Après une semaine de répit, nous revoilà dans une nouvelle semaine de Fashion Week. Deux fois par an, seule une poignée de maisons a le droit d’inscrire son nom au calendrier officiel de la Haute Couture. Un privilège qui se mérite, à coups d’heures d’atelier et de savoir-faire. Et cette saison encore, la mode nous prouve pourquoi on l’aime tant.
De l’iconique duo Georges & Jad Hobeika aux silhouettes mi-spooky, mi-couture de Schiaparelli, en passant par un nouveau jardin enchanté chez Dior, OniriQ retrace les collections Haute Couture automne-hiver 2026-2027 qui valent de l’or à Paris…
Le meilleur de la Haute Couture automne-hiver 2026-2027 de ce 8 juillet
Pour ce troisième jour de Haute Couture Week, les créateurs nous ont réservés du spectaculaire, de l’introspection et même de l’expérimentation avec un tête d’affiche Robert Wun, Elie Saab ou encore Zuhair Murad…
Le défilé Robert Wun :
Loin de la beauté et de la sophistication parfois trop prévisibles de la couture, Robert Wun retombe en enfance. Pour l’automne-hiver 2026-2027, le créateur hongkongais présente Child’s Play, une collection inspirée des souvenirs d’enfance et des œuvres du réalisateur japonais Hayao Miyazaki. Un changement de ton pour celui qui nous avait davantage habitués à des propositions sombres, presque anxiogènes.

Ici, les silhouettes ressemblent à des personnages sortis d’un coffre à jouets. Une poupée de chiffon recouverte de taches colorées ouvre le bal, tandis qu’une spectaculaire robe rouge, ou encore un tailoring masculin dramatique, poussent la tenue de soirée à son paroxysme, comme si un enfant essayait d’imiter les codes des adultes. Plus loin, une ballerine de boîte à musique prend littéralement vie à travers un buste sculpté, un tutu rose XXL et un couvre-chef reprenant directement le mécanisme du jouet.

Mais comme souvent chez Wun, le merveilleux n’est jamais très loin de l’étrange. Une robe bleu nuit dont les bretelles sont soutenues par deux oiseaux fait un clin d’œil évident à la collection VOSS printemps-été 2001 d’Alexander McQueen, qu’il considère comme l’un de ses mentors. Ailleurs, on retrouve des personnages tirés d’un cauchemar addictif : un loup couture, une inquiétante silhouette rouge dont le masque dissimule un visage pailleté ou encore un personnage rappelant trait pour trait Jack Skellington.
En clôture, le directeur artistique fusionne littéralement l’enfance et la vie adulte avec, d’un côté, d’immenses ballons colorés et, de l’autre, un costume en crinoline noire ultra stricte. En bref, une collection qui confirme plus que jamais la légitimité de Robert Wun à figurer au calendrier officiel de la Haute Couture, mais aussi son statut de créateur parmi les plus prometteurs de sa génération.

Le défilé Elie Saab :
Avant même que le défilé ne débute, on savait que le spectacle serait au rendez-vous. En même temps, avec Elie Saab, les saisons se suivent, mais les collections semblent toujours plus spectaculaires les unes que les autres. Cette année, le créateur libanais nous invite dans une véritable parenthèse enchantée avec sa collection Haute Couture automne-hiver 2026-2027. Baptisée The Ball of Untamed Dreams, elle puise son inspiration dans l’univers du surréalisme et imagine un bal mystérieux où des silhouettes masquées déambulent dans l’ombre. À chaque passage, apparaît une nouvelle création que l’on aimerait voir prendre place dans notre dressing, au plus vite.

Fidèle à son goût pour le glamour, Elie Saab décline une garde-robe qui jongle entre robes vaporeuses aux nuances pastel et silhouettes plus sculpturales, sublimées par des corsets brodés et des volumes majestueux.
Point important du défilé, la maison présente pour la première fois de son histoire une silhouette masculine sur un podium de Haute Couture. Il s’agit d’un smoking à la coupe structurée qui vient dialoguer avec les robes du soir.

