Le cinéma de Joséphine Japy fait briller l’intime

NawelOdin-Oniriq Joséphine Jappy

Le cinéma de Joséphine Japy fait briller l’intime

Avec qui brille au combat, joséphine japy signe un premier film lumineux et puissant. l'actrice devenue réalisatrice s'attache à ces élans et à ces renoncements qui tissent le destin d'une famille bouleversée par le handicap d'un enfant. Sa mise en scène d'une grande délicatesse capte le frémissement des choses simples : un éclat d'eau, une caresse de lumière, un silence qui en dit long.

Désirée de Lamarzelle : Votre film se distingue, au-delà de sa thématique, par une vraie proposition artistique. Vous avez tourné avec de nombreux cinéastes: qu’avez-vous retenu d’eux en passant derrière la caméra ?

Joséphine Japy: Le grand privilège d’avoir été actrice, c’est d’avoir pu me familiariser avec la vie du plateau. Sa magie, quand tout coule de source et qu’une séquence crée un moment un peu suspendu. Mais également l’autre versant: les jours où rien ne se passe comme prévu, où l’image « résiste ».

Un film, c’est une succession de journées de tournage; j’ai pu voir comment de grands réalisateurs tiennent ces journées, dans l’adversité, cela n’a pas de prix. Je me souviens d’un jour où la lumière ne convenait pas à Dominik Moll : il a fallu tout reprendre. Observer sa patience, sa précision… a été un vrai apprentissage.

 

Impossible de ne pas penser à La Nuit américaine de Truffaut, qui montre si bien les aléas et la magie de la fabrication d’un film.

J.J. : Je l’adore. C’est un des films qui m’a le plus donné envie de faire du cinéma. Ils ont tous l’air épuisés et pourtant, il y a cette part de magie du plateau : ce moment de grâce qui rend tout le monde accro, techniciens, acteurs, réalisateurs.

 

À quel moment la comédienne a su qu’elle raconterait ses propres histoires ?

J.J.: Mon histoire d’amour avec le cinéma est totale. Mais je viens d’une famille qui n’a rien à voir avec ce milieu, je l’ai d’abord découvert comme simple spectatrice, fascinée par ce monde que je croyais lointain. Puis j’ai suivi un petit cours de théâtre de quartier, et là, je suis tombée amoureuse du jeu.

Très jeune, sur les plateaux, j’avais envie de tout comprendre : le son, la lumière, la caméra… Et je me suis dit que, pour tout saisir, il fallait être le capitaine du navire. Travailler avec Mélanie Laurent sur Respire a beaucoup compté : voir une actrice confirmée écrire et mettre en scène ses propres histoires a définitivement ouvert une porte dans mon esprit.

 

Votre film part d’un sujet fort, inspiré de votre histoire familiale, et impose une identité visuelle très marquée.

J.J.: J’avais envie de faire un film qui parle de ce sujet, sans que ce soit un film sur ce sujet. Je ne voulais pas que la dimension sociale balaie tout le reste. J’ai cherché une voie médiane : quelque chose entre la comédie, le drame social et le coming-of-age, avec le handicap au centre. Mes références allaient plutôt vers Lady Bird de Greta Gerwig, Boyhood de Richard Linklater ou Virgin Suicides de Sofia Coppola. Je voulais puiser dans cette poésie-là.

 

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On découvre à l’image un travail très sensoriel, presque organique, autour de l’eau, du son, de la matière…

J.J.: C’était essentiel. Bertille est un personnage non ver-bal: la sensorialité devait la faire « parler ». Le son, le toucher, l’eau (symbole de transition) traversent le film du début à la fin.

Avec mon chef opérateur, Romain Carcanade, on a travaillé une lumière douce, un rendu presque tactile, une palette de couleurs assumée. Je voulais que le film reste lumineux, traversé d’espoir.

 

Comment dirige-t-on les acteurs pour garder cette pudeur?

J.J.: J’avais des acteurs merveilleux. Avec Mélanie Laurent, on a beaucoup parlé de retenue : son personnage n’a pas le temps, elle ne doit pas s’effondrer. Dans cette retenue, on a trouvé la justesse. Cette famille refuse le misérabilisme: elle veut être comprise, mais pas plainte.

 

La première séquence pose d’emblée une grammaire émotionnelle faite de joie, de fragilité et de perte de contrôle.

J.J.: Oui, c’est un pacte avec le spectateur. Une ligne de crête entre rire et larmes. C’est très universel: on a tous en tête un repas de famille qui peut finir en fou rire… ou en drame.

 

Le film autobiographique évoque aussi l’émancipation, celle d’une jeune fille qui cherche à s’extraire d’un rôle d’aidante tout en culpabilisant.

J.J.: Partir par amour, c’est le plus dur. L’amour inconditionnel est un cadeau… parfois empoisonné : il peut vous re-tenir, vous faire oublier qui vous êtes. Pour les frères et sœurs de personnes handicapées, c’est central. Moi, il m’a fallu du temps. II m’a été plus difficile de « m’émanciper » de ma sœur que de mes parents ; alors qu’elle n’a jamais prononcé un mot.

 

La scène chez la médecin, qui dit à la mère « vous avez le droit de faillir », est bouleversante.

J.J.: C’est le moment où on lui offre enfin le droit de respirer. Anne Noiret, qui incarne la médecin, a fait un travail remarquable en assistant à de vraies sessions pour observer la manière dont les médecins parlent et comment les parents réagissent. Le jour du tournage, quelque chose de presque documentaire s’est imposé entre elle et Mélanie Laurent ; et cette vérité-là a nourri la scène.

 

La musique d’Odezenne accompagne le film comme un souffle intérieur.

J.J.: Je connaissais déjà leur travail et je les ai contactés après avoir entendu leur musique dans Mon légionnaire de Rachel Lang. On voulait quelque chose de pudique, une musique qui accompagne l’émotion sans la souligner, qui guide le spectateur tout en restant discrète. À la fin, on a même intégré la voix de Sarah, l’actrice, dans la composition, pour que la musique garde ce lien organique avec le personnage.

 

Artaud disait: « Le cinéma doit nous permettre d’entrer dans la réalité comme on entre dans un rêve. »

J.J. :J’aime beaucoup. Si j’ai réussi ne serait-ce qu’à 5 %, je suis heureuse.

 

Vers quel territoire avez-vous envie d’aller avec votre prochain film?

J.J.: J’écris quelque chose de très différent, mais qui prolonge sans doute les mêmes obsessions : l’enfance, la frontière entre l’enfant et l’adulte, cette zone trouble où l’on ne sait plus très bien à quel monde on appartient.

Et puis, entre l’écriture et la réalisation, je continue à jouer. Juste après le montage de mon film, j’ai tourné Mata, le prochain de Rachel Lang. Ça m’a fait un bien fou. Rachel m’a demandé si je n’étais pas frustrée, mais au contraire, j’étais heureuse d’être le passager clandestin de la galère de quelqu’un d’autre (Rires). Ces deux rôles, celui d’actrice et celui de réalisatrice, m’épanouissent différemment. Ce sont deux manières d’habiter le cinéma.

 

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Un article écrit par Désirée de Lamarzelle. À lire dans le numéro 14 de Oniriq Magazine.

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