Quand le bronzage devient un marqueur social

Quand le bronzage devient un marqueur social
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Quand le bronzage devient un marqueur social

Du champ de blé à la plage de Saint-Tropez, le bronzage a changé de camp en un siècle. Ce qui était la marque du labeur est devenu celle du privilège. À l'occasion du retour de la chaleur et des premiers coups de soleil, Oniriq vous retrace l'évolution du bronzage dans la société. Focus.

Le bronzage, ce n’est pas juste une peau bien dorée qui ressort joliment avec des vêtements aux couleurs pastel. Derrière cette façade se cache une histoire bien plus complexe qu’il n’y paraît… Aujourd’hui, si vous rentrez de vacances avec le teint hâlé, tout votre entourage vous dira que vous avez bonne mine, que vous êtes en forme et que vous rayonnez. Mais si vous aviez vécu trois cents ans en arrière, les regards auraient été bien différents. Un teint bronzé, à l’époque, ne signifiait qu’une chose, que vous travailliez en plein air. En d’autres termes, vous étiez au bas de l’échelle sociale.

Comment le bronzage est-il passé de symbole de pauvreté à critère de beauté ?

La peau blanche, signe du pouvoir

Pendant des siècles, du Moyen Âge jusqu’au XIXe siècle, la peau blanche est le signe le plus visible de la supériorité sociale. Dans les grandes cours royales d’Europe, les aristocrates rivalisent de pâleur. Les femmes de la noblesse vont jusqu’à porter des gants ou se protéger sous des ombrelles pour sortir au soleil. Pour pousser encore plus loin cet idéal de blancheur, certaines s’enduisent même le visage de poudre de céruse, un mélange à base de plomb blanc, parfois mortel mais peu importe. La blancheur valait bien quelques sacrifices.

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À cette époque, l’apparence est primordiale. Une peau claire prouve que l’on n’a pas à travailler sous le soleil, que l’on vit à l’abri dans les salons ou les palais. À l’opposé, le paysan courbé dans ses champs porte sur sa peau la trace de sa condition. Un cou rougi, des bras hâlés, un visage marqué par des années de plein air. Et pendant des siècles, rien ne change. La peau reste un symbole de richesse ou de pauvreté, aussi lisible qu’une carte d’identité.

Le coup de soleil de Coco Chanel

Rien ne change, ou presque. Car il suffit d’une décennie pour que tout bascule. Une date symbolique nous revient alors en tête : l’été 1923. Gabrielle Chanel débarque à Cannes avec un hâle prononcé, fruit d’une croisière en Méditerranée sur le yacht du duc de Westminster. Elle aurait alors prononcé trois mots qui suffirent à lancer une tendance : “Le bronzage, c’est la mode.”

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Pour que cette tendance s’impose, la seconde révolution industrielle l’a bien aidée. Les classes laborieuses des villes travaillent désormais dans des ateliers et des usines, loin du soleil. Le hâle n’est alors plus leur marque distinctive. Et lorsque les congés payés arrivent en France en 1936, le soleil devient un privilège à part entière. C’est désormais celui qui part en vacances, qui flâne sur une plage et qui revient le teint doré, tout comme Coco Chanel l’avait fait. Les plages de Saint-Tropez et de Biarritz commencent alors à accueillir bourgeois et célébrités, qui en font leurs nouveaux terrains de jeu.

De Brigitte Bardot aux cabines à UV

Dans les années 1950-1960, le renversement est total. Toutes les stars hollywoodiennes se donnent rendez-vous sur les plages ensoleillées pour dorer au soleil. De Brigitte Bardot à Sophia Loren, toutes reviennent de vacances plus bronzées les unes que les autres, car le hâle est désormais synonyme de jeunesse, de santé et de réussite. Revenir bronzé de l’été est devenu un rituel social incontournable.
C’est dans ce contexte que, dans les décennies suivantes, les cabines à UV font leur apparition. Un teint hâlé en toutes saisons s’impose comme une nouvelle norme de beauté, accessible même sans partir au soleil.

@ellisealougot sooo much sun this weekend 🤭 happy & tan ellisealou♬ Original Sound – Unknown

Aujourd’hui, avec l’essor des réseaux sociaux, cette tendance s’est encore davantage popularisée. De nombreuses personnalités y valorisent un teint hâlé et incitent leur communauté à en faire de même, sans toujours mesurer les risques liés à cette pratique. Car aujourd’hui, les dermatologues sont de plus en plus nombreux à alerter sur les effets nocifs d’une exposition prolongée au soleil. Les ultraviolets vieillissent la peau, altèrent l’ADN des cellules et augmentent significativement les risques de cancer cutané.

C’est alors qu’entre en jeu l’indice de protection solaire. Longtemps oublié ou peu utilisé, il est devenu un sujet de sensibilisation à part entière. Alors même si le bronzage n’a pas totalement disparu des tapis rouges, prendre soin de sa peau au soleil est aujourd’hui une préoccupation bien réelle, et de plus en plus partagée.

 

 

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