Pour accentuer la dimension théâtrale du défilé, Elie Saab mise également sur des coiffes sculpturales, alternant entre masques volumineux et immenses créations de plumes. Une mise en scène qui prolonge l’illusion jusqu’à l’apparition de la mariée finale, dont la robe aux reflets champagne, cristal et or semble capter toute la lumière de la salle. Un final qui clôture l’un des meilleurs défilés de cette semaine.
Le défilé Zuhair Murad :
Sous les voûtes gothiques du Collège des Bernardins, Zuhair Murad plonge la Haute Couture dans un conte sombre. Avec Love and Dominion, le créateur met en scène des reines et des sorcières où le spectaculaire est roi.
L’idée est claire, et la collection le démontre… Corsets, cols montants et silhouettes sculptées côtoient des tulles et mousselines vaporeux. La palette hivernale, du noir au vert sapin en passant par le bordeaux, renforce cette atmosphère mystérieuse.

Murad reste dans un registre qu’il maîtrise parfaitement, soit des broderies jouant avec la transparence et des plumes à volonté. La robe verte, qui passe d’un buste entièrement brodé à un ourlet de plumes effrangées, est sans doute l’un de nos looks favoris. Elle semble presque vivante, comme une créature sortie d’une forêt enchantée.
Autre moment fort, la cape noire ornée d’une rose sombre et de plumes. Théâtrale sans être excessive, elle incarne parfaitement cette figure de reine-sorcière évoquée par le titre. À l’inverse, la veste en velours brodée portée sur une jupe transparente apporte un peu de fraîcheur. Plus inattendue, c’est tout ce que l’on aime.
Le défilé Balenciaga :
Premier exercice couture pour Pierpaolo Piccioli chez Balenciaga. Et plutôt que de céder à l’exercice de démonstration que l’on associe parfois à la haute couture, le créateur italien choisit une autre voie : celle d’une garde-robe Balenciaga élevée au rang d’exception… Manteaux, tailleurs, smokings, tee-shirts ou encore pantalons deviennent ainsi les supports d’un travail de construction particulièrement pointu des ateliers.

Un simple débardeur blanc devient spectaculaire lorsqu’il est associé à un immense manteau noir satiné aux volumes sculptés. Plus loin, une robe bustier recouverte d’une multitude de pétales colorés évoque un jardin en mouvement, tandis qu’un long manteau vert acide bordé de plumes pousse les proportions Balenciaga vers quelque chose de plus organique. Même constat pour cette silhouette violette mêlant transparence aérienne et pantalon entièrement recouvert de plumes.
Et puis il y a Bella Hadid. Pour clôturer le défilé, le mannequin apparaît enveloppé dans une spectaculaire cape de plumes formant une véritable chrysalide autour du corps. Une silhouette presque irréelle qui résume parfaitement cette première collection : un équilibre délicat entre l’héritage sculptural de Balenciaga et la sensibilité plus douce, plus aérienne de Pierpaolo Piccioli !

Le défilé Yuima Nakazato :
Un défilé où chaque pièce en cache une autre… Yuima Nakazato plonge la haute couture au cœur des éléments. Pour sa collection INFERNO, présentée lors de la Fashion Week Haute Couture automne-hiver 2026-2027, le créateur japonais s’inspire des paysages volcaniques des îles Canaries, où la lave rencontre l’océan Atlantique.
Le feu et l’eau deviennent deux forces complémentaires qui se répondent au fil des silhouettes. Cette métamorphose se manifeste à travers des vêtements qui passent progressivement du bleu au rouge, faisant écho à la technique traditionnelle japonaise du Monogi, qui consiste à transformer un costume sous les yeux du public. Fidèle à son approche expérimentale, Yuima Nakazato utilise des textiles imprimés avec Epson à partir de photographies prises sur les côtes de Tenerife.

