Rencontre avec Saiid Kobeisy, la révélation couture que l’on n’avait pas vue venir

Rencontre avec Saiid Kobeisy, la révélation que l’on n’avait pas vue venir
©ONIRIQ MAGAZINE

Rencontre avec Saiid Kobeisy, la révélation couture que l’on n’avait pas vue venir

À l’heure où la dernière Haute Couture Week s’archive peu à peu dans nos mémoires, un nom résonne encore : celui de Saiid Kobeisy. Encore discret sur la scène parisienne, le couturier libanais s’impose comme l’une des belles surprises de cette saison. À l’occasion de la présentation de sa collection automne-hiver 2026-2027, OniriQ est parti à sa rencontre. Un échange dont nous gardons un souvenir certain.

Mercredi 8 juillet, Paris — Alors que la Haute Couture Week bat son plein sous près de 35°C, les rendez-vous s’enchaînent comme si nos vies en dépendaient. L’agenda de ce troisième jour affiche complet : des défilés de Robert Wun à Elie Saab, en passant par Zuhair Murad, auxquels s’ajoutent les présentations de nombreuses autres maisons… Et, au beau milieu de ce marathon, une halte sur laquelle, il faut bien l’avouer, nous n’aurions pas forcément parié : Saiid Kobeisyprésentation showroom, collection automne-hiver 2026-2027.

Quelques jours plus tôt, une invitation nominative avait atterri dans notre boîte mail, suivie d’un message de l’attachée de presse : « Tu vas adorer, crois-moi. » Une adresse, un horaire fixé entre deux défilés et, finalement, assez peu d’indices sur ce qui nous attendrait sur place. Certainement un énième créateur persuadé que Paris se mettra à genoux au premier coup d’aiguille…

Le Passage Privé de Saiid Kobeisy

Le jour venu, nous poussons donc la porte du 66 rue du Faubourg-Saint-Honoré, juste en face du palais de l’Élysée. À l’intérieur du showroom, luxueux et (détail non négligeable par 35°C) climatisé, une équipe s’active et passe de l’arabe à l’anglais en une fraction de seconde. Au centre, ledit Saiid Kobeisy nous accueille avec un sourire franc.

Tout près de nous, mannequins Stockman et mannequins de chair se font face, vêtus de créations couture automne-hiver 2026-2027, toutes griffées au dos du même nom. Celui d’un couturier libanais dont le travail est déjà bien installé au Moyen-Orient, mais qui trace encore discrètement son chemin dans le paysage parisien très fermé.

 

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Look après look, notre hôte nous dévoile les inspirations qui ont façonné sa collection, Passage Privé. Un voyage, comme il l’appelle, à travers l’élégance, le raffinement et la richesse culturelle du début du XXe siècle. Mais plutôt que d’en livrer une interprétation trop littérale, Saiid Kobeisy en retient une atmosphère : celle d’une époque de périples, d’échanges artistiques et de sophistication, qu’il transpose dans un vestiaire où chaque création semble ne dévoiler qu’une partie de sa propre histoire.

« Avec Passage Privé, j’ai voulu capturer l’esprit d’une époque remarquable tout en explorant l’idée que chaque voyage transforme la manière dont nous nous percevons », nous explique-t-il.

Rencontre avec Saiid Kobeisy, la révélation que l’on n’avait pas vue venir
©SAIID KOBEISY – Collection automne-hiver 2026-2027 Passage Privé

Une idée qui se ressent jusque dans la construction des pièces. Le velours, matière signature de la collection, côtoie le satin, le crêpe georgette ou encore la dentelle française, tandis que plumes, fourrure et broderies ponctuent les créations. Mais c’est de près que le savoir-faire prend une tout autre dimension. Les passementeries suivent les lignes du corps comme des trajectoires, les broderies pixellisées évoquent des souvenirs fragmentés, tandis que les géométries inspirées de l’Art déco rappellent la fascination du créateur pour les premières décennies du siècle dernier.

Plus loin, certaines créations jouent la carte de la retenue quand d’autres assument pleinement l’opulence propre à la couture libanaise. Les manches kimono accompagnent le mouvement, les drapés fluides viennent rompre avec des constructions plus architecturales et, à mesure que le regard s’attarde, les détails se multiplient. Une richesse qui ne se révèle finalement jamais aussi bien qu’à quelques centimètres des vêtements.

