Interview du parfumeur Dominique Ropion
Quelle est l’odeur qui vous ramène instantanément à votre enfance ?
Dominique Ropion : L’odeur de la craie. Celle de l’encre, de la colle à papier. Ce sont des empreintes olfactives indélébiles. Toute l’histoire réapparaît.
Le parfum qui ne vous quitte jamais ?
D.R. : Les eaux de Cologne. Celles à base de citrus, de bergamote, de fleur d’oranger. Ce sont des odeurs simples, fraîches, universelles.
La senteur qui vous inspire le calme et la sérénité ?
D.R. : La fleur d’oranger. Elle me parle d’enfance, de douceur, de peau propre. C’est une senteur apaisante.
L’odeur qui vous fait voyager ?
D.R. : L’odeur du bord de mer, les algues, l’iode, l’air marin.
L’odeur de l’amour ?
D.R. : L’odeur de l’amour, c’est celle de la peau de l’autre. C’est très subjectif.

J’ai collaboré avec un aromaticien pour sublimer la fraise des bois
L’odeur improbable que vous aimeriez mettre en flacon ?
D.R. : Toutes les odeurs, chacune d’elles raconte quelque chose.
Une odeur pour définir la personne que vous êtes aujourd’hui ?
D.R. : Peut-être une fleur. J’ai passé énormément de temps à les étudier, à les déconstruire, à comprendre leur architecture moléculaire. Le jasmin, la tubéreuse, la fleur d’oranger, le narcisse… Elles sont les couleurs primaires de mon langage olfactif. Elles parlent de sensualité, de complexité, de tension.
L’odeur que vous détestez le plus ?
D.R. : Je ne crois pas qu’il existe de mauvaise odeur. Même l’odeur du métro parisien, par exemple, a sa place dans ma mémoire sensorielle. Elle me parle, elle me raconte une histoire.
Quelle a été votre dernière émotion olfactive ?
D.R. : Chaque odeur est une émotion. Il n’y a pas de hiérarchie. Elle surgit souvent là où on ne l’attend pas, dans le quotidien.
Quel est le point de départ de vos créations ?
D.R. : Le point de départ, pour moi, c’est toujours la matière première. Mais pas simplement son odeur. Je parle d’une véritable exploration moléculaire. J’analyse sa structure, ses composants, ses contrastes internes.

Avec Miutine, Miu Miu dévoile une fragrance qui joue des contrastes : la fraîcheur acidulée d’une note fruitée à connotation spontanée et joyeuse se mêle à l’éclat d’une fleur au caractère plus structuré. Une création qui exprime une féminité libre et affirmée, dans la continuité de l’univers singulier de la marque.
Quelle a été l’inspiration pour Miutine ?
D.R. : L’inspiration est née de la rencontre inattendue entre deux matières premières que tout semble opposer : la fraise sauvage, impertinente et pulpeuse, et le gardénia, fleur sophistiquée et lumineuse. En les analysant, j’ai découvert qu’elles partageaient des éléments communs. Des lactones fruitées, des tonalités florales et même des notes vertes comme l’hexenol. C’était le point de départ de cette composition.
Quel est l’ingrédient phare ?
D.R. : L’ingrédient phare est sans conteste la fraise des bois, et plus précisément la variété Mara des bois. Elle apporte une dimension vive, joyeuse et régressive au parfum. Elle est travaillée avec une grande précision, pour en révéler toutes les facettes : acidulées, florales, fruitées.
Quel a été le plus grand défi dans la composition ?
D.R. : Le défi principal a été de revisiter la structure chyprée classique sans tomber dans les codes trop sombres. Il fallait injecter des notes fruitées et gourmandes tout en conservant une élégance lumineuse. Chaque ingrédient a été dosé avec précision pour maintenir une tension entre légèreté et sensualité, fraîcheur et chaleur. Trouver cet équilibre a demandé un travail méticuleux et de nombreuses itérations.
Une anecdote de création à partager ?
D.R. : J’ai collaboré avec un aromaticien pour sublimer la fraise des bois. Ce travail à quatre mains nous a permis de transformer cette note en une signature olfactive sophistiquée. C’est cette approche multisensorielle, goût, couleur, texture, qui a donné à la fraise toute sa noblesse dans la composition.
Une destination qui ressemble à Miutine ?
D.R. : Miutine évoque un univers vibrant, libre et contrasté. J’imagine aisément une destination du Sud, baignée de lumière, en été.
Le moment idéal pour le porter ?
D.R. : C’est un parfum pour soi, que l’on porte dans les moments où l’on veut se reconnecter à son instinct, à sa joie intérieure.
À qui l’offrir ?
D.R. : À une personne spontanée. À la fois douce et affirmée, joueuse et élégante. Elle porte Miutine comme un geste de plaisir personnel, non pour séduire mais pour se sentir pleinement elle-même.

Miutine, Eau de parfum
25 ml – 85 €
50 ml – 120 €
100 ml – 170 €



