Dans son premier album solo, Et alors ? (tôt ou tard, septembre 2022), l’ex-chanteuse du groupe Thérapie Taxi chante ses nuits d’insomnie, ses réveils matinaux où elle regarde l’homme qui dort à ses côtés, révèle aussi ses cauchemars de monstres qui lui fondent dessus. Cela nous a donné envie d’entrer dans les rêves d’Adé, autrice-compositrice-interprète de 28 ans promise à un avenir radieux. Et l’on ne s’y est pas ennuyé !

Yves Derai : Vous avez des rêves récurrents ?
Adé : D’abord, c’est très rare que je m’en rappelle. J’aimerais bien que ça m’arrive plus souvent parce que ce serait une source d’inspiration. J’ai juste un mini truc au moment de m’endormir qui me réveille brutalement, je tombe d’un escalier recouvert par un tapis rouge.
Yves Derai : Comme au Festival de Cannes ?
Adé : Non, comme dans les immeubles parisiens !
Yves Derai : Et votre pire cauchemar ?
Adé : Un accident de voiture au bord d’une falaise. Je me réveille juste avant de tomber dans l’eau. Parfois, aussi, je suis très pressée, j’ai le temps de rien. Je dois entrer en scène et je n’ai pas eu le temps de m’habiller, je dois enlever des couches de fringues, je n’y arrive pas, c’est l’enfer…
Yves Derai : Vous ne faites jamais de beaux rêves ?
Adé : Si parce qu’il arrive que je me réveille en riant. Je ne sais pas pourquoi mais c’est le meilleur sentiment au monde !
Yves Derai : Vous faites des rêves prémonitoires ?
Adé : Non. Mais j’y crois. Une amie en fait pour moi. Mais elle refuse de me dire quoi.
Yves Derai : Parlons de vos rêves éveillés. Quels sont vos rêves absolus, pour vous-même et pour le monde ?
Adé : Le mien perso, c’est d’avoir du temps pour apprendre, lire, écouter de la musique, peindre, faire des films. Je suis frustrée de ne pas en savoir assez comme je le dis dans ma chanson [Tout savoir]. Et pour l’humanité, que les gens se comprennent mieux. J’ai l’impression que les problèmes du monde résident dans les malentendus. Un jour, mon chat a rencontré un autre chat. Ils se sont tourné autour avec méfiance pendant trois jours alors qu’ils avaient envie de jouer ensemble. C’est pareil pour les hommes, je pense.

Yves Derai : La maison de vos rêves ?
Adé : J’en ai plusieurs… Une maison isolée face à l’océan, en Bretagne ou dans les Landes, avec des baies vitrées, hyper lumineuse. Comme dans Basic Instinct. Ou un palais à Rome, dans un quartier que j’ai adoré près du Vatican, Prati. Ou même un ranch dans l’Ouest américain.
Yves Derai : Vos vacances de rêve ?
Adé : Le Brésil. J’aime la musique, la langue que j’essaye d’apprendre. Je suis attirée par ce pays mais j’ai peur de la chaleur et du bruit. Il faut que j’y aille pour savoir, avec des gens qui connaissent et qui me guident. Je ne suis pas du genre à faire des excursions.
Yves Derai : L’objet dont vous rêvez ?
Adé : Je ne suis pas matérialiste… J’aime fouiller et avoir des coups de cœur. L’objet dont je rêve, c’est le prochain machin que je vais chiner et qui va me donner envie de l’avoir à tout prix. Et pas besoin de prix démesurés. L’important pour moi est qu’il soit exclusif. Je n’ai pas envie de voir quelqu’un d’autre avec ma bague ou ma veste.

Yves Derai : La rencontre dont vous rêvez ?
Adé : Les artistes que j’adore, je n’ai pas envie de les rencontrer parce que j’ai peur d’être déçue. Mais bon, je dînerais bien avec Mick Jagger, ce serait drôle. Peut-être… Mais mon vrai manque dans la vie, c’est que je n’ai jamais rencontré mon ou ma meilleure ami(e). Quelqu’un que je peux appeler pour rien et rester à discuter sans but. J’ai des amis mais je n’ai pas l’acolyte. Voilà la rencontre dont je rêve.
Yves Derai : La vie d’artiste est celle dont vous rêviez ?
Adé : Je n’ai pas grandi en m’imaginant cela. Ça s’est fait comme ça et ça coche des cases : je vivrais très mal d’aller au bureau, je suis maîtresse de mon temps, indépendante, il y a de la mise en danger… Je n’aurais pas pu trouver mieux.
Yves Derai : Vous préférez les rêves ou la réalité ?
Adé : Je fais tout pour que mes rêves deviennent réalité. Et il faut bien reconnaître que ma réalité actuelle, c’est un peu le rêve.

Yves Derai : Et pour votre premier album solo, vous rêvez quoi ?
Adé : De réussir la tournée. C’est ça qui m’habite. Tu donnes, tu prends. Je veux sortir transpirante et satisfaite. C’est cet accomplissement qui m’intéresse, avoir répondu à l’attente des gens.
Yves Derai : Vos rêves sont présents dans vos chansons ?
Adé : Oui, un peu. Je pars d’une réalité puis je brode, je romance, et donc, je rêve. A posteriori, quand je pense à mes chansons, je ne sais même plus ce qui m’a donné l’impulsion. Ce n’est pas important d’ailleurs.
Yves Derai : La chanson Insomnie – très joli texte –, c’est du vécu ?
Adé : On était, pendant le confinement, dans une solitude forcée. J’avais des angoisses, je n’avais pas de maison de disques, je n’en dormais pas la nuit. Alors, j’écrivais, je testais.
Yves Derai : Vous y parlez de vos cauchemars, de monstres et de colombes qui fondent sur vous…
Adé : Oui. Je ne sais plus pourquoi… J’ai oublié. Mais dans l’horreur, il y a parfois de belles choses.
Yves Derai : Dans Berceuse, vous dites que vous ne pouvez pas rêver d’« autre chose que de t’apercevoir »…
Adé : C’est ce moment où vous regardez la personne qui dort à côté de vous. C’est très émouvant et, en même temps, vous avez envie de lui parler. Vous êtes tiraillé entre deux envies.
Yves Derai : Et dans Tout savoir, vous aimeriez voir dans le noir…
Adé : Dans cette chanson, je dis que je prends des risques pour ne pas avoir de regrets. J’essaye de comprendre pourquoi j’écris des chansons et pourquoi ça me fait du bien.
Yves Derai : Avec Thérapie Taxi, vous chantiez des chansons trash. C’était un peu l’empreinte du groupe. Dans votre album solo, il n’y en a aucune.
Adé : On était deux à écrire. Le trash, c’était plutôt le délire de Raphaël [Zaoui]. Moi, ça m’amusait, j’incarnais un personnage. Mais ces textes-là, on savait qu’on n’allait pas les chanter à 50 ans. J’avais envie d’autre chose mais je ne rejette pas cette partie de moi. Je suis sans filtre, parfois. Ça ressortira un jour sous une autre forme.
Article rédigé par Yves Derai, à retrouver dans le numéro n°2 du magazine OniriQ.



