Face à l’Atlas, l’Oberoi de Marrakech réinvente le luxe marocain

L’Oberoi de Marrakech, une si longue attente...

Face à l’Atlas, l’Oberoi de Marrakech réinvente le luxe marocain

Marrakech fait partie des villes dans le monde contenant le plus de palaces au kilomètre carré. L'arrivée du groupe Oberoi n’en fut pas moins un événement retentissant.

L’Oberoi de Marrakech est l’astéroïde qui a percuté les deux palaces mythiques de la perle du désert, propriété du roi ou du royaume, la Mamounia et le Royal Mansour. Avec ses 84 unités dont 78 sublimes villas avec piscine et six suites en terrasse avec vue sur l’Atlas, cet ensemble s’étalant sur 11 hectares, situé à 25 minutes de la médina, est une oasis de verdure et de calme où l’hyper-luxe côtoie dans la plus parfaite harmonie une forme de simplicité reposante et même, réconfortante.

Le ballet des personnels y est feutré, les cloches ne cinglent pas forcément les assiettes merveilleusement garnies dans les restaurants du resort, le sourire des membres de l’équipe n’est pas feint. Quand on flâne dans les allées, on croise des jardiniers ou des bagagistes en voiturette qui précèdent vos demandes. Vous vous êtes perdu au milieu des oliviers qui peuplent le domaine ? On vous propose aussitôt de vous conduire à votre destination. Un problème dans votre chambre ? Votre interlocuteur fera tout pour le résoudre dans les plus brefs délais.

Telle est la culture Oberoi, un groupe qui place le service au rang des vertus hôtelières cardinales, au même titre que le confort des installations ou la haute gastronomie indispensable à un établissement de ce rang. Tant et si bien qu’aujourd’hui, deux ans après sa véritable ouverture en octobre 2020, le palace croule déjà sous les awards et truste les places de choix dans tous les classements mondiaux.

The Oberoi in Marrakech, such a long wait...
Le lobby de l’hôtel

Mariage Indo-Marocain

Mais dieu que l’accouchement de cet éden terrestre fut long et difficile ! Pour comprendre pourquoi il a fallu une décennie aux opérateurs pour parvenir à ce résultat ô combien impressionnant, il faut revenir aux origines. En 2009, M. P.R.S. Oberoi, fils du fondateur d’Oberoi, groupe familial essentiellement implanté en Asie, jette son dévolu sur Marrakech. Se sachant loin de ses bases, il cherche un partenaire local qu’il trouve rapidement : la famille El-Alami, synonyme de fortune et puissance au Maroc, dont la réussite dans l’industrie et l’hôtellerie force l’admiration, partage ses valeurs et son ambition. En outre, elle a l’avantage de posséder une immense ferme aux abords de la ville rouge qui peut offrir des possibilités de construction évidentes.

Les El-Alami sont invités en Inde, à New Delhi, pour vivre l’expérience Oberoi. Cela vaut mieux que tous les discours. Conquis par plusieurs palaces du pays où le luxe le dispute à l’élégance, ils acceptent d’entrer en négociation avec le groupe indien. À partir de là, les discussions vont aller bon train entre l’Afrique et l’Asie, certaines étant organisées par un certain Rohan Ogale, alors directeur de la restauration de l’Oberoi de Mumbay, qui sera nommé dix ans plus tard à Marrakech…

Les similarités s’avèrent criantes entre les interlocuteurs : tous sont attachés à l’hospitalité, la satisfaction client, une vision de l’architecture influencée par la religion commune, les couleurs chaudes et, bien sûr, un esprit de famille. Ce petit monde se réunit, en général, autour d’agapes épicées où, là encore, chacun ne peut que constater qu’en matière culinaire, les goûts des uns voisinent ceux des autres. La convivialité qui s’installe entre les deux familles ne gâche pas le respect mutuel, bien au contraire.

Ces échanges soutenus appuyés par des tableaux Excel et autres plans de financement débouchent sur un accord de principe d’un partenariat dans lequel les Marocains sont majoritaires à hauteur de 75 % des parts pouvant baisser jusqu’à 51 % au fil du temps, 49 % pour Oberoi, la loi obligeant l’actionnaire marocain à rester majoritaire.

En 2010, les travaux de construction débutent, avec une exigence dans la qualité des matériaux et des hommes. « Les deux parties s’accordent sur une architecture d’inspiration islamique, explique Rohan Ogale, actuel directeur de l’Oberoi Marrakech. Elle se caractérise par des volumes impressionnants, beaucoup de hauteur dans les salles, de la lumière naturelle pénétrante et une symétrie des éléments décoratifs symbolisant l’harmonie et l’équilibre. » Pas de volonté de l’architecte ou des propriétaires de séduire une clientèle religieuse mais simplement de s’inscrire dans la grande tradition des palais marocains du XIVe siècle. C’est la raison pour laquelle tous les ornements sont faits à la main.

