Tourné en noir et blanc et au format 4:3, Nouvelle Vague surprend autant qu’il séduit. Avec ce film, Richard Linklater signe une fresque générationnelle : celle d’une jeunesse qui, à la fin des années 1950, réinvente à la fois le cinéma et sa manière de vivre.
Le cinéaste américain choisit de revenir sur un moment clé de l’histoire du septième art. Mais plutôt que d’opter pour un biopic académique ou une reconstitution fétichiste, il préfère rejouer l’invention d’un langage : celui que les jeunes critiques des Cahiers du cinéma ont façonné à la fin des années 1950. Dans un noir et blanc ciselé et un format resserré, Linklater redonne vie à Godard, Seberg et Belmondo, visages d’une génération décidée à briser les règles.
Une jeunesse en marche : Godard, Seberg, Belmondo et les autres
À Deauville, la salle a retenu son souffle devant ce casting étonnant : Guillaume Marbeck campe un Jean-Luc Godard ombrageux et nerveux, Zoey Deutch incarne une Jean Seberg radieuse, tandis qu’Aubry Dullin prête ses traits à un Belmondo insolent et magnétique. Dès les premières scènes, on comprend que Linklater ne cherche pas la ressemblance parfaite, mais l’énergie d’une époque.

Le film suit l’aventure d’À bout de souffle comme on raconterait la naissance d’un mythe avec des cinéastes issus des Cahiers du cinéma qui décident de tourner différemment, caméra à l’épaule, dans les rues de Paris, en refusant les codes établis. Nouvelle Vague raconte une génération en quête de liberté, d’expression, et surtout d’un style à soi.
Un hommage plus qu’une reconstitution
Formellement, Richard Linklater a choisi de jouer le jeu de l’époque en noir et blanc contrasté, format carré, cartons, et même des “cue marks” rappelant le changement de bobines. Ce parti-pris esthétique crée une distance, un rappel constant que nous assistons à une relecture, pas à une copie conforme.
Là où Godard dynamitait les règles avec des ruptures de montage et une radicalité formelle, Linklater préfère la fluidité. Son hommage est respectueux, parfois tendre, presque truffaldien dans son approche. Le film raconte moins la brutalité d’une révolution que la beauté d’un moment où tout devenait possible.
C’est là que réside la dimension générationnelle du film : non pas seulement revisiter une époque, mais la faire résonner aujourd’hui. On y voit un Godard fébrile, lunettes noires vissées sur le nez, batailler avec son producteur pour conserver sa liberté, alors que Seberg déambule sur les Champs-Élysées, vendant le New York Herald Tribune dans une scène qui rejoue l’une des images les plus iconiques du cinéma français. « Nous étions jeunes et affamés, nous voulions tout changer », lance le personnage de Truffaut, comme un manifeste générationnel.

La présence de Zoey Deutch, figure montante de Hollywood, aux côtés d’acteurs français moins connus, illustre cette ouverture, tout comme Seberg en son temps, elle symbolise la rencontre de deux mondes, l’Amérique et l’Europe, qui se nourrissent mutuellement. Ce mélange des langues et des cultures, au cœur du film, dit beaucoup de ce qui fait encore battre le cinéma aujourd’hui.
À Deauville, un pont entre générations
Des dialogues écrits à la dernière minute, une caméra qui improvise dans les rues de Paris, et une troupe d’artistes décidés à réinventer le cinéma en même temps qu’ils réinventent leur époque. Le brouillon millimétré, parfait. Projeté en avant-première au Festival de Deauville, Nouvelle Vague a trouvé sa place avec un festival tourné vers le cinéma américain, où l’on célèbre les passerelles entre les cultures. L’accueil a montré que le film touche au-delà des cinéphiles avertis.

On en ressort avec l’envie de (re)voir À bout de souffle, mais aussi avec une certitude, le cinéma, qu’il soit de 1960 ou de 2025, reste avant tout une affaire de jeunesse et de liberté. Richard Linklater, fidèle à son obsession du temps qui passe, signe un film à la fois rétrospectif et actuel.