Rencontre avec Saiid Kobeisy, la révélation que l’on n’avait pas vue venir
©SAIID KOBEISY – Collection automne-hiver 2026-2027 Passage Privé

Au milieu des robes du soir et des pièces sculpturales, quelques looks homme attirent également notre attention. Une présence encore rare dans cet univers, qui marque pourtant déjà la troisième incursion de Saiid Kobeisy dans le vestiaire masculin. Même précision, mêmes jeux de proportions et même exigence dans les finitions : plutôt que de sembler greffé à la collection, l’homme évolue naturellement dans le même décor.

Rencontre avec Saiid Kobeisy, la révélation que l’on n’avait pas vue venir
©SAIID KOBEISY – Collection automne-hiver 2026-2027 Passage Privé

Le créateur derrière le nom

Une heure plus tôt, Saiid Kobeisy n’était encore qu’un nom glissé entre deux rendez-vous sur notre agenda. Désormais, dans l’atmosphère feutrée de son showroom, entourés de ses créations, nous nous surprenons à admirer le travail d’un couturier dont nous ne connaissions encore presque rien.

Assez, en tout cas, pour avoir envie de prolonger le rendez-vous et, surtout, de vous le faire découvrir à notre tour. La visite laisse alors place à la conversation. Quelques minutes d’échange pour entrevoir l’homme derrière la griffe, comprendre sa vision de la couture, ses inspirations et ses ambitions pour l’avenir.

Rencontre avec Saiid Kobeisy, la révélation que l’on n’avait pas vue venir
©SAIID KOBEISY – Portrait

Pour celles et ceux qui découvrent votre travail aujourd’hui, qui est Saiid Kobeisy au-delà du nom ?

Saiid Kobeisy : Au-delà du nom, je me considère comme quelqu’un qui raconte des histoires à travers la couture. Pour moi, la mode a toujours été bien plus que la création de beaux vêtements : il s’agit de susciter une émotion et d’offrir aux femmes un espace où elles peuvent exprimer qui elles sont réellement. Chaque collection naît d’une idée, d’une émotion ou d’une réflexion sur l’expérience humaine. La couture est simplement devenue le langage à travers lequel j’ai choisi de m’exprimer.

Comment définiriez-vous votre identité créative aujourd’hui ? Quelles influences ont façonné votre manière d’envisager la mode ?

S.K : Mon identité créative repose sur un dialogue entre structure et émotion. Je suis fasciné par la précision, mais je ne veux jamais qu’elle paraisse froide. Chaque ligne, chaque broderie, chaque silhouette est pensée pour être au service d’une émotion.

Je puise mon inspiration dans l’architecture, la nature, le cinéma, la littérature et l’histoire, mais avant tout dans les êtres humains. La manière dont une personne se déplace, dont elle se tient, les émotions qu’elle dévoile ou choisit de dissimuler : tout cela constitue pour moi une source d’inspiration inépuisable. La couture ne devrait jamais se contenter d’habiller le corps ; elle devrait révéler quelque chose de la personne qui la porte.

 

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Lors d’une semaine de la Haute Couture où l’attention se concentre souvent sur une poignée de maisons historiques, avez-vous le sentiment de devoir constamment prouver que vous méritez votre place parmi elles ?

S.K : Je ne considère pas cela comme quelque chose que j’aurais à prouver. Les grandes maisons ont bâti leur héritage au fil des décennies, parfois même sur plus d’un siècle, et j’ai un immense respect pour cette histoire.

Ma responsabilité est différente. Elle consiste à rester authentique, à continuer d’évoluer et à apporter ma propre voix à la couture. La reconnaissance vient avec la constance, le savoir-faire et la vision. Lorsque l’on reste fidèle à ces valeurs, la légitimité se construit naturellement avec le temps.

Votre travail semble trouver un équilibre entre romantisme, théâtralité et force. Quelles émotions souhaitez-vous qu’une femme ressente lorsqu’elle porte l’une de vos créations ?

S.K : J’espère qu’elle se sent pleinement elle-même. La confiance en soi est importante, mais elle naît de l’authenticité. Je veux que chaque femme puisse se sentir puissante sans avoir besoin de devenir quelqu’un d’autre. La couture ne devrait jamais prendre le dessus sur la femme ; c’est à la femme d’habiter la couture.

