Le rosé peut-il être un grand vin ? 

Le rosé peut-il être un grand vin ?

Le rosé peut-il être un grand vin ? 

Vin de repas ou simple compagnon d’été? La question du rosé anime chaque année des débats passionnés entre les amoureux et les défenseurs de ce vin apprécié, dit-on, par ceux qui n’aiment pas le vin. Néanmoins, en près de deux décennies, le rosé s’est imposé pour devenir un incontournable des palais. 

Avec la saison chaude, déjà bien installée dans l’Hexagone, vient le temps du rosé. Un vin dit « de soif », généralement pour l’apéritif, le camping et les grillades entre amis, qui a eu longtemps l’image d’une piquette ravageuse pour l’estomac – et pour le crâne – sévèrement dénigrée par les œnophiles tant avertis qu’apprentis. Car le vin, qu’on le veuille ou non, est bien un nouveau signe de reconnaissance sociale. La boisson préférée des Français est devenue un sujet grave qui alimente des conversations très sérieuses quand vient le moment d’une dégustation, de rosé ou non, avec des amateurs dégustateurs aimant faire état de leur expérience devant une assistance qu’ils souhaitent être impressionnée par un discours dont la sémantique échappe bien souvent au plus grand nombre. Mais le vin, ne serait-ce pas avant tout du bonheur – olfactif, gustatif et aromatique –, du partage et de la culture ? Culture de la vigne mais aussi « culture de l’esprit », selon les mots de Bernard Pivot, auteur du célèbre et savoureux Dictionnaire amoureux du Vin (éd. Plon).

Et lorsque l’été arrive et que justement, les esprits se réchauffent, vient avec lui son cortège de vins que l’on pourrait qualifier de « charmants » à savourer sans se prendre la grappe. Oui, voici venu le temps du rosé avec son nez fruité, gourmand et sa fraîcheur tant appréciée. Un nectar qu’on dit « facile à boire », « commercial » comme le laisse penser une grande part de l’intelligentsia viticole bien pensante. Or, le rosé, qui bénéficie certes d’un phénomène de mode très porteur, notamment chez la jeune génération dite des milléniaux : en 2021, les moins de 35 ans étaient 16 millions à consommer du rosé qui a dépassé la consommation des blancs. En réalité, le rosé est un vin tout aussi complexe et structuré que n’importe quel cru digne de ce nom. Il est probablement le vin le plus difficile à réussir, n’étant pas qu’un simple mélange de rouge et blanc, ce que beaucoup ignorent.

Le rosé peut-il être un grand vin ?
Peyrassol / Commanderie de Peyrassol

Toute une histoire

En outre, le rosé serait le tout premier vin, né en Provence avec les Grecs tout juste débarqués à Marseille en 600 avant notre ère et amenant avec eux leurs ceps de vigne tandis qu’ils fuyaient la ville de Phocée. La légende raconte – tout ceci est sujet à caution – que les raisins produits par ces vignobles hellénistes auraient donc donné à déguster nos premiers vins rosés, en réalité des vins rouges qui présentaient une teinte claire, d’où le nom de Vinum clarum attribué bien plus tard au vin par les Romains.

Cependant, il faudra attendre le XIVe siècle pour que le terme « rosé » soit associé à la teinte d’un vin, cité pour la première fois vers 1300 par le moine dominicain irlandais Jofroi de Waterford et qui réapparaîtra 300 ans plus tard, en 1680, dans le dictionnaire français sous la plume du grammairien et lexicographe César-Pierre Richelet. Deux ans après, en 1682, quelque part dans le vignoble d’Argenteuil où le vin clair faisait la joie de la cour de Louis XIV, fut produit et désigné le tout premier vin rosé de France qui s’étendra partout dans le pays, en Anjou, dans le Jura, dans le sud du Rhône notamment à Tavel, mais également à Gaillac ou en Moselle où l’on produisait des vins « clairets ».

Le rosé peut-il être un grand vin ?

La provence : région fer de lance des rosés

Côté histoire, la Provence, elle, attendra 1936 pour que le rosé y fasse son apparition. Mais aujourd’hui, la région est la raison d’être du rosé et a contribué à son engouement interplanétaire malgré la présence d’autres terroirs à rosé comme la vallée du Rhône avec les excellents rosés de Tavel, la Loire et le Clos du Vigneau à Saint-Nicolas-de-Bourgueil, le Bordelais ou encore le Languedoc-Roussillon avec ses vins des côtes-catalanes comme ceux du domaine Cazes ou de Malepère (domaine de la Sapinière).

À plus de 90 %, le vignoble provençal est consacré à la production de vins rosés d’appellation d’origine contrôlée (AOC) au travers des trois grosses appellations de la région qui en assurent l’essentiel de la production : les côtes-de-provence, la plus vaste et importante en volume avec cinq dénominations de terroirs, les coteaux- d’aix-en-provence et les coteaux-varois-en-provence, sans oublier le petit cru de Bandol, réputé pour ses rouges à base du cépage mourvèdre, mais qui produit de grands rosés qui se bonifient avec le temps à l’instar des vins du domaine de la Bégude. Car oui, le rosé est un vin de garde qui s’ignore… et, comme il est de coutume, pour savoir si un rosé est vraiment bon, il faut le goûter après un ou deux ans.

Le rosé peut-il être un grand vin ?
Domaines Ott, Clos Mireille / Hervé Fabre

Un vin qui s’impose sur les grandes tables

Alors, certes, le rosé garde, encore et toujours, cette image de « pinard à Mimile », dégusté sur des glaçons « en piscine », à la terrasse d’un bar de plage. Et à l’heure où des millions de Françaises et Français s’apprêtent sans nul doute à consommer goulûment des litres du mal-aimé de la viticulture hexagonale jusqu’à en avoir mal à la tête – si leur choix se porte sur des vins de piètre qualité –, certains rosés eux, parviennent désormais à jouer dans la cour des grands en tutoyant les grands blancs et les grands rouges.

Alors, pour répondre à la question : « Les bons rosés existent-ils ? », nous conclurons par la positive. Il suffit pour cela de constater la montée en gamme des maisons provençales à l’image de la cuvée « Rose et Or » de chez Minuty, du Château Sainte Roseline, du Château d’Esclans dans le Var et sa fameuse cuvée « Garrus », des domaines Ott avec le « Clos Mireille », du Château Cavalier, du « Clos du temple », un cru prestigieux cette fois-ci du Languedoc signé Gérard Bertrand ou encore du bordelais Château Brown. Autant d’étiquettes et de références qui se retrouvent aujourd’hui sur les cartes des vins de grandes tables voire d’établissements étoilés à l’image des rosés du Château La Coste que l’on retrouve à la table du Georgel’hôtel George V à Paris. Des vins dits « de gastronomie » qui se dégustent toute l’année et qui peuvent largement cajoler par leurs qualités gustatives des mets prestigieux. La messe est ainsi dite.

Article rédigé par Arthur Frydman, à retrouver dans le numéro n°1 du magazine OniriQ.

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