Balade culturelle, entre vignes et œuvres d’art

Balade culturelle, entre vignes et œuvres d'art

Balade culturelle, entre vignes et œuvres d’art

De Bordeaux à la Provence, jusqu'aux collines de la Rioja, certains domaines viticoles se visitent autant pour leurs vins que pour les œuvres qui ornent les paysages. Sculptures monumentales, centres d'art ou architectures spectaculaires signées par de grands noms jalonnent ces vignobles pas comme les autres. Cinq destinations où la vigne devient décor, et la dégustation une promenade esthétique entre nature et créations contemporaines.

En France…

Château d’Arsac, la vigne mécène

Balade culturelle, entre vignes et œuvres d'art

Au cœur du Médoc, à Arsac, la promenade prend une tournure singulière. Château d’Arsac n’est pas seulement un domaine viticole, c’est un musée à ciel ouvert où l’art contemporain surgit entre les rangs de vignes.

L’histoire ressemble à celle d’une renaissance. En 1986, Philippe Raoux rachète le domaine alors presque abandonné. Il ne reste que trois hectares de vignes. Patient, visionnaire, il replante le vignoble, restaure les bâtiments et redonne vie à cette propriété millénaire. Aujourd’hui, près de 90 hectares produisent des vins réputés en AOC margaux et haut-médoc. Mais la vigne, ici, fait plus que produire du vin, elle finance l’art. Depuis les années 1990, chaque millésime contribue à l’acquisition d’une œuvre contemporaine. Au fil du temps s’est constituée l’une des plus importantes collections privées de sculptures monumentales du Sud-Ouest, disséminées dans le parc, les jardins et les chais.

La rencontre la plus éclatante attend le visiteur dans le chai, où deux œuvres de Niki de Saint Phalle rayonnent. Le Soleil, explosion de couleurs et de vitalité, diffuse une énergie presque enfantine. À ses côtés, Mother & Child célèbre la puissance et la tendresse dans les formes généreuses qui ont fait la signature de l’artiste.

En poursuivant la balade dans le parc de sculptures, d’autres présences apparaissent, les silhouettes rêveuses de Jean-Michel Folon, ou encore des installations monumentales qui dialoguent avec le paysage médocain. Ici, l’art accompagne la marche, surgit au détour d’un cep, transforme la visite en expérience sensorielle.

Bien avant que le terme ne devienne tendance, Philippe Raoux a inventé une forme d’œnotourisme culturel où la vigne devient mécène.

Château Chasse-Spleen, l’esprit d’un lieu

Balade culturelle, entre vignes et œuvres d'art

À quelques kilomètres de l’estuaire de la Gironde, au cœur du Médoc, le Château Chasse-Spleen porte un nom qui semble tout droit sorti d’un poème de Baudelaire. On raconte que ce « chasse-spleen » serait né d’une conversation au XIXe siècle avec Odilon Redon. Au-delà de la légende, ici, le vin et l’art conjuguent réellement leurs forces pour dissiper la mélancolie.

Le domaine, fleuron de l’appellation moulis-en-médoc, déploie près de 135 hectares de vignes donnant naissance à des vins réputés pour leur équilibre entre puissance et élégance. Cabernet sauvignon, merlot et petit verdot composent ces grands rouges du Médoc, travaillés chaque année avec la même exigence, recommencer, s’adapter au millésime, dialoguer avec la nature.

Cette idée de création permanente a naturellement conduit les propriétaires, Céline Villars Foubet et Jean Pierre Foubet, vers l’art contemporain. Leur conviction est simple, le vin appartient au présent, comme l’art. Depuis plusieurs années, ils constituent une collection tournée vers les artistes émergents, installée dans les jardins, les chais et un centre d’art ouvert au public dans une chartreuse du XVIIIe siècle restaurée.

La promenade réserve ainsi des rencontres inattendues. Dans le chai, une spectaculaire anamorphose colorée de Felice Varini transforme l’architecture en illusion géométrique. Dans le parc surgissent les sculptures de Lilian Bourgeat ou les formes brûlantes d’Anita Molinero, tandis que les installations lumineuses d’Ann Veronica Janssens jouent avec l’air et la perception. Au centre d’art, les expositions temporaires prolongent cette expérience. L’une des plus marquantes a récemment mis en lumière les néons du maître minimaliste Dan Flavin, des halos vert, rose ou jaune qui transforment la visite en déambulation méditative. À Chasse-Spleen, l’art n’est pas un décor mais une expérience.

Château La Coste, vignoble avant-gardiste

Balade culturelle, entre vignes et œuvres d'art

Au détour d’un chemin bordé de vignes, une silhouette apparaît soudainement dans le paysage, l’araignée monumentale de Louise Bourgeois qui semble veiller sur les collines provençales. Au Château La Coste, l’art se dessine ainsi au détour des ceps.

