Robert Wun, Couturier des songes

Robert Wun, Couturier des songes
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Robert Wun, Couturier des songes

Depuis 2014, à la tête de sa griffe éponyme, Robert Wun laisse libre cours à son imagination.Depuis 2014, à la tête de sa griffe éponyme, Robert Wun laisse libre cours à son imagination. Loin d'une haute couture réduite à la beauté ou à la perfection, le créateur hongkongais met en scène ses rêves, ses obsessions ainsi que leurs parts d'ombre. Rencontre avec un créateur qui fait de la couture le reflet de son monde

Au pays des songes, Robert Wun est un chef d’orchestre… Né à Hong Kong, le créateur grandit bercé par le cinéma et ses scènes où l’imaginaire s’affranchit du réel. Très tôt, les films deviennent pour lui une échappatoire : un espace où les émotions se font plus grandes et où les récits s’autorisent toutes les extravagances. À l’adolescence, il découvre un autre langage possible pour exprimer sa créativité débordante : le vêtement. Fasciné par la possibilité de raconter des histoires à travers les silhouettes, il décide d’en faire son métier.

Suite à ses études au London College of Fashion, où il étudie les défilés d‘Alexander McQueen avec attention, il lance sa maison éponyme en 2014, bien décidé à transformer ses rêves en couture. Rapidement, son univers dramatique et cinématographique attire l’attention, jusqu’à marquer les esprits avec la désormais mythique Bleeding Love dress. En 2023, il franchit une nouvelle étape en intégrant le calendrier officiel de la Fédération de la haute couture et de la mode. Aujourd’hui, Robert Wun nous invite dans les coulisses de son imaginaire.

Interview exclusive avec Robert Wun :

Tom Kuntz : Vous avez grandi à Hong Kong avant de vous installer à Londres. Diriez-vous que ce déplacement géographique et culturel a eu un impact sur la façon dont vous imaginez la couture aujourd’hui ?

Robert Wun : Je ne sais pas s’il y a vraiment un lien direct avec mes inspirations. C’est sûr que mon éthique de travail me vient de mon éducation à Hong Kong. De même pour mon rejet de la superficialité et du « simplement beau ». À l’inverse, Londres m’a permis de découvrir ce que j’aimais faire et qui j’étais en tant que personne. Mais en regardant ce que je fais aujourd’hui, je pense que ce langage artistique a toujours existé dans mon imaginaire.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours et ce qui vous a conduit à créer votre propre maison ?

R.W. : J’ai compris que la mode m’intéressait vraiment vers l’âge de 12 ou 13 ans. À l’époque, une amie fréquentait la même église familiale que moi. Elle étudiait la mode et m’a introduit à l’idée de devenir designer à mon tour. Mes parents ont estimé que si je voulais poursuivre dans un domaine créatif, il serait préférable que je quitte Hong Kong pour Londres. Je suis parti à l’âge de 16 ans.

J’ai étudié au London College of Fashion et j’ai appris la réalité du métier : le savoir-faire, les compétences, l’artisanat. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai travaillé environ deux ans pour différents créateurs et même des magazines où je faisais de la direction visuelle. Puis j’ai lancé ma maison en 2014.

Robert Wun, Couturier des songes
©ROBERT WUN

Justement, lors de la fondation de votre maison, quel a été votre plus grand défi ?

R.W. : Je m’attendais à ce que ce soit difficile. Au départ, j’avais une vision assez classique de ce qu’est une maison traditionnelle : un modèle basé sur le wholesale, des showrooms, des présentations, des boutiques… Mais le vrai nerf de la guerre était de trouver ma place, de montrer qui j’étais à tout ce monde.

Depuis, diriez-vous que la mode est devenue un médium narratif, une manière de raconter votre histoire ou simplement toute votre vie ?

