Quatre lieux parisiens transforment cet été leurs cours et leurs jardins en salles à ciel ouvert, avec un point commun : le cadre y prime autant que le film projeté. Du Palais Galliera relié à une exposition mode jusqu’à la cour Miroir du Fouquet’s tout juste distingué Palace, en passant par le Louvre et le Plaza Athénée, la capitale recompose le rituel du cinéma d’été sur un registre plus confidentiel. Sélection de quatre adresses où la projection ne se suffit jamais à elle-même.
La Monnaie de Paris installe transats et écran géant dans sa cour d’honneur, en écho à l’exposition CLING!
Chaque été, l’institution fondée en 864, la plus ancienne, referme ses portes le soir pour se réinventer en salle obscure. Quatre soirées, quatre films choisis en résonance avec l’exposition CLING!, consacrée à la bande dessinée et à l’argent : Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud ouvre le bal le 1er juillet, suivi du Château ambulant de Hayao Miyazaki le 2, d’OSS 117, Le Caire nid d’espions de Michel Hazanavicius le 3 et d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat en clôture le 4.
Les spectateurs prennent place dans des transats face à l’écran, entre animations musicales et food trucks dès 19 h, avant une projection à 21 h 30. Le tarif, entre 6 et 8 euros, tranche nettement avec le reste de cette sélection : ici, le décor patrimonial ne se facture pas au prix du palace.
La Monnaie de Paris, 11 quai de Conti, Paris 6e. Du 1er au 4 juillet, billetterie en ligne.
Le Plaza Cinéma Club conçoit un menu pour chaque film projeté dans la Cour Jardin

Depuis 2022, le Plaza Athénée associe la projection d’un classique à un dîner pensé comme son prolongement direct. La formule 2026 tient sur six soirées et une programmation resserrée autour de films de genre : Le Parrain et ses accents italo-new-yorkais, Skyfall entre Turquie et Highlands écossais, Gladiator et ses saveurs romaines, Les Tontons flingueurs version bistrot parisien, Scarface revisité par les cuisines cubaine et floridienne, Pretty Woman en clôture.
Casque audio individuel, coupe de champagne incluse, tables disposées sous les rideaux de vigne vierge et les géraniums rouges qui font la signature de la cour : le forfait, entre 290 et 310 euros par personne, assume un positionnement que peu d’adresses parisiennes revendiquent aussi frontalement. Plusieurs soirées affichaient complet avant même l’ouverture de la saison.
Hôtel Plaza Athénée, 25 avenue Montaigne, Paris 8e. Du 29 juin au 4 juillet, sur réservation.
Le Fouquet’s Paris inaugure son ciné-club dans la cour Miroir, un an après sa distinction Palace
Le groupe Barrière a choisi son palace parisien pour la troisième édition de son Ciné-Club Barrière Collection. La soirée débute dans la brasserie historique, celle qui accueille le dîner de gala des César depuis 1976 et dont les murs portent les portraits Harcourt, avant de se poursuivre dans la Cour Miroir, où pop-corn et champagne sont servis par un personnel en costume de groom.
Le 1er juillet, Géraldine Nakache présentait en avant-première Si tu penses bien, sélectionné à Cannes Première 2026. Le 2 juillet, Pauline Clément, sociétaire de la Comédie-Française, accompagnait la projection de De la Comédie-Française, primé au festival de l’Alpe d’Huez. Le dîner est facturé 150 euros par personne hors boissons, et offert aux clients résidents de l’hôtel.
Le Fouquet’s Paris, 46 avenue George V, Paris 8e. 1er et 2 juillet, sur réservation à la conciergerie.
Cinéma Paradiso Louvre installe sa sixième édition dans la cour Renaissance du musée, en accès gratuit

C’est la seule adresse de cette sélection à jouer la carte de la gratuité, et paradoxalement celle qui réunit le plus de noms. Construite dès 1546 sous François Ier, la cour Carrée accueille chaque soir près de 2 500 spectateurs face à un écran de 24 mètres. Wes Anderson est venu présenter The Grand Budapest Hotel le 1er juillet, Joachim Trier, tout juste oscarisé pour Valeur sentimentale, a introduit Julie (en 12 chapitres) le lendemain.
Léa Mysius a présenté Histoires de la nuit en avant-première, quelques semaines après sa sélection en compétition officielle à Cannes. La soirée de clôture, consacrée à Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, referme le festival sur le même film que celui qui ouvrait la programmation du Palais Galliera trois semaines plus tôt, un écho que peu de festivaliers auront remarqué.
Cour Carrée du Louvre, Paris 1er. Du 1er au 4 juillet, gratuit sur inscription par tirage au sort.
Ces adresses interrogent, chacune à sa façon, ce qui distingue un film gratuit et disputé par tirage au sort d’un dîner-cinéma facturé plus de 300 euros : le prestige ne se loge pas toujours du côté attendu. Reste à savoir si cette multiplication des formats, entre institutions culturelles et palaces, finira par lasser un public déjà saturé de propositions estivales, ou si elle continuera, chaque été, à trouver le sien.



