Vous en avez probablement déjà porté une, sans même connaître son histoire… À première vue, la jupe-culotte semble n’être qu’une tendance parmi tant d’autres. Pourtant, ce vêtement qui hésite entre la jupe et le pantalon a longtemps fait parler de lui. Moquée, critiquée, parfois même jugée scandaleuse, cette pièce a traversé les époques avant de s’imposer comme un classique du vestiaire féminin.
Un vêtement conçu pour le cyclisme
À l’origine, la jupe-culotte n’était pas destinée aux défilés de mode. Son histoire commence dans les années 1890 avec l’essor du vélo. À l’époque, le cyclisme devient une passion populaire et les femmes souhaitent, elles aussi, prendre part à cet engouement. Un problème se pose alors… Comment pédaler en portant une robe longue ? Les tissus se prennent dans la chaîne, les jupons s’envolent au moindre coup de vent et chaque sortie devient une véritable mésaventure…

C’est dans ce contexte que la griffe parisienne de tailleurs Sandt et Laborde imagine une solution ingénieuse : intégrer un pantalon dissimulé sous une jupe afin d’offrir davantage de liberté de mouvement, tout en respectant les codes vestimentaires de l’époque.
L’apparence reste celle d’une jupe, mais le confort est celui d’un pantalon. Grâce à cette invention, les femmes peuvent enfin pratiquer le vélo plus sereinement. Quelques années plus tard, en 1896, L’Écho de Paris baptise officiellement ce vêtement « jupe-culotte ».
Paul Poiret et le scandale de 1911
Une vingtaine d’années plus tard, un homme va transformer cette création pratique en pièce de mode. Il s’agit de Paul Poiret, un couturier français qui s’est déjà fait connaître pour ses silhouettes innovantes et son rejet du corset. Après avoir travaillé chez Jacques Doucet à la fin du XIXe siècle, il fonde sa propre maison en 1903 et se fait rapidement un nom dans la couture parisienne. Poiret ne crée pas seulement des vêtements, non, pour lui la création va bien au-delà.
En juin 1911, il organise dans son hôtel particulier une fête inspirée de l’Orient appelée les Milles et Unes Nuits. Au cours de cette soirée, il dévoile sa « jupe sultane », mais la presse lui attribue aussitôt un autre nom. Pour tous, il s’agit désormais d’une jupe-culotte.

La réaction est immédiate. Les journaux s’emparent du sujet et les caricaturistes multiplient les dessins moqueurs… Les débats dépassent rapidement le cadre de la mode. Le pape italien Pie X condamne même publiquement cette tenue qu’il juge contraire aux bonnes mœurs, notamment celles de l’Église. Certains dénoncent également un vêtement qui brouillerait les frontières entre les sexes. Oui, l’ouverture d’esprit n’était, définitivement, pas la même en 1900…
L’art de surprendre d’Elsa Schiaparelli
En arrivant à Paris dans les années 30, Elsa Schiaparelli rencontre Paul Poiret. Suite à cette entrevue, l’italienne tombe instantanément amoureuse de la couture. Les Années folles passent et la mode semble retrouver un certain calme. Pourtant, la créatrice refuse de suivre cette tendance. Schiaparelli veut remettre au goût du jour la création d’antan de Paul Poiret…

Il lui vient alors une idée. En 1931, elle habille la championne de tennis Lilí Álvarez pour le tournois de tennis de Wimbledon. Sous une jupe juste apparaît un pantalon court qui scandalise (une nouvelle fois) une partie de la presse britannique. Les critiques pleuvent mais Schiaparelli s’en amuse davantage qu’elle ne s’en inquiète. Dans ses ateliers de la place Vendôme, c’est décidé, la jupe-culotte devient une pièce statement à part entière.
Yves Saint Laurent et l’élégance de la liberté
On saute quelques décennies (et deux guerres), pour retrouver un monde bien changé. Les femmes occupent une place croissante dans le milieu du travail et les codes vestimentaires évoluent rapidement. Dans les années 60 et 70, sous l’impulsion d’Yves Saint Laurent et de sa muse Betty Catroux, la jupe-culotte se démocratise.
Il puise dans le vestiaire masculin pour imaginer une nouvelle féminité. Après avoir réinterprété le smoking ou encore le tailleur, il s’attaque avec ferveur à la jupe-culotte. Portée comme un bermuda avec une chemise ou un blazer, elle se décline sous plusieurs versions.
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Enfin le grand retour en 2026
Pendant longtemps, la jupe-culotte a eu la réputation d’être le vêtement que personne ne voulait vraiment porter. Trop sage pour certains ou trop étrange pour d’autres. Et puis la mode a changé d’avis. Si on regarde les podiums aujourd’hui, que ce soir ceux du printemps-été 2026 ou ceux de l’automne-hiver 2026-2027, une obsession saute aux yeux.
Les créateurs veulent du mouvement. Et c’est précisément là que la jupe-culotte entre en scène. Elle possède quelque chose que peu de vêtements peuvent revendiquer. Elle est capable d’être élégante et pratique en même temps. En bref une bonne alternative aux jupes.

Et ça, les maisons l’ont bien compris. Chez Zimmermann, elle accompagne cette envie de liberté qui traverse les collections actuelles. Les volumes y sont souples. Chez Celine, elle devient un symbole du chic sans effort. Et chez Alaïa, elle se transforme en moment mode. Aujourd’hui, les frontières entre vestiaire masculin et féminin s’estompent de plus en plus. Pourtant, la jupe-culotte jouait déjà avec ces codes il y a plus d’un siècle. Elle avait en réalité plusieurs années d’avance…



