Alors que la capitale continue de suffoquer sous les fortes chaleurs, les podiums de la Fashion week de Paris, eux, prennent le contre-pied de la saison. Ce vendredi 26 juin, plusieurs maisons ont présenté des collections printemps-été 2027 qui privilégient la nuance au spectaculaire. Des silhouettes amples, des matières légères, un tailoring assoupli et une volonté commune de rapprocher le vêtement du quotidien sans renoncer à la désirabilité. De Louis Gabriel Nouchi à Pierre Mahéo chez Officine Générale, en passant par Mihara Yasuhiro, les créateurs ont chacun exploré à leur manière cette idée d’une élégance plus naturelle, où le stylisme et la construction prennent le pas sur les effets de mode les plus démonstratifs.
Les moments forts de ce vendredi 26 juin
Le défilé Louis Gabriel Nouchi
Après une saison automne-hiver 2026 marquée par l’univers oppressant et organique d’Alien, LGN change radicalement de registre pour le printemps-été 2027. Si la jeune marque française, fondée et dirigée par Louis Gabriel Nouchi, conserve son goût pour l’androgynie, le sensuel et les personnages, elle délaisse cette fois la science-fiction anxiogène au profit d’une atmosphère plus trouble, inspirée des sensations laissées par la série culte Twin Peaks.
Ce qui nous frappe surtout, cette saison, c’est l’évolution du travail de stylisme. Plus poussé, plus précis, presque obsessionnel dans sa construction, le créateur multiplie les superpositions, s’amuse du tailoring et du loungewear, détournent les pièces classiques et les références discrètes. Les costumes se fragmentent volontairement, les vestes s’imposent comme les véritables piliers du vestiaire (à son habitude) tandis que débardeurs doublés, sous-vêtements apparents, rayures rétro et autres carreaux d’inspiration outdoor se glissent dans notre vestiaire printanier.

Les matières participent également à cet exercice de contraste entre quotidien et fantasme : coton ciré, grain de poudre, satin, plumes d’autruche ou itérations de transparences évoquent une sensualité plus douce que d’ordinaire. Plus mature dans son exécution, cette collection confirme la capacité de LGN à construire des univers cohérents entre élégance classique, désir latent et étrangeté narrative.

Le défilé Maison Mihara Yasuhiro
« Je déteste l’été ! »… C’est avec cette phrase que Mihara Yasuhiro ouvre sa collection printemps-été 2027, intitulée Endless Summer. Un paradoxe pour un créateur qui présente justement une collection estivale, mais qui dit tout de son rapport à la saison. Le résultat est une collection plus sobre que ce qu’on a l’habitude de voir chez la maison, mais qui garde cette façon bien à elle de glisser quelque chose d’inattendu dans chaque look.
Et ce qui domine avant tout, c’est le volume. Les pantalons sont larges, très larges, qu’ils soient en denim délavé, en carreaux ou en coton beige. Les vestes et les chemises suivent la même logique, portées grandes, souvent ouvertes sur le torse, sans que cela ne paraisse négligé pour autant. Et c’est exactement cette aisance dans les proportions qui donne aux silhouettes une allure décontractée, presque nonchalante. Comme si les vêtements avaient été attrapés au passage sans trop y réfléchir.

Notre coup de cœur de ce défilé, c’est sans aucun doute le total look parme composé d’une chemise rayée qui glisse d’une épaule, portée avec un grand pantalon fluide. Dans une collection qui joue beaucoup sur les neutres, cette touche de couleur arrive comme une petite surprise.
Pour le reste de la palette, elle reste assez sage, dominée par le beige, le kaki, le noir et le blanc cassé. Les rayures fines reviennent souvent d’un look à l’autre, déclinées en noir ou en parme. De leur côté, les carreaux apportent une touche plus détendue qui rappelle les tenues de vacances sans tomber dans le cliché. Enfin, que serait un défilé sans une touche d’inattendu ? Ici, ce qui nous surprend c’est la présence du cuir en plein été. Travaillé de façon vieillie et patinée, comme si les pièces avaient déjà traversé plusieurs saisons. De quoi casser les codes attendus de la saison chaude.
Le défilé Officine Générale
Officine Générale prends d’assaut le port d’arsenal… Plutôt que l’intérieur feutré d’une salle parisienne, Pierre Mahéo a choisi le Port de l’Arsenal pour présenter sa collection printemps-été 2027, intitulée Crossing Paths. Un lieu que la mode n’avait jamais investi jusqu’ici, avec ses bateaux amarrés, ses pavés et la colonne de la Bastille en fond. L’idée derrière ce choix n’est pas anodine. Les ports sont des endroits où les gens se croisent, et c’est exactement cet état d’esprit que la collection cherche à habiller.
Et dans la continuité de son esthétisme, Officine Générale propose un vestiaire pensé pour être vraiment porté, du matin au soir. Les volumes sont généreux sans être excessifs, les silhouettes sont larges mais restent faciles à lire. Les pantalons fluides à pinces, les blazers portés ouverts, les chemises en coton bien tombantes… tout a l’air simple à enfiler. Et c’est l’objectif, des pièces destinées pour le quotidien pour être stylé sans en faire trop.

Les couleurs tournent autour du bleu gris, du beige et du chocolat, avec quelques looks entièrement noirs qui viennent ponctuer le défilé. Les rayures fines reviennent régulièrement et donnent aux silhouettes une touche tailoring sans jamais les alourdir. Pierre Mahéo l’écrit lui-même dans ses notes de collection, il aurait pu couper les manches et raccourcir tous les pantalons. Il ne l’a pas fait. Et c’est précisément ce choix qui donne à la collection son caractère.