Au cours du défilé, on retrouve une armure de céramique, baptisée Fragile Armor, qui revient plusieurs fois dans la collection. Pensée dans une matière aussi précieuse que fragile, elle détourne l’image de l’armure protectrice pour en faire un symbole de vulnérabilité. Au cours du défilé, des volumes inspirés du kimono se transforment. Entre artisanat japonais, technologies de pointe et réflexion écologique, INFERNO démontre purement que Yuima Nakazato envisage la haute couture comme un terrain d’expérimentation.
Retour sur les collections marquantes du 7 juillet
Deuxième jour de Haute Couture Week et les défilés s’intensifient… Au programme : Chanel, Stéphane Rolland, Germanier et tant d’autres ! Voici ceux qui nous ont (réellement) marqués.
Le défilé Ashi Studio :
Ashi Studio s’aventure dans le surréaliste… À l’occasion de la Fashion Week Haute Couture automne-hiver 2026-2027, la maison saoudienne regroupe des looks où plusieurs époques se mélangent. Ici, les matières se jouent des apparences et essaient de nous tromper… Le cuir devient de la céramique, certaines coupes imitent des feuilles mortes, et de vrais insectes, peints un par un à la main, semblent s’être posés là en plein vol. Ashi Studio nous invite à regarder deux fois chaque création.
Et parmi les silhouettes remarquées, une robe recouverte de plumes brunes attire immédiatement le regard. Sa forme sculpturale est prolongée par deux immenses ailes, transformant le mannequin en créature hybride. Plus loin, une veste ivoire à la taille corsetée semble tout droit sortie d’un cabinet de curiosités, rappelant combien nous aimons tant les défilés d’Ashi. Sa dentelle volontairement effilochée lui donne l’apparence d’un vêtement ancien, tandis que deux vases s’intègrent aux hanches comme s’ils faisaient partie du corps. Enfin, un corset nous donne l’illusion d’avoir été modelé dans la céramique alors qu’il est réalisé en cuir. Associé à une jupe de longues franges et à une sphère portée dans la main, il évoque une sculpture vivante.

Nous rappelant que derrière chaque apparence se trouve une autre vérité, comme le résume la dernière phrase du défilé : « Behind every mask is another mask. »
Le défilé Chanel :
Pour Chanel, Matthieu Blazy signe sa deuxième collection Haute Couture en ce mardi 7 juillet. Au sein de ses quelques 48 looks, le créateur franco-belge imagine un véritable jardin enchanté au Grand Palais, où lianes géantes, fleurs démesurées et végétation luxuriante semblent avoir pris le contrôle du décor. Une scénographie inspirée des contes de fées et notamment de Jack et le Haricot magique, récit auquel il associe volontiers l’ascension de Gabrielle Chanel passée d’un milieu modeste à la tête de l’une des maisons les plus influentes du monde.

Mais là où beaucoup auraient cédé à la démonstration, Matthieu Blazy choisit une autre voie. Car, en effet, les références féeriques se glissent subtilement dans les vêtements : des broderies végétales serpentent sur les tailleurs, des fleurs semblent éclore directement sur les robes, tandis que certains volumes évoquent discrètement des créatures sorties d’un livre pour enfants. Les ateliers (à leur habitude) excellent particulièrement dans ces détails infiniment précieux, capables de transformer un simple manteau ou une veste en tweed en véritable objet d’art.
Et c’est peut-être là que réside la plus grande réussite de cette collection. Alors que la haute couture est souvent pensée comme un exercice de spectacle, Chanel préfère revenir à une idée plus intime du luxe pour contenter ses clientes les plus exigeantes…
Le défilé Germanier :
Ce fameux moment où l’allumette s’embrase avant de disparaître… C’est de là que puise son inspiration Kevin Germanier pour l’automne-hiver 2026-2027. Dans sa collection, le jeune créatif suisse mêle, comme le précise un communiqué, explosion de lumière, feux d’artifice suspendus dans le ciel et cendres qui retombent lentement au sol.

