« Que signifie la féminité aujourd’hui ? Comment peut-on la définir ? »… Tel est le fil conducteur de la collection automne-hiver 2025-2026 de chez Prada. Comme à leur habitude, le duo formé par Miuccia Prada et Raf Simmons met à mal nos certitudes et redéfinit les contours d’une société cabossée. Au cœur du Deposito de la fondation Prada à Milan, un parterre d’invités était regroupé afin de découvrir une parade anxiogène aux allures de rébellion. Cheveux en pagaille et petites robes froissées… Il semblerait que la silhouette Prada change la donne pour le meilleur !
La robe, mythe ou réalité chez Prada
Il suffisait juste d’un défilé (et pas n’importe lequel) pour que l’industrie se voit questionnée. Prada sort alors sa carte d’avant-gardiste et Miuccia Prada s’attaque à une des pièces maîtresses du vestiaire féminin : la robe. « Les robes, emblèmes de la féminité, se transforment constamment, sans cesse, tant par leur forme que par la manière dont elles sont portées », annonce un communiqué.
Il fallait bien un jour déconstruire « l’histoire culturelle » de ce bout de tissu qui fut imposé au sexe féminin dès le Moyen-Âge comme le détaille le chercheur Georges Vigarello dans son livre La Robe. Une histoire culturelle. Du Moyen Âge à aujourd’hui (2017).
Ici, la robe est soit noire, référence directe à l’iconique « petite robe noire », soit à fleurs. Entre la jeune mariée et la grand-mère, entre le classicisme et le too much, la dualité s’installe pour de bon. Prada démantèle alors la forme du tissu et les looks deviennent informes, flottant sur la peau des mannequins mal coiffés.
Le défilé débute par un quatuor de robes monochromes (en gabardine de laine ou en jersey), aux tailles cintrées et aux détails significatifs, un choix important qui annonce déjà la couleur. S’ensuivent alors des robes bien plus preppy, dotées de nœuds et de motifs tapisseries éclatants qui font presque mal à la rétine.
Simons et Prada nous malmènent à raison et s’amusent avec ce concept cristallisé de la « féminité ». Dans une sorte de temporalité allant des années 1950 à aujourd’hui, le tandem retrace la vie d’une femme et par la même occasion de son vestiaire. Soudain, cette dernière n’est plus un objet de beauté mais s’affiche durement et avec confiance. Le laid voire même le moche deviennent la norme, un code omniprésent dans la mode de Miuccia Prada. Peu à peu, la robe se mue en jupe ou en culotte et perd toutes ses fonctions d’antan…

Les accessoires, dernier bastion de la coquetterie
Le défilé poursuit ainsi son introspection : « Les gestes de glamour des accessoires – bijoux, sacs à main, nœuds, décorations – contrastent avec cette crudité, une opposition ». Toujours dans la tendance des charms, Prada agrémente ses uniformes des symboles typiques de la coquetterie. Les mailles sont serties de breloques tombantes, les sacs patinés par le temps se portent à la main et le manteau gris -intemporel de la maison italienne- est décoré de broches perlées. Si vous n’avez pas compris, le diable se cache dans les détails chez Prada !
Le décor se transforme en un échafaudage métallique recouvert d’une moquette conçue par la décoratrice Catherine Martin. Sorte de mise en abîme, les vêtements se confondent avec ce second plan qui fait écho vraisemblablement à l’espace domestique. Les coïncidences sont partout, allant des chaussures à la tapisserie.

Tendances immuables
Pour l’automne-hiver 2025-2026, la fourrure garde sa place de grande gagnante. En total look ou en touche plus texturée notamment sur les cols, cette dernière est incontournable chez Prada. La maison conserve alors ses basiques et ses mailles de qualité cachées sous des vestes oversized qui brouillent les codes du genre. Les couches se superposent et protègent les corps du monde extérieur.
Les matières sont brutes et se confrontent à l’imprimé floral ultra-kitsch qui retrouve (enfin) ses lettres de noblesse. Dernière innovation en date ? La botte-mocassin, une hybridation qui marie deux chaussures iconiques. Au fil des 52 looks bien pensés, la dichotomie transparaît et le concept de féminité perd de sa substance pour ne devenir qu’un simple mot…




