Émotion, rage, inconfort : la mécanique intime d’Eddy de Pretto

Émotion, rage, inconfort : la mécanique intime d’Eddy de Pretto

Quand on lui demande de se présenter sans parler de musique, Eddy de Pretto hésite. Chanteur, auteur et désormais acteur, il s'est imposé en quelques années comme une vois singulière de la scène française. Une voix qui parle du réel sans détour, qui interroge l'identité et qui raconte l'homme autrement.

Interview d’Eddy de Pretto
Article issu du n°13 du magazine OniriQ.

 

Qui êtes-vous, en dehors de la musique, de la scène et des projecteurs ?

EDDY DE PRETTO : Je suis un garçon qui a trouvé dans l’art un moyen d’exister. Là où, dans d’autres sphères sociales, à l’école, dans le sport par exemple, je n’arrivais pas à me sentir à ma place, la scène m’a offert un espace de liberté. J’ai découvert ça très tôt, grâce à ma mère qui m’a inscrit à des cours de théâtre dans une maison de quartier. Il y avait aussi du solfège, du chant… Et moi, j’ai accroché tout de suite. C’était instinctif. J’étais un enfant plutôt solitaire, un peu sauvage. Je passais beaucoup de temps seul dans ma chambre, à réfléchir, à créer des choses. C’est là que mon identité s’est construite.

 

Vous avez une identité artistique très forte. Comment se construit-on sans chercher à ressembler à quelqu’un ?

E.D.P. : C’est difficile, justement. On vit dans une époque où on colle très vite des étiquettes. Moi, on m’a souvent dit que j’étais « chelou », pas comme les autres. Et je l’ai mal vécu. J’avais envie de faire comme les autres enfants, d’être populaire, d’être dans un groupe. Puis, à un moment, j’ai compris que cette différence, ce qui faisait tache, pouvait devenir une force. J’ai arrêté d’essayer de rentrer dans des cases et j’ai commencé à construire quelque chose avec ça. Je n’ai jamais voulu être le « nouveau quelqu’un » ou une copie de quoi que ce soit. Je voulais juste proposer un univers sincère, qui me ressemble.

EDDY DE PRETTO0438 Émotion, rage, inconfort : la mécanique intime d’Eddy de Pretto
Short droit jacquard gris, LGN LOUIS GABRIEL NOUCHI
Bottines à lacets « Kenzo Ukio » en cuir, KENZO
Caban Cooper en laine, THE FRANKIE SHOP
Bague à boule Casa Batlló en argent, MAM

 

Quand vous écrivez, vous pensez à l’époque, à ce que vos chansons peuvent représenter pour les autres ?

E.D.P. : Oui, forcément. En tant qu’auteur, il y a une responsabilité. Je ne fais pas de la musique juste pour faire joli ou pour dire des banalités. Il faut que ça résonne. J’aime que mes chansons posent des questions, qu’elles racontent quelque chose de l’époque dans laquelle on vit. Mes messages ont toujours été frontaux et directs. Mais aussi très sincères. J’observe beaucoup, je me nourris de ce que je ressens, de ce que je vois dans la rue, chez les gens. La créativité naît souvent d’une émotion forte. Parfois d’une rage, d’un inconfort. Il faut que ça brûle un peu pour que ça vaille le coup.

 

Kid, l’un de vos titres les plus forts, est devenu un hymne. Vous en attendiez autant ?

E.D.P. : Pas du tout. À la base, c’était juste un besoin de dire quelque chose. Je voulais parler de cette masculinité rigide, de ces codes qu’on nous impose quand on est un garçon. L’idée qu’il faut être fort, musclé, ne pas pleurer, ne pas danser… Moi, je ne me reconnaissais pas là-dedans. Et j’ai reçu énormément de messages, de témoignages, de parents, d’ados. La chanson a été étudiée en cours de SES, citée par des députés… Elle m’a complètement dépassé. Elle n’est plus vraiment à moi aujourd’hui. Elle circule, elle vit ailleurs. Et ça, c’est très beau.

EDDY DE PRETTO0042 1 Émotion, rage, inconfort : la mécanique intime d’Eddy de Pretto
Jean couture torsadée, Veste à carreaux artisanale, SYSTEM
Casquette de baseball en coton couleur cerise, KENZO
Lunettes de soleil Taylor en matt nickel, LINDA FARROW BLACK SERIES
Sac hobo Étienne noir, cuir, AMI PARIS
Adrian stitch en cuir smooth à pampilles, DOC MARTENS

 

Vous avez commencé par la scène, la musique. Aujourd’hui, vous touchez au cinéma. Qu’est ce que ça vous apporte ?

E.D.P. : Ce sont deux métiers très différents. Dans la musique, je suis à l’origine de tout. Je choisis les mots, les sons, l’image. C’est moi de A à Z. Au cinéma, je suis au service d’une vision, d’un réalisateur. Il faut lâcher prise, se laisser guider. C’est parfois frustrant, mais aussi très stimulant. J’aime bien me confronter à d’autres formes de création. J’ai une chance incroyable, c’est que les rôles qu’on me propose sont toujours forts. Et puis, c’est une autre façon de raconter, d’incarner. J’ai vraiment envie de continuer à me faire une place dans cet art, j’y prends vraiment goût.

EDDY DE PRETTO0107 1 Émotion, rage, inconfort : la mécanique intime d’Eddy de Pretto
Pull Vianor, FUSALP
Manteau, SEAN SUEN

 

Et quand tout s’agite autour de vous, les projets, la notoriété, les attentes, gardez-vous les pieds sur terre ?

E.D.P. : C’est un choix. Une discipline. J’essaie de rester proche de ce que je suis. De ne pas me dénaturer. Ma vie est un peu éclatée, un jour je suis en répétition, le lendemain en réunion, le surlendemain en tournage, alors j’ai besoin de cadres. Le matin, j’arrose mes plantes. J’ai une appli qui me dit lesquelles ont besoin d’eau ou de spray. Ça paraît bête, mais ça me recentre. Et puis je fais un peu de sport, je fais attention à ce que je mange. J’ai bien profité de la vingtaine, des excès, des soirées. Maintenant, j’ai envie d’être bien dans mon corps, dans ma tête. Ça m’aide à garder l’équilibre.

EDDY DE PRETTO0779 Émotion, rage, inconfort : la mécanique intime d’Eddy de Pretto
Veste en jacquard de laine,
Chemise en jacquard de coton,
Pantalon en laine vierge,
Bottines à lacets « Kenzo Ukio » en cuir,
Casquette de baseball en coton
couleur bleu marine, KENZO

 

Et la suite ? Vous savez où vous allez ?

E.D.P. : Je sais ce que j’ai envie de raconter. Les thèmes sont là, en fond. Ils mijotent. J’ai envie de parler de ce qu’on vit collectivement, de la tension ambiante, des émotions qu’on traverse. Mais je ne veux pas forcer. Je laisse venir. L’écriture, c’est un endroit fragile. Il faut savoir écouter avant de dire. Et moi, j’écoute encore.

 

EDDY DE PRETTO0084 Émotion, rage, inconfort : la mécanique intime d’Eddy de Pretto
Chemise en suède,
Jean couture torsadée, SYSTEM

 

Directeur artistique : Sylvain Galy
Stylisme : Tom Kuntz
Photo :  Dimitri Saint-Ambroise

Assistant Lumière : Ronan Chartrain
Coiffure et Maquillage : Alex Lagardere
Assistant plateau : Titouan Le Peutrec
Remerciements : La Brique Rouge

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