Bustiers, nuisettes, culottes no pants, dentelles ou encore jersey seconde peau… Nombreuses sont les déclinaisons de l’esthétique boudoir retrouvées dans les collections du printemps-été 2026. Pour certains, il ne s’agit là que d’un acte ostentatoire qui devrait rester caché. Pour d’autres, notamment les designers, c’est un manifeste, fruit d’une longue émancipation du vêtement intime. Née pour dissimuler, ajuster, contenir, la lingerie finit par se révéler.
Retour sur le phénomène qui portera nos vestiaires au printemps et son histoire à travers les siècles.
L’héritage du presque-nu
L’origine des sous-vêtements, quelle que soit leur forme, remonte à l’Égypte ancienne et à la Grèce antique (3000 ans avant notre ère). À l’époque, il n’y avait aucune dimension érotique. Loin de la dentelle, les femmes utilisaient des bandelettes de lin autour de la poitrine et des pagnes de toile à l’entrejambe pour se prémunir des frottements de tissus rugueux. Une fonction utilitaire et parfois même sociale.
C’est au XIVe siècle que le premier « linge de corps » fait son apparition, d’où dérivera le mot lingerie des siècles plus tard. Au Moyen Âge, la chemise longue en lin servait avant tout à éponger la transpiration sous les couches d’apparat, le corset à sculpter la silhouette et la culotte à évaluer le statut social selon sa blancheur.

Ce n’est que dans les années 1850-1890 que les dessous deviennent objets de beauté. La lingerie évolue de l’artisanat domestique réservé aux élites à une industrie à part entière, devenant un produit de consommation courante. Le corps à baleines se brode, la culotte fendue dévoile et les pièces de nuit émergent avec une pointe d’erotisme.
Cent ans plus tard, le corps abandonne le maintien au profit du confort grâce à Paul Poiret puis Coco Chanel. En 1914, Mary Phelps Jacob invente le soutien-gorge moderne et, en 1930, le glamour entre dans la partie : bonnets moulés, culottes hautes à détails et bas nylon.
Corset Iconique
Il faudra encore attendre quelques années avant que la lingerie n’apparaisse sur les podiums. Dans les années 90, Jean-Paul Gaultier lance la décennie du « dessous visible » avec le corset iconique de Madonna. Helmut Lang et Tom Ford chez Gucci, Mugler ou encore Versace rejoignent le mouvement en prônant la transparence, la résille et le body comme vêtement principal.
Les années 2000 prolongent cette fascination avec strings apparents, micro-tops laissant dépasser le sou-tien-gorge, et ainsi de suite. De là, plus de raison de cacher la fameuse seconde peau. Aujourd’hui, elle connaît même une renaissance radicale avec l’essor de marques mainstream spécialisées comme Savage X Fenty ou encore Skims.

Une manière de manifeste
Pour la saison prochaine, on ne parle plus seulement d’un body sculptant couleur chair ou d’une dentelle sexy pour le boudoir. Les directeurs artistiques enjoignent désormais la lingerie à quitter son statut de seconde peau pour s’imposer comme une pièce à part entière. Un manifeste, un langage stylistique qui dépasse la simple notion de vêtement pour devenir ni plus ni moins l’un des codes majeurs du printemps-été 2026. Dans le vestiaire féminin, on remplace le top par un soutien-gorge seul ou sous un blazer, comme chez Amiri et Versace.

On adopte la nuisette dans les lignes de Dior, ou encore le pyjama dans celles de Dolce&Gabbana. On ose le no-pants chez Christian Siriano et on ira même jusqu’à dévoiler notre anatomie avec les robes transparentes de Blumarine.
L’homme, quant à lui, reste davantage pudique au printemps. Bien que Demna chez Gucci fasse poser ses modèles en slips et Louis-Gabriel Nouchi en secondes peaux translucides, rares sont ceux à avoir suivi cette tendance dénudée dans le vestiaire masculin.
Serait-ce alors une revendication purement féminine ? Celle de déplacer le pouvoir du regard ? Certainement. Longtemps conçue pour séduire dans le secret, la lingerie s’expose aujourd’hui au grand jour. Non plus pour plaire mais pour s’affirmer, se réapproprier la sensualité et refuser la censure du corps.

Un article écrit par Tom Kuntz, à retrouver dans le numéro 14 de OniriQ Magazine.



