Il est de ces hommes qui parlent de sentiments, de vulnérabilité et d’affection en en faisant une force incommensurable. Louis-Gabriel Nouchi, célèbre créateur français de la griffe LGN Louis Gabriel Nouchi, épate collection après collection en dévoilant l’homme sous un angle que trop peu laissent s’exprimer. Un individu, usuellement considéré comme étant de première classe, qui n’a pourtant pas le droit aux larmes dans notre société.
Depuis le lancement de son label éponyme en 2017, celui qui dessinait « déjà des vêtements étant petit » s’emploie à offrir au vestiaire masculin une liberté bien méritée. Pour lui, le vêtement est gage d’expression et il n’hésite pas à puiser dans sa bibliothèque à la recherche d’inspirations littéraires. En d’autres termes, de quoi mélanger tissus, art, histoire, romantisme, coupes et sensualité en une seule et même entité : l’homme LGN.

Rencontre avec Louis Gabriel Nouchi
Tom Kuntz : Sous votre direction artistique, aucun code strict n’existe. D’où vous vient cette sorte de rébellion face aux restrictions vestimentaires visant les hommes ?
Louis-Gabriel Nouchi : Je ne pense pas être en rébellion, j’ai plutôt l’impression de répondre à la demande des gens autour de moi, de ce que j’entends dans la rue ou encore ce que je vois à la TV… Tout est très honnête. Mais il est vrai que je me suis toujours considéré comme un outsider, avec une sensibilité et une perception du monde peut-être différente.
Tom Kuntz : En parcourant vos collections, il est très facile de reconnaître votre ADN fort. Mais, vous, comment la décririez-vous à nos lecteurs ?
L.G.N. : Radicale, sensuelle et inclusive.

Tom Kuntz : Comme une carapace, l’homme LGN se pare de vêtements pour affronter le monde extérieur. On reconnaît aussi, dans vos pièces, une forme de vulnérabilité. Comment faites-vous pour obtenir cet entre-deux, mêlant force et sensibilité ?
L.G.N. : J’aime le fait que les corps soient tous différents et que le simple fait de montrer de la peau, en fonction des personnes et de la partie du corps, devienne un message politique. Le fait de dévoiler, de suggérer des parties du corps non érogènes n’en devient que plus sensuel, de mon point de vue ! Les matières et couleurs se jouent de cette perception : je porte toujours des vêtements très confortables, la fluidité est donc naturelle dans nos choix au sein de l’équipe. La transparence, avec toutes ses connotations, est également un grand travail chez nous. Nous développons tous nos tissus et couleurs en interne, afin de pouvoir transmettre au mieux les sensations que nous voulons exprimer.
Tom Kuntz : Quelles sont vos inspirations pour naviguer entre ces deux pôles ?
L.G.N. : Littéraires, chaque collection étant basée sur un livre dont les thèmes nous permettent d’aborder différents aspects de la notion de masculinité. Mais, bien sûr, elles sont aussi nourries de beaucoup d’autres sources telles que les artistes contemporains.
Tom Kuntz : Justement, nombre de vos collections s’inspirent de la littérature. La Mort à Venise de Thomas Mann, L’Amant de Marguerite Duras et ainsi de suite. Parlez-nous de cette passion. D’où vient-elle ?
L.G.N. : J’ai toujours lu énormément, donc c’est naturellement ma première source d’inspiration. J’aime que le postulat de la collection soit une image personnelle, pour ensuite jouer avec les archétypes et les stéréotypes qui permettront aux gens de réfléchir sur des choses déjà vues, ou de leur proposer une autre grille de lecture.

Tom Kuntz : Avez-vous d’autres œuvres qui vous sont chères ?
L.G.N. : Toutes les œuvres de Hayao Miyazaki. Je connais encore certains films par cœur. Les clips de Michel Gondry, les albums de The Sound of Belgium, l’œuvre de Dostoïevski également, ainsi que Curzio Malaparte ou Zola…
Tom Kuntz : Dans vos iconiques, impossible de ne pas mentionner le costume. Comment arrivez-vous à déconstruire cet habit pourtant si codifié par le passé et vous différencier des autres griffes ?
L.G.N. : Le costume est généralement la porte d’entrée et de sortie du vestiaire masculin. C’est un ensemble de vêtements que l’on peut considérer comme un uniforme. Chaque détail, couleur, tissu est extrêmement codifié. J’aime beaucoup travailler dans ce cadre de lecture, car ces contraintes sont d’autant plus des challenges pour apporter de la nouveauté. Nous travaillons les proportions, ainsi que les matières telles que le jersey, pour apporter du confort. Les épaules fortes amènent, elles, de la structure à la silhouette. Nous avons également soit un travail sur la tête de manche, soit sur le revers du col.
Tom Kuntz : Dans votre dernière collection, vous avez intégré beaucoup d’éléments rarement alloués à l’homme : transparence, nudité, etc. En quoi est-ce « normal » selon vous de traduire les tendances féminines dans le vestiaire masculin ?
L.G.N. : À partir du moment où on se sent bien dans un vêtement, il ne faut pas hésiter. Les hommes ont porté pendant des siècles des tuniques, robes et drapés. Aujourd’hui, ils sont genrés mais ce n’est que très récent face à l’histoire du vêtement. Jouer de ces codes est donc d’autant plus intéressant. J’aime beaucoup les talons. Je pense qu’ils offrent des possibilités de silhouettes et d’autres rapports de proportion.
Voir cette publication sur Instagram
Tom Kuntz : Y a-t-il eu un moment ou une collection en particulier qui a marqué un tournant dans votre carrière ?
L.G.N. : La découverte de Yohji Yamamoto étant enfant en voyant les gens sortir de la boutique à Paris.
Tom Kuntz : Comment votre approche de la mode a-t-elle évolué depuis vos débuts dans l’industrie ?
L.G.N. : Pas beaucoup, je dois dire. J’espère qu’elle est plus mature et que j’arrive mieux à exprimer mes idées de manière claire et le plus direct possible. Quand j’ai commencé, cependant, il n’y avait pas les réseaux sociaux à gérer, ce qui est une part entière d’activité maintenant !
Tom Kuntz : Et enfin, comment envisagez-vous l’avenir de votre maison ?
L.G.N. : J’espère pouvoir continuer à évoluer tout en gardant nos valeurs, et à nous challenger chaque jour. Nous lançons d’ailleurs cette année de nouvelles lignes (le womenswear), ainsi que de l’accessoire.




