Nous voilà déjà au troisième jour de la Fashion Week parisienne, toujours écrasée par la chaleur. À peine le temps de reprendre son souffle que les défilés s’enchaînent à un rythme effréné. Entre les propositions d’Issey Miyake, Amiri, System, ou encore Yoke, la journée a oscillé entre démonstrations de savoir-faire, expérimentations plus radicales et vestiaires du quotidien revisités. Des visions parfois opposées, mais qui, mises bout à bout, esquissent un constat assez limpide : en 2027, la mode masculine poursuit sa mue, tiraillée entre désir de fonctionnalité, sophistication et liberté de silhouette.
Les moments forts de ce jeudi 25 juin
Le défilé IM MEN
La proposition la plus poussée d’IM Men, très certainement… Et il s’agit même probablement de l’un des défilés les plus contemplatifs de cette Fashion Week. Chez IM MEN, la ligne masculine d’Issey Miyake, le vêtement ne cherche jamais à impressionner par le spectaculaire, mais par l’émotion qu’il suscite. Et pourtant, dans cette ligne, on relève les deux.
Intitulée In Praise of Bamboo Shadows, la collection printemps-été 2027 puise son inspiration dans les ombres mouvantes des forêts de bambous, les estampes d’Asie de l’Est et les techniques artisanales japonaises. Un imaginaire qui se prolonge jusque dans la scénographie, où les silhouettes apparaissent progressivement derrière des voiles/paravents translucides. Le résultat est presque méditatif, invitant davantage à ressentir qu’à simplement regarder.

Dans les vêtements, on retrouve cette même poésie : les volumes s’enroulent autour du corps, les manteaux adoptent des manches dolman généreuses ou des cols organiques, les pantalons semblent flotter à chaque pas tandis que les plissés reproduisent le rythme des tiges de bambou. Denim décoloré à la main, jacquards évoquant le tressage du gozame, fibres de bambou mélangées au coton biologique ou encore nylon dont la texture rappelle le papier : chaque matière raconte une histoire et devient un terrain d’expérimentation. Fidèle à l’héritage d’Issey Miyake, le vêtement n’est jamais une simple « enveloppe », il dialogue en permanence avec le mouvement, la lumière, l’espace et (surtout) son détenteur.

Plus qu’une simple démonstration de savoir-faire, le studio IM MEN confirme cette saison une vision du design où innovation et artisanat avancent main dans la main. Jusqu’aux accessoires, à l’image des nouvelles chaussures développées avec ASICS ou encore du sac inspiré du chimaki japonais, chaque création semble répondre à une fonction tout en conservant une forte dimension sculpturale… Dans un printemps-été largement dominée par le tailoring occidental, la maison japonaise rappelle qu’il existe une autre façon d’aborder le vestiaire masculin : de façon plus sensorielle, plus silencieuse et infiniment plus intemporelle !
Le défilé Amiri
Changement de décor chez Amiri, mais toujours au Carreau du Temple. Alors que l’automne-hiver était placé sous le signe du Golden Age hollywoodien et de la contre-culture des années 70, cette saison, Mike Amiri nous entraîne dans un vestiaire qui oscille entre séduction et décontraction. Dans ses nuits hollywoodiennes, sa vision du luxe à l’américaine délaisse l’ostentatoire au profit de silhouettes plus fluides, presque nonchalantes au printemps-été 2027.
Cette dualité irrigue l’ensemble de la collection. Les costumes perdent leur rigidité grâce à des épaules assouplies et des pantalons aux volumes généreux, tandis que le denim côtoie des vestes de tailleur, les chemises de soie s’ouvrent largement sur le torse et les rayures, tweeds, broderies ou encore carreaux traditionnels se parent de reflets métallisés. Mike Amiri rend la frontière entre tenue de jour et silhouette de soirée plus poreuse que jamais. Ici, la vie semble être une fête : alors autant se vêtir de paillettes du soir au matin.

Plus que jamais, le directeur artistique affirme l’identité de la griffe comme celle d’un luxe hédoniste, en continuant notamment d’explorer la femme Amiri à travers plusieurs apparitions. Dans les deux vestiaires, les broderies se font plus discrètes, laissant les matières prendre le dessus : soies lumineuses, lins enrichis de fils de lurex, cuirs souples ou encore effets irisés évoquant les néons qui illuminent la ville une fois la nuit tombée… Une proposition cohérente, qui confirme l’évolution de la maison vers un tailoring toujours plus mature et un glamour moins tapageur, sans renier cet ADN rock californien qui fait sa signature depuis ses débuts.

Le défilé Yoke
Un défilé inspiré par une écrivaine… Pour présenter sa collection printemps-été 2027, la jeune marque japonaise Yoke, fondée par Norio Terada, a investi un lieux brut et bétonné. Le genre d’endroit qui claque et que les maisons adorent pour créer du contraste…
Pour cette collection, Norio Terada s’inspire de l’écrivaine suisse Meret Oppenheim et son concept de dépaysement. L’idée qu’un objet familier, sorti de son contexte, devient quelque chose d’entièrement nouveau. Chez Yoke, ce sont les matières qui jouent ce rôle. Du cuir qui ressemble à du denim, de la fourrure longue se porte en plein été, du mohair mêlé à du cupro. À chaque look, on croit reconnaître quelque chose, et on se trompe. C’est exactement ce léger vertige que la marque cherche à provoquer.

Dans cet espace industriel, les silhouettes avançaient lentement sous les néons balançant entre le noir d’un ensemble fluide, ou d’un blanc lumineux d’un pantalon large associé à une veste à long poil. Des basiques certes mais que l’on garde en tête.
Le défilé System
La chaleur était présente mais… elle en valait la peine. À l’occasion de son défilé printemps-été 2027, System a investi le Musée des Archives Nationales pour présenter sa collection Seeker, The Journey. Une ligne inspirée de Knulp, le personnage du roman du même nom d’Hermann Hesse.
En se mettant dans les bottes du vagabond vieillissant de l’ouvrage, le directeur artistique et fondateur Hee-Soo Kim impose un ADN à la insalubre et sophistiqué. Look 32, l’habit immaculé se bariole avec un polo manche longue mangé et se marie avec un pantalon qui semble tout droit sorti du pressing.
Plus loin, Hee-Soo Kim impose comme mot d’ordre la rayure. Fil conducteur évident de la collection, il le décline du mini-short porté avec un blazer oversize jusqu’au pantalon large flottant sous une chemise ouverte. Sur une autre silhouette, enfin, un gilet en cuir noir vient casser la légèreté d’un look casual pour un effet urbain plus assumé.

Pour le reste des looks la palette reste sobre, dominée par le noir, le blanc, le beige et quelques nuances de bleu, laissant toute la place au créateur de jouer sur les textures. Néanmoins, on relève la présence de quelques piques de couleurs à l’instar du orange décliné sur une inspiration utilitywear ou encore du violet sur un bermuda à coupe large. Une collection pleine de sens et, pourtant, simple à adopter.