Fidèle à son ADN, Kevin Germanier poursuit également son travail autour de l’upcycling. Vêtements invendus du groupe LVMH, cristaux Swarovski, crayons de couleur Caran d’Ache ou encore frites de piscine détournées en crinolines spectaculaires : tout devient matière à création. Une démarche qui pourrait sembler conceptuelle sur le papier mais qui, sur le podium, se traduit par des silhouettes aussi exubérantes que maîtrisées, où les volumes architecturaux côtoient une explosion permanente de couleurs (et souvent fluo).
Parmi nos looks favoris, difficile de ne pas citer les robes couvertes de cristaux multicolores évoquant des feux d’artifice en plein éclat. Mais ce sont surtout les silhouettes construites autour des immenses crinolines qui retiennent notre attention. Petit plus aussi pour les silhouettes masculines, que l’on retrouve étrangement de plus en plus cette saison, qui couvrent un tailoring classique de milliers de perles de couleurs ou encore masque le torse subtilement par des dizaines de fils argentés.

Le défilé Stéphane Rolland :
Et si Dalida n’avait jamais vraiment quitté l’Olympia… Stéphane Rolland redonne vie à l’icône des années 60, au travers d’une collection hommage pour les 40 ans de sa disparition. Présentée dans la salle mythique du 9e arrondissement de Paris, le défilé s’ouvre sur la voix de la chanteuse française… jusqu’au moment où les lumières s’allument sur les premiers looks.
Sur les 33 silhouettes dévoilées, le blanc domine presque partout, quelques touches de rouge viennent s’intercaler, et le noir n’apparaît qu’à la toute fin, comme une dernière note grave. Le blanc se décline sous toutes ses formes, du crème à l’ivoire, en satin, en crêpe ou en gazar de soie, avec toujours ces volumes larges et sculptés qui donnent aux silhouettes leur allure imposante. Les cristaux et les broderies d’argent jouent avec la lumière à chaque passage.

Alors que les chansons de Jacques Brel, Léo Ferré ou encore Michel Legrand accompagne le pas des mannequins, notre regard lui est resté sur un look bien précis. Une robe vagues en gazar de soie blanc, brodée d’argent et de cristal, dont le drapé semble onduler à chaque pas. Encore plus loin, une longue robe pull en crêpe satin ivoire, brodée d’argent et de cristal, où des brassées de plumes et de lames d’organza ivoire viennent s’échapper des bras comme des ailes déployées. Et puis ce moment de bascule vers le noir, avec une combinaison pantalon en gazar de soie noire brodée de diamants jonquille, recouverte d’un long manteau bisht et fermée par un collier sculpture en métal laqué noir. Une manière sombre et élégante pour clore un défilé. Ou presque…
Puisque le vrai final, c’est l’arrivée de la chanteuse Oumaima Taleb. Révélée par Star Académie Arab World, elle est vêtue d’une longue robe pull à dos nu, en crêpe blanc brodée de cristal pour l’accompagner dans une prestation en dernier hommage à Dalida.
Le défilé Yanina Couture :
La lingerie n’a jamais été aussi couture. Yulia Yanina signe pour Yanina Couture une collection baptisée « Provocation », inspirée des dessous féminins de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième. Les looks se composent de corsets, de dentelles et de rubans de soie, fidèles à l’ADN de la maison. On y retrouve des robes fleuries et des détails inédits comme des broderies en forme d’ailes de papillon, donnant un aspect féérique à la collection.
Pour imaginer cette garde-robe, la créatrice explique avoir voulu « prendre de beaux éléments reconnaissables de différentes périodes historiques et les réinterpréter de manière moderne ». Une vision qui se retrouve dans chaque silhouette. On découvre ainsi une robe longue en dentelle noire à franges qui s’ouvre sur une jupe en tulle nude à volants, transformant une pièce de lingerie en robe haute couture. Plus loin, un total look noir en dentelle, mêlant chemise cintrée à la taille par une ceinture, short structuré et collants en dentelle, joue sur les matières et les superpositions en toute transparence. Enfin, plus colorée, une mini-robe brodée de fleurs multicolores sur fond noir, portée avec des gants en dentelle et de petites ailes sur le haut des bras.

