Anaïde Rozam, d’un écran à l’autre

Anaïde Rozam, d'un écran à l'autre

Anaïde Rozam, d’un écran à l’autre

À l'affiche de Bagarre, Anaïde Rozam poursuit un parcours singulier. Révélée sur les réseaux sociaux, elle s'impose aujourd'hui au cinéma avec une énergie brute et un goût affirmé pour les rôles qui bousculent. Derrière cette trajectoire en apparence fluide, il y a pourtant des détours, des doutes et une même obsession, jouer.

Elle n’a jamais vraiment douté de ce qu’elle voulait devenir. Mais pendant longtemps, il lui a fallu trouver un espace pour le prouver. Très tôt, sa mère lui transmet le goût du cinéma. À l’école, elle fait du théâtre comme on fait des maths. Longtemps, pourtant, elle doute. Pas assez sûre, pas assez légitime. Un temps, elle emprunte un détour par la psychologie, comme pour apprendre à lire les autres avant de les incarner. Comprendre les émotions, les mécanismes, les failles.

Puis vient le temps des réseaux sociaux. Un écran minuscule, mais un terrain immense. Là, elle joue, elle écrit, elle observe. Elle multiplie les visages comme autant de preuves silencieuses, « Regardez, je peux être tout ça. » Instagram devient une scène parallèle, une forme de casting permanent. Sans jamais basculer dans l’influence, elle trace son chemin. Attendre le bon rôle, le bon regard. Le cinéma arrive, presque logiquement, comme une continuité plus qu’une rupture. Anaïde Rozam évoque son parcours.

Anaïde Rozam, d'un écran à l'autre

Eve Sabbah : Qui étiez-vous avant de devenir actrice ?

Anaïde Rozam : Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu être comédienne. Apparemment, quand j’étais très petite, je voulais être bouchère, mais cette idée n’a pas duré très longtemps. Très tôt, ma mère m’a montré beaucoup de films. Des classiques, parfois un peu trop tôt pour mon âge, mais ça a forgé mon regard. J’ai grandi avec cette culture du cinéma. Et à l’école, j’avais toujours une option théâtre. C’est là que j’ai compris que c’était un endroit où je me sentais libre.

À quel moment ce désir de cinéma est-il devenu une évidence ?

A.R. : Au lycée. J’étais dans un établissement où il y avait une vraie spécialité théâtre, avec neuf heures de cours par semaine. On travaillait la mise en scène, les textes, le jeu… C’était très exigeant. Ça m’a donné le sentiment que ce n’était pas seulement un rêve, mais quelque chose de concret. Le théâtre était devenu aussi important que n’importe quelle matière.

Pourtant, vous avez commencé par des études de psychologie. Pourquoi ce détour ?

A.R. : Parce que je manquais de confiance en moi. J’étais assez timide et j’avais besoin d’un cadre solide. La psychologie m’a beaucoup apporté. Elle m’a donné des clés pour comprendre la nature humaine. Aujourd’hui encore, ça nourrit mon travail d’actrice et même mon envie d’écrire ou de réaliser. Comprendre les émotions et les comportements des gens, c’est une matière incroyable pour construire des personnages.

Comment les réseaux sociaux sont-ils entrés dans votre parcours ?

A.R. : Quand j’ai arrêté mon école de théâtre, je me suis retrouvée avec beaucoup de temps et beaucoup d’envie de jouer. J’ai commencé à faire des vidéos sur Instagram. Au début, ça ne marchait pas du tout. Mais je ne faisais pas seulement des vidéos drôles, je les voyais comme une grande bande démo publique. Je voulais montrer que je pouvais jouer différents rôles, différentes situations. C’était une manière de continuer à travailler mon jeu.

Pendant longtemps, le cinéma a regardé les acteurs issus des réseaux comme moins « crédibles ». Est-ce que vous avez dû prouver votre légitimité ?

A.R. : Oui, il y avait clairement un fossé. À l’époque, un article sur deux opposait les réseaux sociaux et le cinéma alors que moi, je faisais simplement des vidéos pour jouer. Je n’ai jamais voulu aller vers l’influence classique, parce que mon objectif, c’était de jouer. Je voulais que ça marche pour ça. Quand j’ai arrêté la fac de psycho, je n’avais pas d’argent, j’avais juste mes vidéos, et comme je refusais de faire des collaborations, j’étais obligée d’attendre.

