Après une semaine de répit, nous revoilà dans une nouvelle semaine de Fashion Week. Deux fois par an, seule une poignée de maisons a le droit d’inscrire son nom au calendrier officiel de la Haute Couture. Un privilège qui se mérite, à coups d’heures d’atelier et de savoir-faire. Et cette saison encore, la mode nous prouve pourquoi on l’aime tant.
De l’iconique duo Georges & Jad Hobeika aux silhouettes mi-spooky, mi-couture de Schiaparelli, en passant par un nouveau jardin enchanté chez Dior, OniriQ retrace les collections Haute Couture automne-hiver 2026-2027 qui valent de l’or à Paris…
De Schiaparelli à Georges Hobeika, voici nos collections préférées du 6 juillet
Coup d’envoi pour la célèbre (et très attendue) Haute Couture Week de Paris. Tandis que les célébrités et autres VIP se corsetaient dans des robes toujours plus spectaculaires et serrées les unes que les autres, les créateurs du lundi 6 juillet, eux, s’apprêtaient à dévoiler leur vision de l’automne-hiver 2026-2027.
Le défilé Schiaparelli
Daniel Roseberry là où on ne l’attendait pas… Après plusieurs saisons à perfectionner son propre langage chez Schiaparelli, en l’élevant au rang d’art pur, le créateur américain choisit cette fois de s’en éloigner pour mieux le réinventer. Dans sa note d’intention, il raconte avoir cherché à reproduire la recette du succès de sa précédente collection avant de comprendre que la création ne pouvait naître que de l’inconnu, de ce qu’il appelle « le vide ». Une réflexion presque philosophique qui donne naissance à une Haute Couture automne-hiver 2026-2027 plus libre, plus instinctive et surtout bien moins prévisible qu’à l’accoutumée.
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Cette plongée dans l’inconnu se traduit par des silhouettes oscillant entre le fantastique et l’inquiétant. Dès les premiers passages, une créature gainée de latex noir brillant semble prendre vie sous les yeux du public, ses appendices ondulant autour du corps comme des tentacules maléfiques.

Plus loin, un bustier bleu laiteux moulé en silicone épouse le buste avec réalisme, comme si le vêtement avait été directement sculpté sur le modèle avant de se prolonger dans une jupe constellée de fleurs bleutées. Puis viennent des propositions plus sombres dont certains détails étirés (sur le buste ou dans le dos) évoquent subtilement l’imaginaire de Ghostface. Une étrangeté maîtrisée qui rappelle à quel point Schiaparelli demeure la maison du surréalisme par excellence.
Le défilé Georges Hobeika
Et Georges Hobeika s’améliore encore un peu plus… Alors que l’on pensait avoir vu le summum de son art la saison dernière, la griffe de couture libanaise nous surprend davantage à l’automne-hiver 2026-2027. Baptisée The Visitor, la collection de fin d’année s’inspire du poème Instructions Before Visiting Earth de James McCrae. En phase avec l’écrit, le membre invité du calendrier officiel de la Haute Couture depuis 2017 nous invite à regarder le monde avec des yeux neufs, comme si chaque instant était vécu pour la première fois.
En célébration de la beauté du quotidien, les silhouettes dessinées de la main de Georges et Jad Hobeika (co-directeurs créatifs) oscillent entre architecture, nature, sculpture et mille autres détails : colonnes drapées, bustiers sculptés, vestes minutieusement travaillées et robes du soir aux volumes ultra-maîtrisés. La broderie, signature historique de la maison, recouvre les pièces avec finesse tandis que la dentelle se mêle au satin, à la soie et à l’organza.
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Çà et là, la nature parsème l’ensemble : scarabées précieux, orchidées en fleurs ou encore escargots deviennent bijoux et ornements, comme autant de rappels à ces merveilles discrètes de la nature que la collection nous encourage justement à redécouvrir.
Dans les looks qui occuperont nos rêves ces prochains jours, on relève d’abord cette robe bustier couleur sable dont la jupe transparente semble littéralement fleurir sous nos yeux. Plus sombre mais tout aussi spectaculaire, une seconde apparition en dentelle noire joue la carte d’une sensualité presque gothique avec transparence, manches théâtrales et travail d’atelier. Enfin, difficile d’ignorer cette robe ivoire aux volumes exagérés, dont la dentelle éclôt peu à peu vers de la broderie dans un rendu de sculpture de porcelaine.

