Il y a des peintres que l’on croit connaître parce qu’on a vu leurs tableaux partout, que ce soit sur des affiches, des mugs, des puzzles. Renoir est de ceux-là, et c’est peut-être ce qui lui a fait le plus de tort. Derrière les joues roses et les robes légères, derrière cette lumière qui semble couler sur tout comme du miel, se cache un homme bien plus complexe, bien plus radical et bien plus touchant qu’on ne l’imagine. Voici cinq choses qui vont changer la façon dont vous regardez ses toiles. En amont de l’exposition ” Renoir & l’amour ” au Musée D’orsay, voici quelques clés pour appréhender ses œuvres avec un autre regard.
1.Il a commencé sa vie en peignant de la porcelaine

Rien ne prédestinait Auguste Renoir à la gloire. Né le 25 février 1841 à Limoges dans une famille modeste, son père tailleur de pierre, sa mère couturière, il devient à treize ans apprenti décorateur de pièces en porcelaine. C’est là, dans la répétition patiente du geste, dans l’observation des émaux et des couleurs cuites, que naît son sens aigu de la matière et de la nuance. En 1862, il réussit le concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts de Paris. Dans l’atelier du peintre Gleyre, il rencontre trois condisciples qui vont changer l’histoire de l’art : Claude Monet, Alfred Sisley et Frédéric Bazille. La bande à Renoir est constituée. La révolution impressionniste peut commencer.
2. Renoir invente sa propre façon de peindre la lumière

De tous les maîtres de l’impressionnisme, Renoir est celui qui représenta la figure humaine dans le plus grand nombre d’œuvres et avec la plus grande jubilation. Alors que Monet s’adonne surtout à l’étude de la lumière tamisée, c’est l’éclat du soleil et ses incidences sur la figure humaine placée en plein air qui obsède Renoir. Ce moment précis où la lumière traverse les feuillages et vient moucheter une épaule, un visage, une robe de mousseline. Ce regard amoureux se manifeste par un goût prononcé pour les liens dans ses motifs comme dans sa manière de peindre, attentive à tout ce qui peut contribuer à un sentiment d’unité. Le Bal du moulin de la Galette, peint en 1876, en est l’expression la plus magistrale.
3. Il a peint les femmes comme personne (et ce n’était pas anodin)

Renoir n’a jamais cherché à se défendre de son obsession pour le corps féminin et la douceur du monde. Sa formule la plus célèbre résume tout : “Un sein, c’est rond, c’est chaud. Si Dieu n’avait créé la gorge de la femme, je ne sais si j’aurais été peintre.” Mais l’exposition entend déconstruire une idée reçue qui voudrait que sa peinture soit sentimentale : au contraire, elle évite l’expression trop directe des émotions, la narration romanesque, tout autant que les mises en scène érotiques. Dans ce contexte du XIXe siècle marqué par le mariage et les normes bourgeoises, les grands formats de Renoir consacrés au couple heureux et à la convivialité apparaissent comme autant de manifestes contre la violence des rapports entre les sexes et la solitude croissante de la vie urbaine. Peindre le bonheur, chez Renoir, était un acte politique.
4. Il a continué à peindre malgré une souffrance physique inouïe

C’est peut-être la chose la plus bouleversante de sa biographie, et la moins connue du grand public. Atteint de polyarthrite rhumatoïde, une maladie qui déforme progressivement ses articulations, il continue à peindre malgré la douleur, souvent avec un pinceau attaché à sa main. À partir de 1910, il ne peut plus se déplacer. Il se fait transporter dans son atelier de Cagnes-sur-Mer, au milieu des oliviers qu’il aimait tant. Et il peint. On raconte que sur son lit de mort, il demanda une toile et des pinceaux pour peindre le bouquet de fleurs posé sur le rebord de la fenêtre. En rendant ses pinceaux une dernière fois, il aurait murmuré : “Je crois que je commence à y comprendre quelque chose.” Une phrase d’une humilité absolue, de la part d’un homme qui avait passé soixante ans à chercher la lumière.
5. Son œuvre est la plus vaste de tous les impressionnistes

© GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Michel Urtado
On sous-estime souvent l’ampleur de ce que Renoir a produit : plus de 4 000 peintures, soit davantage que Manet, Cézanne et Degas réunis. Mais le musée d’Orsay présente également en parallèle Renoir dessinateur, première grande exposition consacrée aux œuvres sur papier d’Auguste Renoir depuis 1921, plus d’une centaine de feuilles, croquis, pastels, aquarelles et sanguines venus du monde entier. Coorganisée avec la National Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston, l’exposition Renoir et l’amour offre un regard renouvelé sur des tableaux si célèbres qu’il est devenu difficile d’en percevoir aujourd’hui toute la nouveauté. Pour la première fois depuis 1985, Paris lui rend hommage à la hauteur de son génie.
Avant de pousser la porte de l’exposition, une dernière chose à garder en tête : Renoir ne peignait pas pour l’histoire de l’art. Il peignait parce que le monde lui semblait beau, et qu’il voulait le prouver. Tableau après tableau, pendant soixante ans, malgré tout.
INFORMATIONS PRATIQUES
Exposition Renoir et l’amour. La modernité heureuse (1865-1885) Musée d’Orsay, Paris
du 17 mars au 19 juillet 2026