Je n’ai rien contre l’influence, mais je savais que ça pouvait brouiller la perception. Mon objectif était d’être actrice et j’ai accepté d’attendre. Et en même temps, voir des parcours comme ceux de Camille Lellouche ou Laura Felpin, ça me montrait que c’est possible. Camille Lellouche, par exemple, a vraiment changé la manière de se filmer sur Instagram. Elle a donné une direction.

Vous êtes à l’affiche du film Bagarre. Qu’est-ce que ce rôle vous a permis d’explorer dans votre jeu ?

A.R. : Bagarre est un film complètement déjanté, très cru, mais aussi très drôle. Ça se passe à Marseille, avec de la bagarre dans tous les sens. Je joue une fille qui s’appelle Laetitia, que le personnage principal va rencontrer, et ensemble, ils vont se retrouver embarqués dans une espèce de système de « bagarre à la demande ».

Ce qui est super pour moi, c’est que j’ai envie de tout explorer dans ce métier. Autant la comédie que des choses plus dures, plus physiques, plus absurdes aussi. Ce genre de projet est exactement le type de film que j’aime regarder. Et c’est important pour moi, dans les années qui viennent, de pouvoir passer d’un registre à l’autre. Je n’ai pas envie d’être enfermée dans un seul type de rôle. J’ai envie de tout essayer.

Anaïde Rozam, d'un écran à l'autre

Vous aimez bien incarner des personnages loin de vous ?

A.R. : Oui, j’adore les personnages un peu fous. Pas dans les films d’horreur, mais les personnages extrêmes, ceux qui dérangent. Je suis quelqu’un de très vivant, très émotionnel, qui rit fort. Et paradoxalement, je suis fascinée par des figures beaucoup plus sombres ou complexes. J’aime les films où les personnages sont à l’opposé de moi. C’est ce qui rend le jeu excitant.

Vous avez incarné Alexia Laroche-Joubert dans la série Cultes. Comment prépare-t-on un rôle inspiré d’une personne réelle ?

A.R. : J’adore imiter les gens. C’est quelque chose que je fais depuis toujours. Quand j’ai su que j’allais jouer Alexia Laroche-Joubert, j’ai regardé énormément de vidéos d’elle. J’écoutais sa voix dans des podcasts, j’observais sa façon de marcher, de regarder, de parler. Pour moi, c’était presque plus facile que d’inventer un personnage entièrement fictif. J’avais une matière très concrète sur laquelle m’appuyer.

Qu’est-ce qui est essentiel pour incarner un personnage ?

A.R. : L’empathie. Même si le personnage est très éloigné de vous, il faut comprendre ce qui l’anime. Si vous gardez une distance ou un jugement sur lui, vous ne pouvez pas vraiment l’incarner. Pour jouer quelqu’un, il faut essayer de comprendre sa logique, même si on ne la partage pas.

Comment avez-vous vécu le moment où les gens ont commencé à vous reconnaître ?

A.R. : C’était assez étrange, parce que cette reconnaissance est arrivée avant l’argent ou la stabilité. Les gens me reconnaissaient dans la rue grâce aux vidéos, mais ma vie n’avait pas encore changé. Et aujourd’hui encore, j’ai gardé les mêmes bases. J’ai le même appartement qu’à l’époque de la fac. J’ai un entourage sain, une famille très présente. Cette stabilité m’aide beaucoup à garder les pieds sur terre.

Quel rôle rêvez-vous encore de jouer ?

A.R. : Une psychopathe. Je pense que ce serait très cathartique. Jouer des scènes intenses, explorer des zones plus sombres… C’est quelque chose qui m’attire énormément. Si l’équipe est bienveillante, ce genre de rôle peut être une expérience très forte.

Crédits: 

Texte & production : Eve Sabbah

Styliste : Hugo Toucas

Photo : Elie Benistant

Article écrit par Eve Sabbah, à retrouver dans le numéro 15 de Oniriq Magazine. 

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