Vous avez sûrement dû reconnaître les créations de vos designers préférés dans certains films emblématiques… Mais c’est à travers la science-fiction que les créateurs puisent leur inspiration. L’esthétisme dystopique, futuriste ou encore apocalyptique de ce genre cinématographique permet aux designers d’hier et d’aujourd’hui d’imaginer un futur pour la mode, loin des standards dans lesquels elle se complaît depuis de nombreuses années. Cette esthétique révolutionnaire au sein du cinéma est devenue un écho remarquable dans le monde de la mode… Retour sur certains iconiques.
Thierry Mugler, roi incontesté de la science-fiction
Les costumes spectaculaires des héros de science-fiction vous ont sûrement marqué par leur originalité. Saviez-vous qu’ils ont également profondément influencé la mode ? Cyborgs, humanoïdes, transhumanisme… ces concepts, popularisés par la science-fiction, ont non seulement révolutionné le cinéma, mais ont aussi offert aux créateurs une nouvelle vision du corps humain, redéfinissant les standards de la mode.

Prenons l’exemple de Thierry Mugler, maître incontesté de cette esthétique futuriste. Sa célèbre “femme robot“, pièce maîtresse de sa collection automne 1995, s’inspire directement du film Metropolis, œuvre dystopique de Thea Von Harbou publiée en 1925. Le personnage de Futura a influencé Mugler dans sa quête de réinvention du corps, mêlant design industriel et esthétique futuriste.

Metropolis Fritz Lang, 1927/David Lachapelle, Lady Gaga, I Want You Disease, 2019 pour Mugler
Avec des créations iconiques comme le bikini chromé, les costumes de gynoïdes, les bustiers sculpturaux, ou encore la combinaison de cyborg dorée, Mugler a su insuffler une vision futuriste et héroïque à la mode féminine. Plus qu’un simple hommage à la science-fiction, ses œuvres célèbrent des femmes puissantes, des “amazones” modernes. « J’ai toujours tenté, par mon travail, de faire en sorte que les personnes paraissent plus fortes qu’elles ne le sont en réalité », confiait, feu, le créateur. À travers ses créations futuristes, Mugler voulait aller plus loin que la simple science-fiction, il voulait donner aux femmes une allure fière, dominante, et insoumise.
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Who run the world ?
Thierry Mugler, comme vous pouvez l’imaginer, n’est pas le seul créateur à s’être inspiré des films de science-fiction. Au-delà de l’univers cinématographique, ce sont leurs héroïnes qui suscitent l’admiration. Vous avez sans doute dû voir au moins une fois Star Wars ? Avez-vous été frappé par l’importance des femmes dans cette saga ?
Elles sont des rôles puissants et essentiels, loin du cliché de la demoiselle en détresse. La princesse Leia, par exemple, se bat aux côtés des hommes, connaît sa valeur et n’hésitera jamais à se surpasser. Et bien ce classique s’est même invité sur les plus grands catwalks. Alexander McQueen, a revisité la toge blanche plissée de la fameuse princesse pour sa collection automne-hiver 2004.
De même, Olivier Rousteing, directeur artistique de Balmain, s’est laissé séduire par le personnage de Leeloo dans Le Cinquième Élément pour sa collection du printemps-été 2015. Et c’est d’ailleurs dans ce film emblématique que l’on retrouve Jean-Paul Gaultier, aka le responsable des costumes. L’enfant terrible de la mode s’est amusé à fusionner science-fiction et couture de manière magistrale. Dans ce film, les stéréotypes de la femme-objet sont renversés, laissant place à des femmes dominantes et fortes. Merci !
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Cependant, bien que l’influence de la science-fiction ait permis une représentation plus forte des femmes, il reste encore des limites. Le “male gaze” demeure omniprésent dans certains films et continue d’imprégner l’industrie de la mode, même si des changements sont en cours. Les théories féministes, petit à petit, contribuent à déconstruire ce modèle et à redéfinir l’image de la femme dans ces deux univers. Et ce, pour notre plus grand plaisir !
Quand mode rime avec dystopie
La science-fiction est unique en son genre, capable de dresser une critique dystopique de notre société. District 9, réalisé par Neil Blomkamp en 2009, en est le parfait exemple. Ce film nous invite à réfléchir sur notre monde moderne, en faisant écho à des événements historiques et en abordant des thèmes sensibles tels que la xénophobie.
De son côté, l’univers de la mode cherche également à dénoncer et critiquer les travers de notre société. Lorsque Kanye West imagine une collection postapocalyptique pour la saison 2 de Yeezy, il s’engage dans une démarche militante, en prônant la diversité et en s’attaquant à la division raciale, en regroupant ses mannequins selon leur couleur de peau.
Ce qui relie District 9 et le défilé de Kanye West, c’est cette volonté de dénoncer les discriminations et de lutter contre la peur de l’autre. La mode, toujours influencée par l’imaginaire de la science-fiction, cherche à élever le vêtement au rang de technologie, notamment avec l’émergence de vêtements connectés.
Bien que ces innovations en soient encore au stade de concepts, elles soulignent une présence de la technologie dans le secteur traditionnellement dédié à l’esthétique et à l’art. Pour l’instant, l’industrie de la mode semble plus encline à s’inspirer de cet univers de fiction, comme l’illustre le modèle Air Mag Back to the Future de Nike ou encore Uniqlo et Levi’s avec leurs vêtements connectés.


Des costumes remarquablement réussis dans un film tout aussi efficace, voilà ce qui a inspiré des décennies de collections, de campagnes et de tendances. La science-fiction est une influence majeure pour la mode et permet alors de déconstruire certains de ses standards.