R.W. : La mode est comme un livre dans lequel j’écris mon histoire avec mes personnages imaginaires, mes pensées et mes rêves. Mais je ne dirais pas que c’est toute ma vie, pour être honnête. Selon moi, on ne peut rien apporter de nouveau à l’industrie si l’on ne voit que par son prisme. Le monde est bien plus vaste. Il possède de nombreuses facettes, idées et autres réalités. Et bien que la mode soit très prenante, que je l’aime et la respecte, j’essaie toujours de garder un pas de recul pour voir ce qui lui manque et ce que je peux lui apporter.

Vos défilés ressemblent à des récits fragmentés, comme des séquences de cinéma. Concevez-vous une collection comme un scénario, avec une progression dramatique entre les silhouettes ?

R.W. : Je pense, car j’ai toujours énormément aimé les films. Ça me permet de m’évader, d’explorer de nouveaux univers. L’essentiel lorsque je réalise un défilé, ce n’est pas seulement de montrer de belles choses. Il est important que le public ressente des choses, d’où la progression dramatique. Je l’ai appris en étudiant, notamment le travail dAlexander McQueen. J’ai aussi le sentiment que, lorsqu’on est un designer relativement nouveau, si l’on veut convaincre les gens que l’on mérite sa place, il faut montrer que l’on pousse les choses plus loin que ce que les autres sont prêts à faire.

Parlons de votre collection printemps-été 2026. Elle a été perçue comme un « cinéma mental », où chaque silhouette incarne un personnage digne d’un Alice au pays de Robert Wun. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

R.W. : Toute la collection est une tentative de traduire cet état à la fois onirique et conflictuel que l’on ressent lorsqu’on exerce le métier de designer. Des débuts aux hésitations, en passant par la peur d’échouer, les attentes de l’industrie et le courage. C’est quelque chose de très personnel, issu de mon imagination. Peut-être même mon propre parcours créatif. Les premières silhouettes sont entièrement en noir et blanc, comme des photocopies neutres représentant l’imagination à l’état pur.

Puis la collection évolue vers ce que j’appelle « la confrontation avec le luxe ». C’est à ce moment que les diamants, bijoux et autres éléments précieux apparaissent. De même pour la couleur, qui représente le moment où la réalité frappe le créateur. Enfin, la dernière partie s’intitule « Le courage d’aller au combat ». Les personnages deviennent des guerriers symboliques. Car, après le rêve et la confrontation avec la réalité, il ne reste qu’une chose : le courage de continuer d’être designer.

Robert Wun, Couturier des songes
©ROBERT WUN – SS26 haute couture Robert Wun

Pour vous, le métier a-t-il changé ?

R.W. : Radicalement. Déjà, le mot « designer » a perdu en valeur. Avant, on accordait notre attention au travail des autres. Aujourd’hui, personne n’a le temps : pas juste pour les designers, pour tout le monde. Si vous ne captez pas l’attention en cinq secondes, vous devenez insignifiant. Cela change complètement notre manière de travailler. Il faut créer de l’excitation, marquer les esprits le plus vite possible. Tout repose sur les épaules du designer. Et pourtant, c’est comme si cela ne suffisait plus. Au lieu de nos collections, les gens attendent de voir qui va échouer, qui va être le prochain à se faire licencier. C’est, d’une certaine façon, ce que j’ai aussi voulu imager dans ma dernière collection.

La couture est traditionnellement associée à la beauté et la perfection. Pourtant, dans votre art, il existe une tension entre esthétique, malaise et dramaturgie. Pourquoi la cultiver ainsi ?

R.W. : Je pense qu’il existe une différence très importante entre l’industrie du vêtement et celle de la mode. Le vêtement consiste à créer quelque chose que les gens veulent acheter et porter au quotidien. Mais alors, qu’est-ce que la mode ? Historiquement, les grands noms comme Dior ou Balenciaga, sont des couturiers. Et qu’est-ce qu’un couturier ? Quelqu’un qui rêve et doit faire rêver. Il repousse les limites de l’art de fabriquer des vêtements. Et cela passe forcément par l’émotion.

