Tout commence par un micro-short aux poches utilitaires, un t-shirt à col roulé bleu sous une chemise blanche et de longues chaussettes noires sur une paire de mocassins aux proportions millimétrées. Au cœur de la Fondazione Prada débute alors une parade colorée dans un champ de tapis en forme de fleurs, espace floral factice. Comme à leurs habitudes, Miuccia Prada et Raf Simons repoussent les frontières de l’imaginaire et changent d’état d’esprit.
« Nous voulions un changement de ton », a déclaré Miuccia Prada aux journalistes. « Le contraire de l’agressivité, du pouvoir et de la méchanceté qui dirige le monde maintenant. Nous essayons donc d’apporter une petite contribution avec quelque chose d’authentique, de gentil ». Le duo créatif organise un défilé printemps-été 2025-2026 rythmé par les sons de la nature et offrent un voyage inoubliable aux mille et une nuances…
Le non-conformisme, concept clé chez Prada
Prada livre un spectacle pacifiste où le vêtement devient à la fois ludique et utilitaire (les shorts ont de multiples poches et les sacs de voyage sont immenses). Les codes se brouillent et le contraste s’installe car cet homme au look décontracté se frotte à son homologue aux mocassins impeccables et au trench beige sans fausse note. Avec une satisfaction non dissimulée, Raf Simons et Miuccia Prada s’inspirent de la fille Miu Miu et réussissent avec brio à mêler les deux univers aux frontières poreuses. L’étonnement est alors à son comble et la maison milanaise surprend par un vestiaire masculin audacieux.
Chez Prada, le preppy se veut pierre angulaire à travers des trenchs, des blousons près du corps, des vestes en cuir patinées et des pulls col à V. Outre cette recherche d’esthétisme sans fin, Prada a décidé de sortir des sentiers battus en apparence. Le défi est complexe mais l’effet produit est efficace. Un pantalon plissé sur le devant qui se rapproche dangereusement de la perfection devient alors le nec plus ultra d’une tenue de vacances (ou de bureau). Après tout, à quoi sert le conformisme quand il peut être détourné ?
Prada affirme son savoir-faire omniprésent avec une touche de simplicité sur un tissu travaillé au cordeau. Au fil de 55 looks, la facilité n’est qu’apparence et l’art du détail est poussé à son paroxysme. Dans un pli, une maille ou un cuir, les infimes retouches cristallisent l’excellence Prada, ce chef-d’œuvre à l’italienne qui n’a cessé d’exister depuis 1913.

Besoin de vacances irrépressible
Exit le costume fuselé, Prada programme les vacances et invite l’œil attentif à une séance de relaxation. La palette chromatique bouleverse la rétine : rouge fraise, vert électrique, rose poudré, bleu cobalt… Ces nuances pétillantes forment un fossé saisissant avec les nuances neutres et sombres plus communes chez Prada. La pièce maîtresse, le micro-short, qui n’est pas sans rappelé un certain Paul Mescal, déchaîne les foules et se porte à peu près avec tout : pull à col V gris, maille tricotée et bicolore ainsi que chemise imprimé d’un soleil délavé. Sur la plupart des silhouettes, le pantalon perd de son utilité troqué pour de longues jambes nues et élancées.
« Tout a fonctionné très facilement. Parfois, vous avez une proposition architecturale très spécifique (une forme, une épaule, une taille) et pour cette collection, nous avons dit dès le début que nous ne voulions pas de cela. Nous voulons que tout soit humain, y compris dans ses dimensions, léger, frais et coloré. Ainsi, lorsque nous avons commencé à travailler sur ce que nous avons assemblé, cela a été le plus facile pour moi », explique Raf Simons pour Vogue Runaway.
Ainsi, la collection se place comme une danse organique, instinctive avec des pièces portables autant pour une journée de travail qu’un séjour au bord de mer. Le look 24 notamment transpire l’air marin avec une tunique marinière, un chapeau blanc, des sandales en cuir et un sac en nylon semblable à une glacière.

Accessoires non-identifiés
Dans ce défilé printemps-été 2025-2026, les accessoires ajoutent également un soupçon d’ironie à ce théâtre contemplatif. Le spectacle sera éphémère alors autant en rire. Les chapeaux de paille en forme de pot de fleurs retrouvent une certaine sophistication mais amusent par leur aspect décalé. Idem pour les chaussures bateaux bicolores – dont Miu Miu avait lancé la mode chez les femmes en 2024 – qui rappellent avec nostalgie les souliers de grand-père.
Au carrefour du sérieux et de l’expérimentation, le résultat est à prendre avec des pincettes puisqu’il annonce peut-être une tendance qui ne durera pas dans le temps. “Ce goût du moche” comme la journaliste Alice Pfeiffer l’avait théorisé dans son essai Le goût du moche (2021) prend de facto tout son sens. Miuccia Prada et Raf Simons l’ont annoncé dés le départ, cette collection se veut comme une pause dans nos agendas bien chargés…