Si elle repart vêtue de l’une de mes créations en se sentant plus libre, plus forte et davantage en accord avec elle-même, alors le vêtement a rempli sa mission.

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©SAIID KOBEISY – Collection automne-hiver 2026-2027 Passage Privé

Pouvez-vous nous en dire davantage sur la collection que vous venez de présenter à Paris ? Et pouvez-vous également nous parler de cette troisième incursion dans le vestiaire masculin ?

S.K : Passage Privé explore la relation entre les apparences et ce qui se cache derrière elles. Plutôt que de raconter une histoire au sens littéral, la collection évoque une atmosphère inspirée par le raffinement et le mystère du début du XXe siècle. Chaque silhouette ne dévoile qu’une partie de son récit, invitant celui qui la regarde à imaginer le reste.

La collection oscille entre constructions sculpturales et mouvements fluides, trouvant un équilibre entre retenue et richesse à travers le velours, la dentelle, la passementerie et des broderies minutieusement travaillées.

Le vestiaire masculin est devenu une extension de ce dialogue. Ce troisième chapitre nous a permis de développer davantage le langage de la maison à travers un tailoring fondé sur les mêmes valeurs de précision, de savoir-faire et de sophistication discrète. Il ne se dissocie pas des collections féminines : il appartient au même univers.

Très peu de créateurs proposent aujourd’hui de la couture pour homme. Diriez-vous que le vestiaire masculin occupe désormais une place importante dans votre vision créative ? Et pourquoi ?

S.K : Absolument. Aujourd’hui, les hommes s’intéressent de plus en plus à des vêtements personnels, expressifs et confectionnés avec un savoir-faire exceptionnel. La couture offre cette possibilité, puisqu’elle se construit autour de l’individu plutôt qu’autour des tendances.

Pour moi, le vestiaire masculin représente une nouvelle occasion d’explorer le savoir-faire à travers un vocabulaire différent. Les principes restent les mêmes : précision, équilibre, proportions et attention portée aux détails. Mais ils sont interprétés d’une manière qui reste fidèle à la silhouette masculine.

Rencontre avec Saiid Kobeisy, la révélation que l’on n’avait pas vue venir
©SAIID KOBEISY – Collection automne-hiver 2026-2027 Passage Privé

Votre présence à Paris devient de plus en plus visible. S’agit-il d’une évolution naturelle de votre parcours ou d’une ambition stratégique visant à installer plus durablement votre maison dans le paysage de la couture parisienne ?

S.K : Les deux. Paris a toujours été le cœur de la couture. Être présent ici représente donc à la fois un honneur et une responsabilité. Notre présence s’est développée naturellement au fil des années et du travail accompli, mais elle s’inscrit également dans une vision à long terme pour la maison.

Nous ne venons pas simplement présenter des collections à Paris : nous construisons des relations durables, développons notre communauté internationale et œuvrons à établir Saiid Kobeisy comme une maison de couture internationale, dont Paris serait l’un des foyers.

Quelle est la chose que le public ne comprend peut-être pas encore pleinement à propos de Saiid Kobeisy et que vous aimeriez révéler à travers vos prochaines collections — ou même à travers cette interview ?

S.K : La couture est souvent associée à la beauté, au luxe et au savoir-faire. Et, bien sûr, tous ces éléments sont essentiels. Mais ce que j’aimerais que le public comprenne de plus en plus, c’est que chaque collection commence par une idée avant de devenir une robe.

Ce qui m’intéresse, c’est de créer des univers plutôt que de simples vêtements. Chaque collection s’inscrit dans un récit plus vaste autour de la transformation, de l’identité et de l’émotion. La couture en devient le médium, mais l’histoire passe toujours en premier. À mesure que la griffe continue d’évoluer, j’espère que le public découvrira non seulement ce que nous créons, mais aussi pourquoi nous le créons. C’est là, à mes yeux, que réside la véritable identité de Saiid Kobeisy.

Rencontre avec Saiid Kobeisy, la révélation que l’on n’avait pas vue venir
©SAIID KOBEISY – Collection automne-hiver 2026-2027 Passage Privé

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