Des designers extraordinaires, avant moi, ont déjà traduit cela à travers leurs créations. La vraie question est plutôt : pourquoi cela semble-t-il si nouveau aujourd’hui ? Peut-être parce qu’il n’y a plus assez de personnes qui croient que la mode doit porter quelque chose de plus profond que simplement faire de l’argent et être esthétique.

 

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Votre travail possède une dimension très conceptuelle, mais il ne bascule jamais complètement dans le costume. Comment maintenez-vous cet équilibre entre spectacle et couture ?

R.W. : C’est une frontière très fine. Les éléments essentiels sont la désirabilité et l’exécution. Un vêtement peut être très théâtral mais si l’on a ces deux aspects, il reste dans le domaine de la couture. Le pire, pour moi, serait d’être trop ennuyeux au point que personne n’en ait rien à faire.

L’une de vos images les plus marquantes reste votre robe éclaboussée de sang, la Bleeding Love dress. Quelle histoire se cache derrière cette silhouette devenue iconique ?

R.W. : La collection s’appelle « For Love ». J’étudiais l’idée de ce que l’on est prêt à faire par amour. Pour le look Bleeding Love, j’ai réfléchi à la signification réelle du mariage : accepter l’amour, c’est aussi accepter la possibilité d’être blessé un jour. L’amour ne se mesure pas seulement au bonheur. Il se mesure aussi à la douleur et à la tristesse. Je voulais réunir ces deux idées opposées. J’ai alors imaginé une mariée avançant vers l’autel, vers ce moment charnière qui symbolise tant l’acceptation de l’amour que celle d’avoir un jour le cœur brisé, qui saigne littéralement. C’est de là que m’est venue l’idée de la robe en question.

Robert Wun, Couturier des songes
©ROBERT WUN – Bleeding Love Dress, SS24 haute couture Robert Wun

Votre univers est aujourd’hui très identifiable. Mais pour une jeune maison, le défi est de ne pas rester prisonnière de sa propre signature. Est-ce difficile de réinventer votre identité chaque saison ?

R.W. : Ce sera toujours un défi. On se demande : Que vais-je faire ensuite ? Quelle nouvelle direction explorer ? Mais je pense aussi que les gens oublient parfois que les bonnes choses prennent du temps. Je crois que lorsque l’on est honnête avec soi-même et que l’on ne crée pas uniquement pour la technique, mais aussi pour construire un langage, les possibilités deviennent infinies. On construit une histoire, et une histoire possède un potentiel illimité. Il faut simplement le faire en y croyant. Et si c’est sincère, cela vous ressemblera toujours.

Si votre maison était un livre, quel chapitre de l’histoire de Robert Wun venons-nous de lire avec cette collection printemps-été ?

R.W. : C’est une très bonne question. Je dirais peut-être… la fin du premier chapitre.

Et vous avez encore des choses en tête pour nous surprendre ?

R.W. : Oui, j’ai l’impression d’avoir encore des choses à dire. Je suis très enthousiaste à l’idée d’explorer de nouvelles directions dans les prochains chapitres. La fin de l’un, le début d’un autre est un moment de transition avec peut-être un nouveau regard, de nouveaux personnages, de nouvelles idées. Je ne dirais pas tant que c’est pour surprendre. Ce sont plutôt des choses que je voulais faire depuis longtemps, mais pour lesquelles je n’avais pas encore trouvé le bon moment. Désormais, nous y sommes. Et j’ai hâte de voir comment cela nous mènera vers 2027.

Rencontre exclusive avec Robert Wun, fondateur et directeur artistique de Robert Wun, issue du n°15 d’OniriQ Magazine. 

 

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Article rédigé par Tom Kuntz, à retrouver dans le numéro 15 de Oniriq Magazine

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