Mais notre coup de cœur revient sans hésitation à cette silhouette bleu pastel. Avec son bustier architectural sculpté à même la poitrine et sa jupe monumentale en dômes, elle semble tout droit sortie d’un conte fantastique. Presque irréelle, elle résume à elle seule toute la maîtrise des ateliers Hobeika, le sentiment que l’on ressent à la vue d’une de ses silhouettes et, encore plus simplement, le rêve couture.

Le défilé Rahul Mishra
Un défilé que l’on n’est pas près d’oublier… Pour sa collection Haute Couture automne-hiver 2026-2027, présentée au Collège des Bernardins à Paris, Rahul Mishra signe « DEVI, la muse éternelle ». Un défilé sous les voûtes gothiques du lieu en hommage à la culture indienne, à ses traditions et son spiritisme.
Il est le premier créateur indien invité à défiler lors de la Haute Couture Week parisienne, il est aussi lauréat du prestigieux International Woolmark Prize en 2014 et a été fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français en 2023. En résumé, Rahul Mishra sait ce qu’il fait.
Alors pour cette saison, le designer remonte le temps. Comme le précise le communiqué, c’est du côté des grottes sanctuaires et des sculptures indiennes qu’il puise son inspiration. Et quoi de mieux pour rentrer dans le thème que d’ouvrir sur des statues, grandes protectrices de la collection ?

Des mannequins figés, la peau mate patinée d’un gris minéral, coiffés de couronnes évoquant les parures cérémonielles des temples. La suite du défilé déploie une succession de silhouettes qui traduisent, fil après fil, cette idée de sculpture. Les robes fourreau en sequins et perles métallisées, dans des camaïeux bronze, or et argent, épousent les corps.
Les têtes sont elles aussi mises à l’honneur… Elles se parent de coiffes sculpturales conçues avec le murtikar Sumant Kumar, tandis que les voiles en tulle sont signées Stephen Jones. On retrouve aussi des ensembles plus architecturaux, cape noire ajourée en forme d’arche, robes sirènes drapées ivoire et or à l’antique, jusqu’au bouquet final… Une robe de mariée crème brodée de motifs floraux, portée avec un voile immaculé façon mariée royale indienne. De quoi refermer la collection sur une note sacrée.

Mais on relève également un élément des plus intéressants : l’insertion de silhouettes masculines dans le rang de la couture. Rahul Mishra décline ici trois looks pour l’homme : le premier, composé d’un top en tulle noir brodé de détails religieux et d’un pantalon à imprimé sableux ; le deuxième, fait d’un ensemble blouse-pantalon transparent qui flotte au pas ; et enfin le troisième, dévoilant un long manteau ivoire couvert de perles, jouant sur les volumes et les étages dans ce même esprit de sable.
Le défilé Dior :
Pour son deuxième exercice de haute couture chez Dior depuis sa nomination, Jonathan Anderson continue d’explorer ce fameux « laboratoire couture » qu’il semble vouloir ériger en nouvelle colonne vertébrale de la maison. Pour l’automne-hiver 2026-2027, le créateur britannique puise son inspiration dans l’univers de la sculptrice américaine Lynda Benglis, dont les œuvres jouent constamment avec la transformation de la matière. Une idée qui trouve un écho naturel dans les codes de la maison, toujours ancrés dans cet ADN de jardin enchanté et merveilleux qu’Anderson adule.

Mais là où la saison précédente exploitait une nature démesurée, cette nouvelle proposition nous semble plus convaincante. Les plissés réalisés à la main s’enroulent autour du corps comme des couches protectrices, les drapés semblent avoir été figés en plein mouvement et les nœuds deviennent de véritables éléments architecturaux, cintrant les tailles de-ci de-là.
Ce qui nous plaît encore davantage, c’est l’ouverture vers l’Inde et ses savoir-faire. Fasciné par Ahmedabad, ville chère à Lynda Benglis, Jonathan Anderson convoque l’héritage des chintz du XVIIIe siècle, ces cotons peints ou imprimés qui ont profondément marqué les arts décoratifs européens. Les broderies florales éclatent alors sur certaines silhouettes, tandis que des perles colorées rappellent la série Peacock de l’artiste américaine. Entre l’abondance végétale de l’Inde et les paysages plus arides de Santa Fe, Dior compose une couture à la fois érudite et sensible. À son image…