À quelques kilomètres d’Aix-en-Provence, ce vaste domaine viticole de plus de deux cents hectares mêle vignoble, architecture et création contemporaine. Fondé par le collectionneur irlandais Paddy McKillen, le lieu a été imaginé comme un parcours artistique à ciel ouvert. Au fil d’une promenade à travers les vignes et les bois, le visiteur découvre sculptures monumentales et pavillons d’architectes signés par quelques grandes figures de la création contemporaine, de Tadao Ando à Frank Gehry.

Mais Château La Coste est aussi un domaine à vivre. Les vignes produisent des vins de Provence en agriculture biologique, tandis qu’un hôtel moderne et plusieurs restaurants prolongent l’expérience. Parmi eux, une table orchestrée par la cheffe étoilée Hélène Darroze invite à goûter la Provence dans un décor ouvert sur le paysage.

La balade devient un dialogue permanent entre nature et création. Sculptures avant-gardistes, architectures minimalistes et œuvres contemporaines jalonnent le parc comme autant de ponctuations visuelles. Au Château La Coste, la vigne n’est plus seulement un terroir, elle devient le décor d’un vaste musée paysager où l’art contemporain se découvre à ciel ouvert.

En Espagne…

Domaine d’Ysios, la vague de la Rioja

Balade culturelle, entre vignes et œuvres d'art

Au cœur de la Rioja Alavesa, la balade prend soudain des airs de révélation architecturale. À l’approche de Bodegas Ysios, la vigne laisse apparaître une silhouette spectaculaire, une longue toiture ondulante qui semble flotter au pied de la Sierra de Cantabria. On vient ici goûter un grand vin de rioja, bien sûr, mais aussi découvrir ce qui ressemble à une véritable cathédrale de la vigne.

Le bâtiment, inauguré en 2001, est signé Santiago Calatrava, maître des architectures sculpturales. Fidèle à son goût pour les lignes dynamiques, il imagine un chai dont la toiture d’aluminium ondule comme une vague. Les façades en bois évoquent les douelles des barriques, tandis que les crêtes métalliques dialoguent avec les montagnes qui dominent les vignobles. Le regard suit ces courbes comme on suivrait une nef, donnant au lieu une dimension presque sacrée.

Le nom du domaine ajoute une touche de mythologie. Ysios mêle les noms d’Isis et d’Osiris, divinités auxquelles la tradition attribue l’apprentissage de la culture de la vigne. Une référence symbolique qui transforme cette cave futuriste en temple contemporain du vin.

La visite vaut autant pour l’architecture que pour les vins. Dans les chais baignés de lumière, les barriques alignées prolongent la rigueur graphique du bâtiment. Les cuvées du domaine, principalement issues du tempranillo, expriment la finesse et la puissance des terroirs de Rioja.

La promenade prend une autre forme, pas de sculptures ni de centre d’art, mais une œuvre monumentale posée au milieu des vignes. À Ysios, la dégustation devient expérience esthétique.

Marqués de Riscal, la vigne en titane

Balade culturelle, entre vignes et œuvres d'art

Au cœur de la Rioja Alavesa, la balade culturelle entre vignobles prend soudain des airs de spectacle. À Ciudad del Vino Marqués de Riscal, le regard est immédiatement attiré par un édifice spectaculaire, une sculpture d’architecture surgit des vignes.

Le bâtiment porte la signature de Frank Gehry, figure star de l’architecture mondiale et créateur du musée Guggenheim Bilbao. En 2006, il imagine pour le domaine un ensemble spectaculaire recouvert de rubans de titane aux reflets bleutés, rosés et violacés. Ces voiles métalliques semblent flotter au-dessus du bâtiment comme une vigne stylisée emportée par le vent. Posée au milieu des maisons traditionnelles d’Elciego et des rangs de vignes, l’architecture crée un contraste saisissant entre héritage viticole et audace contemporaine.

Mais le lieu n’est pas seulement une bodega, c’est aussi un hôtel de luxe, Hotel Marqués de Riscal, dont les chambres aux lignes obliques et aux volumes vertigineux prolongent l’esprit sculptural imaginé par Gehry. Terrasses panoramiques, bar à vin et spa de vinothérapie permettent de vivre le vignoble autrement, au cœur même de cette œuvre architecturale.

Car le domaine lui-même est une institution. Le fondateur, le marquis de Riscal, fut l’un des pionniers de la modernisation de la Rioja en introduisant les méthodes bordelaises de vinification dès 1858. Aujourd’hui encore, les cuvées dominées par le tempranillo comptent parmi les références de la région. Dans cette « cité du vin », on vient admirer une œuvre signée Gehry, on traverse les vignes, puis on découvre un grand vin de rioja.

Article écrit par Désirée de Lamarzelle, à retrouver dans le numéro 15 de Oniriq Magazine

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