne autour.
Pourquoi cette détestation ?
F.H.: D’une part, je n’aime pas passer presque la moitié de ma vie dans le noir. D’autre part, c’est une partie de ma vie sur laquelle je n’ai pas de prise. On ne peut pas intervenir sur ses rêves. Moi, j’ai vécu des cauchemars éveillés puisque j’ai été violenté, violé enfant, j’ai failli mourir, et c’est sur ces cauchemars que je me suis construit. D’une certaine manière, c’est grâce à eux que je suis heureux.
Vous vous souvenez de vos rêves le matin au réveil ?
F.H.: Jusqu’à 60 ans, j’oubliais tout. Depuis une dizaine d’années, je me rappelle d’environ 50 % de ce que j’ai rêvé. C’est toujours des histoires incroyables, je me demande à chaque fois où je vais chercher tout ça. Le rêve, c’est un soliloque, on se parle à soi-même. Au théâtre, les comédiens anglais jouent très bien les soliloques qui sont des moments de vérité, les Français ont plus de mal. D’ailleurs, je remarque que dans la langue française, il existe des verbes pour toutes les actions humaines sauf pour celle de dire la vérité. On peut mentir mais il n’y a pas de verbe pour dire la vérité. Étrange, non ?
Vous qui allez jouer un psy au théâtre dans En thérapie, croyez-vous à l’interprétation des rêves ?
Francis Huster : Selon moi, ils sont la clef du verrou de notre âme. Mais un artiste, c’est quelqu’un qui n’est pas dans les rêves mais dans sa réalité, même s’il se ment. Moi, par exemple, je veux penser qu’il y a un trou dans le ciel où se nicheront nos âmes après la mort. Je me mens sans doute mais je continue d’y croire. Les artistes ont inventé l’inspiration, littéralement prendre l’air de son âme.

Les surréalistes comme Salvador Dali puisaient leur inspiration dans leurs rêves…
F.H.: J’ai bien connu Dali. Il ne peignait jamais a l’horizontal, jamais en face-à-face, il lui fallait un angle. À l’horizontal, on observe; par au-dessus, on juge; par en dessous, on admire. Picasso, c’était encore autre chose. Il ne peignait pas, il dé-peignait.
Comment avez-vous appréhendé le rôle de ce psy tourmenté qui doit soigner les tourments des autres ?
Francis Huster : D’abord, j’ai voulu que ce soit une pièce jouée à 19 h car il faut avoir l’intellect à 100 % pour se pénétrer du texte.
À 21 h, parfois après un diner, les gens ont besoin de grands spectacles ou de comédies. Ensuite, j’ai demandé que mes trois patients soient des jeunes, dont deux filles très belles, car je pensais que leur souffrance intérieure ne devait pas se voir sur eux. Quant au psy, il fait sa propre thérapie devant le public.
Et j’avais toujours rêvé d’une pièce où Freud fait sa thérapie.
Vous vous exprimez par la bouche d’Alexandre Dumas dans La Légende de Monte Cristo, grâce à un procédé d’intelligence artificielle assez sophistiqué. C’est un rêve que vous réalisez ?
F.H. : J’ai beaucoup d’admiration pour Alexandre Dumas. Quand les deux frères Nakache qui produisent le spectacle m’ont proposé d’être le narrateur, j’ai accepté pour deux raisons: cette œuvre, justement, fait rêver ; et voir deux jeunes gens se lancer dans une telle aventure m’a plu. Je leur ai soumis cette idée de faire dire le texte par une image animée de Dumas et ils ont tout de suite compris l’intérêt pour le spectacle.

Que retenez-vous d’abord de cette œuvre indépassable, l’amour ou la vengeance ?
F.H.: Ni l’un ni l’autre. La leçon de Monte Cristo, c’est qu’on peut tout trahir, on ne doit jamais se trahir soi-même. Quitte à perdre pied. Et l’autre chose qui me marque dans cette histoire, c’est que Monte Cristo ne cède jamais. Je possède aussi ce caractère.
Edmond Dantès est le héros idéal ?
F.H. : Oui. Comme Jean Valjean dans Les Misérables. Cela explique d’ailleurs le succès de ces œuvres. Aujourd’hui, on ne sait plus créer ce genre de héros. Il faut que les personnages principaux d’un film ou d’une série soient des héros un peu bancals. Par conséquent, le public a du mal à s’identifier. Le dernier domaine où il reste encore de vrais héros, c’est le foot-ball. C’est pour cela que ce sport a un tel succès.
Si vous pouviez réaliser un rêve ?
F.H.: Sans hésitation, faire entrer Molière au Panthéon. Je trouve inimaginable que ça ne soit pas déjà fait. J’ai essayé de l’obtenir auprès d’Emmanuel Macron, ça n’a pas fonctionné. Je recommencerai avec le prochain. •
« La Légende de Monte Cristo », à partir du 28 janvier 2026 au Dôme de Paris-Palais des sports. Puis en tournée dans toute la France.
« En thérapie », à partir du 17 janvier, au théâtre Antoine-Simone Berriau, Paris 10°.



