« L’heure n’est plus aux métaphores voilées, ni aux allusions élégantes destinées à générer du buzz sur Instagram. Cette saison, le message est direct », explique Jeanne Friot en préambule de son défilé. Après avoir célébré la figure de Jeanne d’Arc dans son dernier défilé automne-hiver 2025-2026, Jeanne Friot fait preuve de résistance et réunit autour d’elle, une famille d’âmes libres.
Sous les yeux de l’auteure féministe Virginie Despentes et de la chanteuse Marguerite, la jeune créatrice renoue ici avec son ADN, du punk sous toutes les coutures. Plateformes, ceintures et kilts… La jeune prodigue réinvente un style, une sous-culture, pour rendre hommage à la communauté trans. Sur les t-shirts, les messages « Trans Lives Matter » (« Les vies des personnes transgenres comptent » en français) deviennent alors les drapeaux fièrement dressés d’un sous-texte hautement politique. Retour sur un moment de mode puissant.
Punk encore et toujours
Depuis ses débuts lors de la pandémie en 2020, Jeanne Friot ne perd jamais cet esprit qu’il lui a permis de créer une mode queer unique en son genre. Pour son défilé printemps-été 2026 intitulé Résistance, l’ancienne étudiante de l’école Duperré réinvente avec brio ces codes : le tartan, les immenses plateformes signées par la marque Both – avec qui elle avait collaboré par la cavalière des Jeux Olympiques 2024 à Paris – et les vestes bombardiers. Ainsi, les mannequins arborent des mini-jupes à imprimé écossais, écho éternel à sa prédécesseure, Vivienne Westwood. Les blazers se veulent XXL contrairement aux jupes qui s’affichent en format mini ( et version kilt). Chez Jeanne Friot, la mode s’adapte au quotidien avec des coupes nettes, des épaules larges et des vestes de motard en cuir qui accompagnent le corps dans la bataille.
Au rythme du morceau « Gender Bass Violence » de la musicienne française ELOI, les silhouettes rebelles se succèdent avec une démarche assurée, un poil frondeuse. Jeanne Friot explore la ceinture dans un imprimé mais aussi comme matière première via des combinaisons et des robes. Ces accessoires métallisés enroulent le corps et forment une armure sculpturale. Ici, la palette chromatique reprend les couleurs du drapeau de la trans pride : bleu pastel, rose layette, blanc neutre – avec l’ajout du noir, en référence à la bande introduite par l’activiste Raquel Willis en 2015, lors de la première vague Black Lives Matter.
Quant au t-shirt, il se pare de messages significatifs, une manière d’élever les esprits à travers le vêtement. Le premier, en imprimé tie and dye arbore le slogan « Trans Lives Matter » et le second, plus neutre, s’inspire d’une bannière pacifiste des années 1970, que l’on voyait autrefois dans les rues de San Francisco : « Bombarder pour la paix, c’est comme baiser pour la virginité ». Toujours dans cette optique d’upcycling, Jeanne Friot cristallise ses principes avec des pièces éco-responsables, faites en France, issues de stocks de maisons de luxe dormants.

Une célébration de la communauté transgenre
« La collection Idols répond à la montée de l’extrémisme, de la législation oppressive et de la transphobie omniprésente non pas par le silence, mais par le défi – et avec des icônes pop queer comme bouclier protecteur », alerte Jeanne Friot. Avec cette nouvelle collection, cette dernière choisit la solidarité au profit de la division. Alors que les États-Unis retirent les droits des personnes transgenres sous la présidence de Donald Trump, le défilé invite à la fête mais aussi à la résistance. Jeanne Friot opte pour un casting entièrement transgenre, symbole d’inclusion, une valeur qu’elle n’a cessé de prôner depuis ses débuts dans l’industrie de la mode.
De fait, la créatrice convie à sa table la chanteuse marocaine transgenre Lalla Rami et choisit pour clôturer le spectacle, l’actrice et activiste Claude Emmanuelle. Le point levé, elle termine la boucle d’une parade enflammée où chacune des modèles salue la foule au cœur d’une sororité salvatrice. Les larmes coulent et les cris de joie traversent cette cour historique située dans la rue des Archives. Le public est conquis par la musique, les créations mais aussi par ce défilé engagé qui montre que la mode est aussi un outil pour combattre le fascisme…