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Le grand canal de l’hôtel, entouré de ses oliviers centenaires et ses magnifiques villas

Architecture islamique et jardins signés

L’ouverture, prévue au départ pour 2016, va donc être repoussée de plusieurs années. Des matériaux précieux viennent d’Inde, comme le bois ou le cuir, de même que des objets décoratifs tels que des tapis ou des chandeliers. Certains détails confinent au perfectionnisme le plus absolu. Par exemple, les maîtres d’œuvre ont décidé de conserver tous les oliviers et les arbres centenaires de la ferme originelle, dans un souci à la fois de défense de l’environnement et de préservation de la mémoire du lieu.

Il faut donc déraciner les milliers d’arbres, les conserver en l’état pour les replanter une fois la construction terminée. Cox Madison, le jardinier du célèbre jardin Majorelle qui a appartenu à Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, considère que les jardins de l’Oberoi dont il assume la création doivent, ni plus ni moins, s’apparenter à ceux d’une résidence royale !

Ce genre d’acrobatie, qui n’est pas sans conséquence sur les délais de livraison du chantier dont la clôture provisoire permettait d’envisager une ouverture partielle du palace, nous amène en 2018. Dans le tout-Marrakech, l’ouverture de l’Oberoi devient un peu l’arlésienne. Plus personne n’ose dire quand l’événement tant attendu aura enfin lieu, voire même s’il aura lieu… Pourtant, dans le plus grand secret, une chambre témoin est peaufinée avant ultime validation pour que les artisans puissent enfin se pencher sur les finitions.

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Le restaurant Siniman, l’un des trois que compte l’hôtel

Une restaurant d’exception

Début 2019, la direction fraîchement nommée s’occupe de recruter l’équipe avec une règle d’airain : ses 250 membres doivent être jeunes et inexpérimentés, donc en capacité de s’imprégner de la culture Oberoi grâce à l’apport d’une task force efficace constituée d’un cadre par département possédant au moins cinq ans d’ancienneté chez Oberoi. À ce moment-là, Rohan Ogale occupe la fonction de directeur des opérations aux côtés de Fabien Gastimel, DG, tous deux ayant déjà collaboré à l’Oberoi Dubaï. Ce grand hôtelier au calme et à la suavité délicats se souvient : « Le recrutement et la formation des équipes ont dû être réalisés en quelques mois, dans le respect du cadre très strict défini par Oberoi. Ce fut une authentique prouesse ! »

Tout comme la mise en place expresse d’une restauration originale avec un restaurant principal qui mêle cuisine européenne et spécificités indiennes, la touch Oberoi. Une excellente table marocaine voit aussi le jour où, dans un décor oriental non ostentatoire, des musiciens locaux accompagnent des repas d’une finesse exceptionnelle. Comment, d’ailleurs, ne pas citer ici la pastilla de volaille, met fameux lorsqu’il contient ainsi l’âme du pays. La direction de la restauration s’attache aussi à inventer des petits déjeuners savoureux où l’on peut à la fois se servir au buffet et commander certains plats plus sophistiqués à table, tout en admirant le bassin séparant en deux les jardins luxuriants, vivant une expérience voluptueuse de sérénité matinale qui laisse une empreinte inoubliable.

Le palace ouvre ses portes en soft opening une première fois à l’hiver 2019 pour ce qui sera, en réalité, un galop d’essai. Car le Covid va s’en mêler. Les confinements très stricts au Maroc vont se succéder, l’empêchant de prendre son envol. Pendant ces périodes de fermeture, l’hôtel, comme nombre d’établissements de ce niveau, s’ingénie à empêcher la fuite d’un personnel trié sur le volet et formé au cordeau, et poursuit les travaux afin de se préparer à une inauguration en bonne et due et forme… qui n’aura jamais lieu !

La véritable ouverture de l’Oberoi Marrakech se déroule en octobre 2020, dans une manière de discrétion qui convient finalement assez bien à l’image du groupe. « Au départ, nous allons nous appuyer sur la clientèle locale, assure Rohan Ogale. Puis progressivement, avec la réouverture totale des frontières, les étrangers vont venir. On est aujourd’hui à 60 % de taux de remplissage. » Suffisant pour assurer l’équilibre économique d’un tel vaisseau amiral ? Oui, selon nos interlocuteurs, qui expliquent qu’une unité dans un palace comme celui-là coûte environ 5 à 600 000 euros et qu’ici, ce tarif moyen a été allègrement dépassé. Une façon d’exprimer que l’amortissement de l’Oberoi Marrakech risque de prendre quelques années.

Article rédigé par Yves Derai, à retrouver dans le numéro n°2 du magazine OniriQ.

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