Parfum : Nez à Nez avec Louise Turner

Louise Turner
Louise Turner © Fanny de Gouville // Modds

Parfum : Nez à Nez avec Louise Turner

Le premier parfum qu'elle a porté, l'odeur qui la fait voyager, celle dont elle ne peut pas se passer... rencontre avec Louise Turner, à la tête des créations olfactives de la Maison Caron depuis 2025.
Sirine Errammach

Sirine Errammach

Interview de la parfumeuse Louise Turner

Sirine Errammach : Quelle est l’odeur qui vous ramène instantanément à votre enfance ?

Louis Turner : L’odeur du gazon coupé, l’herbe fraîche, une idée des jardins anglais l’été.

Le premier parfum que vous avez porté ?

L.T. : Fidji de Guy Laroche, offert par ma tante quand j’avais 10 ans. Mais le premier que je me suis offert à 16 ans est l’Eau de Givenchy, un foral vert.

L’odeur dont vous ne pouvez pas vous passer ?

L.T. : Celle du linge propre séché au soleil, en plein air.

L’odeur qui vous inspire le calme et la sérénité ?

L.T. : Le feu de cheminée me rassure et me calme instantanément.

L’odeur qui vous fait voyager ?

L.T. : Celle de la crème solaire et particulièrement celle de l’ambre solaire. Une promesse de vacances, d’eau salée et de soleil.

L’odeur de l’amour ?

L.T. : L’odeur de ma fille quand elle était petite, un mélange de musc et de lait, une odeur chaude et ronde. Quelque chose qui réveille chez moi un sentiment intense de protection.

 

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© Fanny de Gouville // Modds

L’odeur improbable que vous aimeriez mettre en flacon ?

L.T. : En parfumerie, il n’y a pas d’odeur improbable, tout est une question de création et de goût personnel.

Le parfum qui ne vous quitte jamais ?

L.T. : Bien que je sois très infidèle en parfums car je porte souvent ce sur quoi je travaille, je reviens toujours à Mitsouko, de Guerlain.

L’odeur que vous détestez le plus ?

L.T. : Le costus, une matière première qui sent le chien mouillé, je ne peux pas penser à autre chose ! Mais pire encore pour moi, c’est l’odeur de l’andouillette !

Quelle a été votre dernière émotion olfactive ?

L.T. : Sentir une version originale de Tabac Blond dont le jus avait parfaitement résisté : un authentique voyage dans le temps.

Quel est le point de départ de vos créations ?

L.T. : C’est toujours très simple, soit la traduction d’une idée avec quelques matières premières, soit une odeur dans la nature autour de laquelle j’ai envie de construire une histoire, comme celle racontée avec Atmah, ma première création pour Caron. J’essaye de toujours garder la simplicité de l’idée première quand j’avance dans la construction du parfum.

Quelle a été l’inspiration pour Atmah ?

L.T. : C’est l’idée d’une vanille libérée, inspirée par Olivia de Rothschild et ses voyages au Kirghizistan. Mon rôle a été de transformer ces images (air, lumière, horizons infinis) en matière olfactive. Je voulais que cette vanille respire, qu’elle soit vivante, vibrante, et qu’elle porte cette sensation d’espace infini.

Quel est l’ingrédient phare ?

L.T. : Il y en a deux, la vanille de Madagascar et un accord minéral composé d’ambrox et d’akigalawood.

L’objectif était de révéler la profondeur de la vanille sans lourdeur, sa noblesse sans artifice, mais aussi son caractère intime qui n’est pas tourné vers la séduction. Associée à des bois et à des effets minéraux, la vanille prend une autre résonance, elle devient cristalline et aérienne. Le minéral ne s’exprime pas par une odeur directe, mais à travers un jeu de textures et de contrastes qui en traduisent la sensation.

Quel a été le défi majeur dans la formule ?

L.T. : Traiter de la vanille de façon non sucrée. J’ai voulu l’éloigner des codes attendus. Pas de sucre, pas d’aspect sombre ou lourd. J’ai cherché sa dimension la plus pure, minérale, son côté texturé et noble, pour la libérer, la déployer et la faire respirer.

Que ressentez-vous lorsque vous sentez l’une de vos créations sur quelqu’un ?

L.T. : Un parfum vit quand il est porté. Cela lui donne de l’épaisseur et le sort de l’abstraction de sa création.

C’est donc toujours une jolie rencontre et cela rassure aussi que mon parfum ait été choisi pour accompagner la vie de quelqu’un. Le parfum devient alors réel. Atmah, par exemple, est porté par des femmes mais aussi par des hommes. J’aime cette liberté de choix.

Un article écrit par Sirine Errammach. À lire dans le numéro 14 de Oniriq Magazine.

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