Au cœur de la fondation Cartier, espace clé de l’art contemporain, IM Men présentait sa collection printemps-été 2026 baptisé Dancing Texture, un titre énigmatique qui illustre bel et bien l’ADN artistique de la griffe japonaise. Dans cette procession technique, le corps se veut performatif, bougeant seulement pour danser ou défiler. Pour la réaliser, l’équipe de design à la tête est entré en dialogue avec l’œuvre du céramiste Shoji Kamoda afin de conscientiser le mouvement. Comme toujours IM Men surprend l’œil observateur par un défilé énigmatique au carrefour de l’exposition et du défilé de mode. En bref, un instant hors du temps…
Un entracte ésotérique
Le défilé printemps-été 2026 prend sa source dans un concept connu : « A piece of cloth » (un morceau de tissu en français). Depuis la création de la maison mère sous l’égide d’Issey Miyake en 1971 à Tokyo, cette idée de tissu vivant a toujours été au centre du processus créatif. Aujourd’hui, l’idée résonne encore chez IM Men, marque secondaire lancée en 2021, via une collection éclectique qui se mêle aux textures intenses et stratifiées du corpus de l’artiste Shoji Kamoda. On y trouve alors des textiles aux reliefs profonds, tissés de fils variés et de structures élaborées. Un parfait mariage entre innovation et tradition !
Avant que le défilé ne débute, quelques performeurs entrent en scène devant de larges pans de tissus, sorte de paysages abstraits. Leurs motifs reproduisent ceux des céramiques de Kamoda, visionnaire aux approches techniques inédites. IM Men pose le décor, un espace hors du temps où un son de goutte d’eau vient apaiser les âmes attentives. Le temps s’arrête et le spectacle commence au rythme de silhouettes couvertes d’étoffes. « Le souffle trouve son rythme, la gravité entre dans la danse, et chaque pas fait naître la fascination », écrit l’équipe.

Le vêtement dans tous ses états
Dancing Texture questionne l’utilité du vêtement et pose les bases du label IM Men. « L’équipe de design s’attache à redéfinir l’essence même du vêtement, en s’intéressant à la fois à sa forme et à sa structure, dans une démarche alliant design et ingénierie », expliquait la maison pour le lancement de sa nouvelle marque. UROKOMON, premier look du défilé, s’inspire des motifs organiques, évoquant de grandes écailles animales, présents sur les céramiques de Shoji Kamoda.
Pour transposer ces derniers, il a fallu beaucoup d’expérimentations jusqu’à une technique appelée bonding opal process. Le résultat est unique avec une surface textile à la fois contrastée et texturée dont le relief rappelle sans cesse l’artiste célébré. Entre quelques pièces expérimentales, on retrouve des créations plus contemporaines et donc plus portables à l’instar d’une veste utilitaire, d’une chemise large et d’un polo plissé, le fameux pli Issey Miyake. Côtés accessoires, les tongs continuent leur règne sur la mode et s’associent à des matières aériennes pour un effet étonnant. IM Men s’allie également à Asics Sportstyle pour faire naître la Issey Miyake Foot, une paire hybride qui maintient le pied comme un « bandage sportif ».

IM Men revendique dans cette procession une modernité en constante mutation. Le trench en céramique argentée (le Gintō) réalisé en émail se distingue par sa texture dense réinterprétée grâce à l’utilisation de feuilles d’argent. Ce choix permet de jouer sur la densité de la feuille mais aussi de faire écho aux variations lumineuses du bol Gintō. Les têtes pensantes travaillent également le nylon à partir de filets de pêche usagés, récupérés et recyclés au Japon lui permettant d’affirmer son statut éco-responsable.
S’ajoute à cela KAIYU, ENGRAVE et EARTH, des créations qui reprennent les bases des séries de céramiques imaginées Shoji Kamoda. La première, KAIYU, est composée d’un blouson et d’un pantalon qui reprend l’aspect émaillé des objets de l’artiste et forme un cercle lorsque les deux parties sont posées à plat. Une fois de plus IM Men repousse les limites de l’utilitaire pour une mode artistique, esthétique. On ne porte plus mais on expose.
Quand à ENGRAVE, elle prend sa source dans une série de céramiques intitulée Waved Patterns qui sort du lot par des formes sculptées en vagues, qui semblent se fondre naturellement dans le tissu. Du côté de EARTH, le look final, les influences proviennent des jarres colorées qui se distinguent par le contraste entre l’utilisation d’un vermillon mat et d’ondulations blanches.