Un dialogue entre les époques qui fait écho à une autre réflexion de Yulia Yanina : « La véritable élégance n’appartient jamais à un seul siècle. Elle continue de nous inspirer à travers le temps. »
De Schiaparelli à Georges Hobeika, voici nos collections préférées du 6 juillet
Coup d’envoi pour la célèbre (et très attendue) Haute Couture Week de Paris. Tandis que les célébrités et autres VIP se corsetaient dans des robes toujours plus spectaculaires et serrées les unes que les autres, les créateurs du lundi 6 juillet, eux, s’apprêtaient à dévoiler leur vision de l’automne-hiver 2026-2027.
Le défilé Schiaparelli :
Daniel Roseberry là où on ne l’attendait pas… Après plusieurs saisons à perfectionner son propre langage chez Schiaparelli, en l’élevant au rang d’art pur, le créateur américain choisit cette fois de s’en éloigner pour mieux le réinventer. Dans sa note d’intention, il raconte avoir cherché à reproduire la recette du succès de sa précédente collection avant de comprendre que la création ne pouvait naître que de l’inconnu, de ce qu’il appelle « le vide ». Une réflexion presque philosophique qui donne naissance à une Haute Couture automne-hiver 2026-2027 plus libre, plus instinctive et surtout bien moins prévisible qu’à l’accoutumée.
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Cette plongée dans l’inconnu se traduit par des silhouettes oscillant entre le fantastique et l’inquiétant. Dès les premiers passages, une créature gainée de latex noir brillant semble prendre vie sous les yeux du public, ses appendices ondulant autour du corps comme des tentacules maléfiques.

Plus loin, un bustier bleu laiteux moulé en silicone épouse le buste avec réalisme, comme si le vêtement avait été directement sculpté sur le modèle avant de se prolonger dans une jupe constellée de fleurs bleutées. Puis viennent des propositions plus sombres dont certains détails étirés (sur le buste ou dans le dos) évoquent subtilement l’imaginaire de Ghostface. Une étrangeté maîtrisée qui rappelle à quel point Schiaparelli demeure la maison du surréalisme par excellence.
Le défilé Georges Hobeika :
Et Georges Hobeika s’améliore encore un peu plus… Alors que l’on pensait avoir vu le summum de son art la saison dernière, la griffe de couture libanaise nous surprend davantage à l’automne-hiver 2026-2027. Baptisée The Visitor, la collection de fin d’année s’inspire du poème Instructions Before Visiting Earth de James McCrae. En phase avec l’écrit, le membre invité du calendrier officiel de la Haute Couture depuis 2017 nous invite à regarder le monde avec des yeux neufs, comme si chaque instant était vécu pour la première fois.
En célébration de la beauté du quotidien, les silhouettes dessinées de la main de Georges et Jad Hobeika (co-directeurs créatifs) oscillent entre architecture, nature, sculpture et mille autres détails : colonnes drapées, bustiers sculptés, vestes minutieusement travaillées et robes du soir aux volumes ultra-maîtrisés. La broderie, signature historique de la maison, recouvre les pièces avec finesse tandis que la dentelle se mêle au satin, à la soie et à l’organza.
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Çà et là, la nature parsème l’ensemble : scarabées précieux, orchidées en fleurs ou encore escargots deviennent bijoux et ornements, comme autant de rappels à ces merveilles discrètes de la nature que la collection nous encourage justement à redécouvrir.
Dans les looks qui occuperont nos rêves ces prochains jours, on relève d’abord cette robe bustier couleur sable dont la jupe transparente semble littéralement fleurir sous nos yeux. Plus sombre mais tout aussi spectaculaire, une seconde apparition en dentelle noire joue la carte d’une sensualité presque gothique avec transparence, manches théâtrales et travail d’atelier. Enfin, difficile d’ignorer cette robe ivoire aux volumes exagérés, dont la dentelle éclôt peu à peu vers de la broderie dans un rendu de sculpture de porcelaine.

