Figure tutélaire du romantisme, monument de la littérature, pair de France, exilé politique et dessinateur visionnaire, Victor Hugo fut bien davantage que l’auteur des Misérables et de Notre-Dame de Paris. Né en 1802, mort en 1885, il laissera une empreinte immense sur la langue, la conscience sociale et l’imaginaire artistique français. Derrière cet homme engagé, un décorateur obsessionnel pour qui chaque meuble devenait un mythe, un reflet de soi. C’est cette dimension méconnue que révèle aujourd’hui l’exposition Hugo décorateur à la place des Vosges, tandis que La Misérable au Théâtre Marigny ressuscite la relation fondatrice entre Hugo et Juliette Drouet, l’art que doit le poète à la passion, à l’emprise, au secret. Deux regards croisés pour comprendre enfin l’homme derrière le monument.
Découvrir Victor Hugo, l’intime

Accueillie sur deux étages de la maison musée de la place des Vosges, l’exposition Hugo décorateur révèle un Hugo artiste dans tout ce qu’il touchait. On y découvre l’écrivain comme assembleur d’univers, obsédé par l’objet et son pouvoir symbolique. Avant son exil, ses intérieurs parisiens (rue Notre-Dame-des-Champs, rue Jean-Goujon, place Royale) vibraient déjà de ce goût pour les accumulations, les contrastes de matières, l’invention d’ambiances saturées de sens.

L’exposition reconstitue les logis détruits et disperse les mythes. Les panneaux gravés, à Hauteville House, chef-d’œuvre d’exil, le décor est un message d’or des murs aux sols, ce qui constitue une partition de mémoire et de lumière. Ce que montre ce parcours, c’est l’élan d’un créateur qui ne séparait jamais l’art de la vie.
Dans ce parcours, on découvre un portrait plus vrai du poète. Celui d’un artiste qui décorait, écrivait ou rêvait. Le Hugo qui réapparaît aujourd’hui est plus réel que sensible et habité par un besoin de dicter son environnement.
Juliette Drouet, la part aimée : l’amour comme atelier caché de Victor Hugo

Les salles consacrées au « décor de l’amour » posent le ton. Juliette Drouet apparait comme compagne fidèle dès 1833, puis comme partenaire de création. C’est avec elle qu’il chine, qu’il imagine des espaces, qu’il crée des panneaux gravés ornés de monogrammes amoureux (« VH », « JD »). Les demeures qu’il façonne pour elle à Guernesey, La Fallue puis Hauteville II, répondent aux siennes.
Une relation que l’on découvre plus incarnée avec La Misérable, actuellement au Théâtre Marigny, où Julie Depardieu redonne voix à celle qui fut muse, amante, scribe, témoin et parfois prisonnière d’un génie exigeant. La pièce rappelle l’obscurité flamboyante du poète. Un homme qui se cachait avec domination, un amoureux qui réclamait une dévotion totale et puisait dans cette présence le moteur-même de son art.
Exposition Victor Hugo : décorateur
Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges – 13 nov. 2025 au 26 avr. 2026
» La Misérable » au Théâtre Marigny
Carré Marigny, depuis le 3 octobre 2025



