Newsletter

La jupe masculine, encore marginale ou futur basique du vestiaire ?

La jupe masculine, encore marginale ou futur basique du vestiaire ?

La jupe masculine, encore marginale ou futur basique du vestiaire ?

Alors que les codes vestimentaires s’effacent et que les frontières de genre s’estompent, la jupe masculine se décline en masse sur les silhouettes. Reste à savoir : phénomène de podium ou futur classique ?

Icône de l’anticonformisme, la jupe masculine n’en a, semble-t-il, pas encore fini avec nous. Et heureusement ! Dans les dernières collections homme, que ce soit de l’automne-hiver 2025 ou du printemps-été 2026, on la retrouve chez certains créateurs à l’instar de Julian Klausner pour Dries Van Noten ou encore du roi de l’androgynie Louis Gabriel Nouchi. Mais alors, d’où vient cette dernière ? Qui l’a réintroduite dans le vestiaire contemporain ? Et la jupe masculine arrivera-t-elle à se frayer une trajectoire durable dans nos garde-robes ? Focus.

La jupe, ancêtre de la virilité

Beaucoup d’hommes seraient, très certainement, contre cette affirmation… Pour autant, il s’agit là d’un constat indéniable : la jupe, il y a une époque, n’était pas du tout connotée féminine. Au contraire, elle représentait la virilité ainsi que la puissance.

Quand on regarde l’histoire de l’homme, la jupe prend bien plus de place qu’il n’y paraît aujourd’hui. On retrace l’origine de la pièce à l’Antiquité. En Mésopotamie, dès -3000 avant J.-C., les hommes portent le kaunakes, sorte de jupe en laine bouclée exprimant tant le statut social que la fonction. L’Égypte ancienne, elle, l’appelle shendyt. Sous la forme de drapés, les hommes, du pharaon aux paysans, couvrent leur bassin avec des pagnes en lin plus ou moins longs. Au Nouvel Empire, le shendyt se modernise même en se rapprochant d’une véritable jupe, parfois superposée à une tunique.

La jupe masculine, encore marginale ou futur basique du vestiaire ?
©Reproduction d’une toge, d’un shendyt ou d’un kilt

Côté Grèce et Rome antiques, les hommes (ainsi que les femmes) arborent les très célèbres tuniques et toges, tantôt comme des robes, tantôt comme des jupes serrées à la taille par une ceinture. Plus tard encore, aux alentours du XVIe siècle, l’Écosse en fait l’emblème de ses clans. Le kilt naît, et avec lui ses nombreuses déclinaisons de tartan associées. Sans parler, même, des nombreuses versions en Asie, que ce soit avec le kimono et le hakama au Japon ou encore le lungi ainsi que le dhoti en Asie du Sud.

En Europe, au Moyen-Âge (entre le IXe et le XVe siècle), la jupe se transforme d’année en année. Les nobles l’arborent avec de nombreux détails précieux tandis que les paysans se contentent de versions plus simples. Au même siècle, soit à la fin du XVe, les premiers pantalons apparaissent et relégueront, avec les influences des cavaliers, guerres et militarisation , la jupe au rang de vêtement strictement féminin.

Jean-Paul Gaultier, grand maître des jupes masculines

Dans le vestiaire contemporain, nous devons la réapparition des jupes pour l’homme à Jean-Paul Gaultier. En 1984, il devient le pionnier de cet item en l’intégrant dans sa collection « Boy Toy » automne-hiver 84. Ses mannequins défilent en kilts revisités, puis en véritables jupes. L’idée, ici, est claire : rendre la jupe à nouveau mixte et moderniser les codes vestimentaires. Tout au long des années 80 et 90, il poursuivra son engagement jusqu’à en faire une signature distinctive.

À l’aube des années 2000, d’autres designers emboîtent le pas. Thom Browne propose, en 2007, des jupes droites et strictes, comme une extension du costume masculin. Il ne s’agit plus d’une provocation punk, mais davantage d’une nouvelle pièce « business ». Après lui, on retient également les noms de Rick Owens, Givenchy ou Marc Jacobs aux alentours des années 2010.

Plus récemment, de 2015 à nos jours, nombreuses sont les célébrités et figures de virilité à avoir essayé de démocratiser la jupe au masculin tant bien que mal. Parmi elles, l’acteur Jaden Smith, le joueur de football américain Odell Beckham Jr, le chanteur Bad Bunny ou encore l’icône de mode A$AP Rocky.

La jupe masculine, encore marginale ou futur basique du vestiaire ?
©Campagne LOUIS VUITTON / @badbunnypr / Pinterest

La place de la jupe homme aujourd’hui

Dans les différents vestiaires de grandes maisons, on retrouve çà et là des déclinaisons de jupe au masculin au gré des collections… Jusqu’à approcher le basique ? Difficile à dire. Burberry, Loewe, Prada ou encore Maison Margiela imaginent la pièce de façon sobre, presque neutre, dans des coloris discrets. Souvent en supplément d’un pantalon de costume, presque noyée dans la masse pour moins choquer certainement. D’autres maisons et créateurs voient les choses différemment : comme un terrain d’exploration créative.

Pour n’en citer que quelques-uns, Julian Klausner imagine pour Dries Van Noten ou encore le designer chinois Sean Suen, pour le printemps-été, des foulards XXL en soie qui s’attachent et deviennent de véritables jupes. De façon très élégante, ces derniers couvrent des pantalons pour plus de détails ou même des jambes nues pour affirmer chacun sa propre version d’une masculinité moderne. Louis Gabriel Nouchi, au sein de sa griffe éponyme, continue de donner aux hommes cette sensibilité mode notamment avec de longues jupes transparentes noires à fente. Certainement notre version préférée. Enfin, Simon Porte-Jacquemus, lui, rend la jupe couture avec des modèles bouffants blancs qui donnent des allures de mariés.

La jupe masculine, encore marginale ou futur basique du vestiaire ?
©DRIES VAN NOTEN/SEAN SUEN/LGN/JACQUEMUS

Visiblement, la jupe masculine est aujourd’hui à son apogée. Mais la réalité est nuancée : si elle reste un marqueur fort des défilés, sa place dans la vie quotidienne demeure encore fragile, souvent cantonnée aux grandes villes, aux artistes ou aux initiés de la mode. Il faudra encore attendre avant que la gent masculine l’adopte à 100 %, mais les choses sont, semble-t-il, en bonne voie. Du moins, espérons-le.

Vous aimerez sûrement :