Mais notre coup de cœur revient sans hésitation à cette silhouette bleu pastel. Avec son bustier architectural sculpté à même la poitrine et sa jupe monumentale en dômes, elle semble tout droit sortie d’un conte fantastique. Presque irréelle, elle résume à elle seule toute la maîtrise des ateliers Hobeika, le sentiment que l’on ressent à la vue d’une de ses silhouettes et, encore plus simplement, le rêve couture.

Le défilé Rahul Mishra :
Un défilé que l’on n’est pas près d’oublier… Pour sa collection Haute Couture automne-hiver 2026-2027, présentée au Collège des Bernardins à Paris, Rahul Mishra signe « DEVI, la muse éternelle ». Un défilé sous les voûtes gothiques du lieu en hommage à la culture indienne, à ses traditions et son spiritisme.
Il est le premier créateur indien invité à défiler lors de la Haute Couture Week parisienne, il est aussi lauréat du prestigieux International Woolmark Prize en 2014 et a été fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français en 2023. En résumé, Rahul Mishra sait ce qu’il fait.
Alors pour cette saison, le designer remonte le temps. Comme le précise le communiqué, c’est du côté des grottes sanctuaires et des sculptures indiennes qu’il puise son inspiration. Et quoi de mieux pour rentrer dans le thème que d’ouvrir sur des statues, grandes protectrices de la collection ?

Des mannequins figés, la peau mate patinée d’un gris minéral, coiffés de couronnes évoquant les parures cérémonielles des temples. La suite du défilé déploie une succession de silhouettes qui traduisent, fil après fil, cette idée de sculpture. Les robes fourreau en sequins et perles métallisées, dans des camaïeux bronze, or et argent, épousent les corps.
Les têtes sont elles aussi mises à l’honneur… Elles se parent de coiffes sculpturales conçues avec le murtikar Sumant Kumar, tandis que les voiles en tulle sont signées Stephen Jones. On retrouve aussi des ensembles plus architecturaux, cape noire ajourée en forme d’arche, robes sirènes drapées ivoire et or à l’antique, jusqu’au bouquet final… Une robe de mariée crème brodée de motifs floraux, portée avec un voile immaculé façon mariée royale indienne. De quoi refermer la collection sur une note sacrée.

Mais on relève également un élément des plus intéressants : l’insertion de silhouettes masculines dans le rang de la couture. Rahul Mishra décline ici trois looks pour l’homme : le premier, composé d’un top en tulle noir brodé de détails religieux et d’un pantalon à imprimé sableux ; le deuxième, fait d’un ensemble blouse-pantalon transparent qui flotte au pas ; et enfin le troisième, dévoilant un long manteau ivoire couvert de perles, jouant sur les volumes et les étages dans ce même esprit de sable.
Le défilé Dior :
Pour son deuxième exercice de haute couture chez Dior depuis sa nomination, Jonathan Anderson continue d’explorer ce fameux « laboratoire couture » qu’il semble vouloir ériger en nouvelle colonne vertébrale de la maison. Pour l’automne-hiver 2026-2027, le créateur britannique puise son inspiration dans l’univers de la sculptrice américaine Lynda Benglis, dont les œuvres jouent constamment avec la transformation de la matière. Une idée qui trouve un écho naturel dans les codes de la maison, toujours ancrés dans cet ADN de jardin enchanté et merveilleux qu’Anderson adule.

