Les amateurs de gin ont passé un bel été. On en a trouvé partout, dans les bars à cocktail près des plages et chez les cavistes. Aux Portes-en-Ré, où familles bourgeoises, patrons et politiques ont leur villégiature, une étagère entière de la cave. Les 2 portes était dédiée à une dizaine de bouteilles du monde entier. À l’aéroport de Venise, plus d’une trentaine de marques apparaissaient dès l’entrée du duty free. Pas de doute, le gin est revenu à la mode.
Cette eau-de-vie à base de genièvre, inventée par les Hollandais au XVIIe siècle sous le nom de genever puis commercialisée en Angleterre, connaît un regain d’intérêt ces dernières années. « Il s’en crée un tous les deux jours, on ne compte plus le nombre de propositions que l’on reçoit », indique Didier Ghorbanzadeh, expert à la Maison du whisky qui a sélectionné une centaine de références. La plupart sont fabriqués par des micro-distilleries artisanales et indépendantes. Pourquoi ? « Parce qu’il n’y a rien de plus simple que de créer un gin, sur la base d’un alcool neutre qui ne demande aucun vieillissement, auquel on ajoute des baies de genièvre et d’autres aromatiques », complète-t-il.
La tendance a été accélérée par le confinement dû au Covid. Rien de plus simple, en effet, que de préparer chez soi un gin tonic aux effets rafraîchissants. Mais plus question de boire du tout-venant au goût âcre mélangé à un soda gorgé de sucre. Si le gin est désormais haut de gamme, le tonic doit en être digne, à l’image de celui d’Hysope, made in France et bio.
Quand les territoires s’en mêlent…
Le marché est devenu très concurrentiel et chaque fabricant cherche à imprimer sa signature dans de jolis flacons. Deux philosophies se dégagent. La première tend à valoriser le terroir sur lequel les ingrédients sont produits. On en trouve à la praline à Lyon, aux algues en Bretagne, à la pomme à cidre de Normandie ou encore aux fleurs d’immortelles endémiques sur l’île d’Oléron et en Corse. « Ces fleurs gardent leur parfum toute l’année ; on le capture en les récoltant à la main chez un maraîcher bio », souligne Jérémy Lauihlé, Meilleur Ouvrier de France barman 2023, qui travaille avec la marque Melifera.
La seconde propose un voyage aux quatre coins de la planète, comme le Drumshanbo Gunpowder, aux agrumes et au thé vert asiatique. Le Seventy One gin se distingue par la distillation, comme pour un parfum, de la partie fine de chaque plante qui repose dans trois fûts différents pendant soixante-et-onze nuits avant l’assemblage et l’ajout d’une fleur de cactus très rare qui ne fleurit qu’une fois par an, « Queen of the Night ». Le Gin 44 Paradiso a été créé sur mesure par Emanuele Balestra, barman du Majestic de Cannes, qui est aussi botaniste, pour « La grande dame », un cocktail fabriqué à partir de mimosa, de rose centifolia ou encore de bigarade, des plantes cueillies dans son jardin de Grasse. L’imagination – et le storytelling – est sans limite.

Article écrit par Romain Rosso, à retrouver dans le n°9 d’OniriQ Magazine.



