Après avoir incarné George Sand pour France 2, Nine d’Urso tourne actuellement à Rome un biopic consacré à l’écrivain Erri De Luca. En parallèle, elle présente La Carte du Tendre, une installation artistique participative où chacun vient cartographier ses souvenirs.
Désirée De Lamarzelle : Une galerie où vous aimeriez « emprunter » régulièrement des œuvres…
Nine d’Urso : J’en ai plusieurs en tête ! À Paris, je vais souvent chez Romero Paprocki, une galerie ouverte en 2020 qui met en avant des artistes émergents. Mais j’aimerais aussi piocher quelques œuvres à Rome, au « musée du Louvre », une galerie de photos tenue par Giuseppe, ancien de la Ligue communiste des années 70, qui achète selon son intuition : « Si ça me fait un clin d’œil, je le prends. » Ça va de la brocante à Francesca Woodman. C’est un vrai poète.
Désirée De Lamarzelle : L’artiste que vous suivez sur les réseaux sociaux.
N.d.U. : Mon ami DJ Lukus qui est capable de faire danser tout le monde, des grand-mères aux enfants, en passant par les hipsters parisiens. Sur les réseaux, il partage sa musique et quelques bribes de sa vie. Il est très fédérateur.
Désirée De Lamarzelle : Une œuvre que vous ne comprenez toujours pas… ou que vous n’aimez pas du tout.
N.d.U. : Pour moi, l’incompréhension naît souvent d’un manque de transmission. Ainsi, longtemps, l’univers de Cranach m’a échappé : ces corps aux ventres très ronds, cette esthétique me déroutait. C’est grâce au regard éclairé de ma sœur, passionnée par son œuvre, que j’ai peu à peu dépassé mes réserves. Aujourd’hui, j’en perçois toute la richesse.

Désirée De Lamarzelle : Si vous étiez un tableau ?
N.d.U. : J’aimerais avoir la douceur et le calme des fresques de Fra Angelico, au couvent San Marco, à Florence. Les textures, les pigments, la profondeur des couleurs, la sérénité des visages… C’est un lieu que j’ai souvent visité lorsque je vivais à Florence.
Désirée De Lamarzelle : Quel(le) artiste aimeriez-vous inviter à dîner chez vous ?
N.d.U. : Eva Jospin. Je la connais un peu, mais je n’oserais jamais l’inviter dans mon petit appartement. Son travail est bouleversant. Elle construit quelque chose qui, j’en suis sûre, traversera les siècles.
Désirée De Lamarzelle : Si vous deviez dormir dans un musée ?
N.d.U. : La National Gallery de Londres, sans hésiter. J’y suis restée une journée entière récemment. J’aurais envie de dormir soit devant la prédelle viennoise ou l’exposition sur les primitifs siennois. On y ferait les plus beaux rêves du monde.

Désirée De Lamarzelle : Si vous deviez poser nue pour un artiste ?
N.d.U. : Figurez-vous que c’est déjà arrivé… mais je garde le mystère ! (Rires)
Désirée De Lamarzelle : Un « nu » qui vous touche particulièrement ?
N.d.U. : L’Hermaphrodite endormi du Louvre, un marbre du IIe siècle retrouvé à Rome. Tout le monde s’arrête d’abord sur la surprise anatomique, ce petit pénis auquel on ne s’attend pas. Mais, pour moi, l’émotion réside ailleurs : dans la douceur de la chair, la jeunesse du corps, et surtout dans la délicatesse presque furtive du mouvement des orteils. Cette légère torsion du pied contient à elle seule toute la poésie de la sculpture.
Désirée De Lamarzelle : Une œuvre qui vous plonge dans votre enfance ?
N.d.U. : Les dessins de Beatrix Potter. Peter Rabbit, évidemment. J’étais fascinée par la précision des mouvements, la douceur des fourrures. C’est de l’illustration, mais c’est surtout une immense qualité de dessin.
Un article écrit par Désirée De Lamarzelle, à retrouver dans le numéro 12 du magazine OniriQ.