Mais là où la saison précédente exploitait une nature démesurée, cette nouvelle proposition nous semble plus convaincante. Les plissés réalisés à la main s’enroulent autour du corps comme des couches protectrices, les drapés semblent avoir été figés en plein mouvement et les nœuds deviennent de véritables éléments architecturaux, cintrant les tailles de-ci de-là.
Ce qui nous plaît encore davantage, c’est l’ouverture vers l’Inde et ses savoir-faire. Fasciné par Ahmedabad, ville chère à Lynda Benglis, Jonathan Anderson convoque l’héritage des chintz du XVIIIe siècle, ces cotons peints ou imprimés qui ont profondément marqué les arts décoratifs européens. Les broderies florales éclatent alors sur certaines silhouettes, tandis que des perles colorées rappellent la série Peacock de l’artiste américaine. Entre l’abondance végétale de l’Inde et les paysages plus arides de Santa Fe, Dior compose une couture à la fois érudite et sensible. À son image…

Le défilé Ardazaei :
Bahareh Ardakani signe une collection placée sous le signe de l’amour… Pour sa cinquième collection couture, la créatrice d’ArdAzAei, membre invitée du calendrier officiel de la Haute Couture, s’inspire d’un motif qui l’accompagne depuis l’enfance : The Nightingale’s Rose. Ce conte raconte l’histoire d’un rossignol amoureux d’une rose qu’il ne pourra jamais vraiment toucher, une image que l’on retrouve souvent dans la poésie iranienne.
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Au fil des 26 silhouettes du défilé, cette histoire prend vie à travers des plissés, des smoky eyes géométriques et des dentelles minutieusement brodées à la main. Aucune plume n’est utilisée, mais les robes du soir et les vestes évoquent pourtant le plumage de l’oiseau.
Les hanches sont marquées, les jupes s’allongent jusqu’aux chevilles et les bustiers se parent de bonnets en forme d’ailes. Et côté technique, c’est la broderie Zardozi qui est utilisée. Une technique persane vieille de quatorze siècles visant à tracer des bordures cuivrées sur les ourlets, comme les marges d’un ancien manuscrit.

Parmi nos silhouettes préférées, on retrouve une robe fourreau noire au drapé plissé, rappelant un plumage, portée avec une courte veste ornée de fleurs de soie rouges et noires. Plus loin, une robe corsetée rouge orangé dévoile un drapé qui tourne autour de la taille. Mais notre coup de cœur reste le look 23. Une magnifique robe blanche en dentelle florale, délicatement brodée, avec son col montant et ses volants à l’ourlet. On valide !
Le défilé Tony Ward :
Chez Tony Ward, le voyage nous emmène cette fois en plein cœur du désert. Baptisée Whispers of the Dunes, la collection couture automne-hiver 2026-2027 transforme le réfectoire des Cordeliers en une mer de dunes ondulantes où les mannequins avancent comme « portés par le vent ». On retrouve cet ADN presque aride dès les premiers passages : des capes recouvrent les modèles comme des dunes, des broderies s’allongent sur de longues jupes dans un effet de tempête de sable. Plus loin, certaines perles et dentelles changent de couleur, tournant vers un coucher de soleil en plein désert. Les drapés, eux, étirent les corps tandis que les volumes semblent flotter autour des mannequins comme des voiles nomades.
Puis la collection gagne progressivement en intensité. Pièces sculpturales, voiles protecteurs et géométries inspirées du voyage viennent construire une garde-robe presque tribale. Mais ce qui retient surtout notre attention, c’est le travail de la matière. Comme l’explique le créateur, « le désert m’a appris que rien n’est jamais vraiment immobile. Même dans le silence, tout évolue ». Une philosophie qui traverse l’ensemble du défilé.

Cette saison, Tony Ward développe une technique de tressage réalisée entièrement à la main, où des fils de soie teints individuellement deviennent de véritables sculptures serpentant sur les robes. Une première. Le crochet, lui aussi omniprésent, dialogue avec les reliefs organiques dans un hommage assumé à l’artisanat libanais. « Avec Whispers of the Dunes, je voulais capturer cette transformation silencieuse à travers les fils, le tissage de la tradition et les mains qui donnent une âme à chaque pièce de couture », confie-t-il. Une démonstration de savoir-faire qui rappelle que, même lorsqu’il évoque les paysages les plus sauvages, Tony Ward reste avant tout un maître de l’ornement.



