Du 15 avril au 23 août 2026, le Musée Carnavalet – Histoire de Paris célèbre le 400e anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal avec l’exposition Madame de Sévigné : Lettres parisiennes. Le lieu n’est pas choisi par hasard : au sein de l’hôtel Carnavalet où vécut la célèbre Parisienne de 1677 à sa mort en 1696, cette exposition revient sur la vie de Madame de Sévigné à Paris, à un moment où la ville connaissait d’importantes transformations.

Qui était Madame de Sévigné ? Biographie d’une épistolière hors du commun
Marie de Rabutin-Chantal, connue sous le nom de marquise de Sévigné, naît le 5 février 1626 à Paris, paroisse Saint-Paul, et meurt le 17 avril 1696 au château de Grignan, en Drôme provençale. Devenue orpheline à l’âge de sept ans, la future marquise grandit avec ses grands-parents maternels à Paris dans le Marais, entourée de livres.
À dix-huit ans, réputée tant par son esprit que par sa beauté, elle épouse Henri de Sévigné, de trois ans son aîné. Ce dernier, léger et dépensier, lui donne deux enfants : Françoise-Marguerite en 1646 et un garçon, Charles, en 1648. En 1651, Henri meurt dans un duel. Veuve à 25 ans, elle décide de se consacrer à la vie mondaine et à l’éducation de ses enfants.
L’amour d’une mère : l’origine secrète d’un chef-d’œuvre littéraire
Le noyau de l’œuvre de Madame de Sévigné est constitué de sa correspondance avec sa fille bien-aimée, Françoise-Marguerite, devenue comtesse de Grignan après son mariage.
La première lettre de Mme de Sévigné adressée à sa fille date du 6 février 1671. Cette dernière l’a quittée deux jours plus tôt pour rejoindre son mari. La marquise a quarante-cinq ans depuis la veille. Naît alors une correspondance entre une mère et sa fille qui va durer un quart de siècle.
Au fil des lettres qu’elle destine à sa fille, une corrélation entre maternité et écriture se dessine : la coexistence de la figure de la mère et celle de la femme de lettres s’entremêle et donne naissance à Madame de Sévigné en tant qu’épistolière.
On recense aujourd’hui 1 120 lettres de Mme de Sévigné, dont 764 à sa fille Mme de Grignan, 126 à son cousin Bussy, et 220 lettres adressées à 29 autres destinataires. Parmi ses correspondants figuraient des personnalités comme La Rochefoucauld, le cardinal de Retz, Madame de La Fayette ou le philosophe Corbinelli.
Une plume qui a traversé les siècles : le style unique de ses lettres
Les lettres de Madame de Sévigné apparaissent comme un compromis subtil de littérature galante, de mondanité intime et de confession biographique. Véritable chroniqueuse, Mme de Sévigné relate pour sa fille tous les événements marquants qui se sont produits à Paris : le mariage de la Grande Mademoiselle, l’arrestation de Fouquet, l’exécution de la Brinvilliers lors de l’affaire des Poisons, la mort d’Henriette d’Angleterre.
Son style est frappant par son élégante simplicité, sa spontanéité, et se rapproche davantage des conversations de salons que de la littérature du temps, dominée par la rhétorique. L’aisance avec laquelle la marquise passe d’un sujet intime à un commentaire de Bajazet ou à des anecdotes mondaines peut dérouter, mais manifeste la vivacité d’un esprit dont la réflexion se nourrit de tout ce qui s’offre à elle.
Dans ses lettres, elle illustre la position paradoxale des femmes au XVIIe siècle : exclues des grandes fonctions politiques ou académiques, elles trouvent dans les salons et dans l’écriture épistolaire un espace de liberté intellectuelle.
Madame de Sévigné au Musée Carnavalet : une rencontre intime entre une femme et son musée

200 œuvres pour un portrait inédit du Grand Siècle
L’exposition rassemble plus de 200 œuvres, dont peintures, objets historiques et dessins offrant également une vision renouvelée de ce qu’était Paris à l’époque du Roi Soleil. Ces pièces proviennent des collections du musée, de la Bibliothèque nationale de France et du musée du Louvre.
Parmi les temps forts, le portrait peint par Claude Lefèbvre représente Madame de Sévigné en vêtements de petit deuil (veuve depuis l’âge de 25 ans) avec une expression spirituelle et animée qui rend compte de la vivacité d’esprit de la plus illustre locataire de l’hôtel Carnavalet.
Le bureau provenant du château des Rochers, où Madame de Sévigné séjournait régulièrement, figure également parmi les pièces remarquables, on peut d’ailleurs supposer que la marquise y a rédigé plusieurs de ses lettres.
L’exposition croise l’œuvre littéraire avec l’histoire urbaine et sociale du Paris de Louis XIV pour offrir une relecture inédite du Grand Siècle, loin du simple hommage biographique.
Programme culturel : conférences, lectures et performances tout l’été 2026
- 21 mai 2026 : Conférence-projection Les lettres ordinaires avec l’artiste Adrianna Wallis
- 3 et 4 juin 2026 : Journées d’études consacrées à la présence des femmes dans l’espace public parisien au XVIIe siècle
- 7 juin 2026 : Lecture de lettres par Dominique Blanc, sociétaire de la Comédie-Française
- 25 juin 2026 : Master Class de Jennifer Tamas, professeure à Stanford, en dialogue avec l’historienne et comédienne Mélanie Traversier
- 2 juillet 2026 : Conférence dansée de Hubert Hazebroucq
Infos pratiques :
Musée Carnavalet – Histoire de Paris 23 rue de Sévigné, 75003 Paris
Du 15 avril au 23 août 2026



