En ce deuxième jour de la Paris Fashion Week, consacré aux collections de prêt-à-porter homme printemps-été 2027, les griffes se sont succédé de 9 heures à 20 heures. Parmi elles, cinq ont particulièrement marqué les esprits : Dior Homme par Jonathan Anderson avec son vestiaire hors du temps, Jeanne Friot et son goût exquis pour le questionnement des normes, Ami Paris par Alexandre Mattiussi dont les silhouettes se perdent entre sportswear et élégance bourgeoise, ainsi que Beautiful People et ses looks en perpétuelle déconstruction.
De Dior à Ami, voici nos collections préférées du 24 juin
Le défilé Dior Homme
Réveil matinal pour les invités de Dior… Alors que la maison française avait initialement prévu sa réception à 14h30, elle a été contrainte de la déplacer à 9 heures du matin afin d’échapper aux fortes chaleurs qui frappent actuellement la capitale. Car l’invitation de Jonathan Anderson donnait rendez-vous en extérieur, dans les jardins du Musée Nissim de Camondo.
Crise évitée et professionnels de la mode à l’ombre, le quatrième défilé homme du directeur artistique pour Dior a pu commencer. Dès la première silhouette, le ton est donné : pour le printemps-été 2027, Jonathan Anderson s’amuse avec les codes de l’élégance masculine et compose un vestiaire où dominent largement le tailoring et l’éternelle esthétique preppy.

Mais, ici, les frontières s’effacent presque entre les différents registres : les costumes croisés sont confectionnés dans une soie presque transparente, les pyjamas prennent des allures de vêtements de travail, des vestes de smoking se prolongent en franges et peignoirs retravaillés deviennent de véritables manteaux du quotidien.
Parmi les silhouettes les plus marquantes, OniriQ relève un long manteau brodé. Avec ses ornements délicats, sa coupe structurée et sa dimension presque cérémonielle, il rappelle l’imaginaire du dandysme de la Belle Époque. Une note appréciée qui semble suivre Anderson depuis ses débuts au sein de la griffe. Dans ce look, il en modernise l’aspect en l’associant à des pièces beaucoup plus contemporaines comme une lavallière qui se dénoue, une chemise blanche oversize et un short gris.

Le vestiaire classique est aussi volontairement bousculé par des effets d’usure, des déchirures et des associations plus inattendues comme des mailles semblant sorties d’archives ou encore des écharpes qui s’effilochent au fil des silhouettes. Une manière de rappeler qu’un vêtement peut constamment se réinventer, se transmettre et se reporter, sans jamais perdre son essence.
Le défilé Jeanne Friot
Avec Jeanne Friot on peut s’attendre à tout, mais ça on l’avait pas vu venir. Dès l’ouverture du défilé, une mannequin déboule en courant sur le podium, l’air complètement paniquée, dans une robe de mariée baroque et dramatique. Un entrée digne d’un théâtre, fidèle à l’adn de Friot…

La suite confirme que la designer assume pleinement le chaos qu’elle a convoqué. D’un côté les t-shirts graphiques flirtent avec le slogan politique « Stop the War ». De l’autre le cri intérieur avec ce mot imprimé en grand sur la poitrine « Hysteria » qui résume à lui seul l’ambiance du show.
Le défilé continue avec des looks travaillés. Le blanc immaculé d’une veste ultra-structurée répond au noir satiné d’un blazer cintré, et les bottes de biker viennent rappeler que Jeanne Friot n’est pas là pour faire sage.
Ce qui achève de rendre le tout un peu déstabilisant, ce sont les lentilles de contact que portent tous les mannequins rouges pour les uns, blanches pour les autres transformant chaque regard en quelque chose d’à moitié humain. Ajoutez à ça le rouge à lèvres porté par les mannequins masculins, et vous comprendrez que chez Jeanne Friot, mettre le public à l’aise n’est clairement pas l’objectif. En résumé une collection courte, mais qui reste en tête.
Le défilé Ami Paris
Chez Ami, Alexandre Mattiussi poursuit ce qu’il maîtrise le mieux en ce mercredi 24 juin : l’art de rendre le quotidien désirable. Pour son dernier défilé, dévoilant sa vision du vestiaire du printemps-été 2027, le créateur parisien nous fait même plaisir : il est l’un des rares à proposer une ligne véritablement pensée pour la saison. Dans ses silhouettes, exit les gros manteaux et autres fourrures que certaines maisons continuent de présenter, place à une élégance bourgeoise teintée de décontraction sportive.

Les chemises à cravate se froissent volontairement, les shorts satinés se font ultra-courts, le daim se porte en total look (ce que l’on adore), tandis que le costume se pare d’un maillot de bain. Des coupe-vents techniques viennent, quant à eux, se glisser de-ci et de-là sur des silhouettes sportswear ou plus casual.
Ce qui frappe surtout, c’est cette sensation de spontanéité que l’on sait pourtant parfaitement orchestrée : une tenue pensée pour aller faire du sport qui semble tout droit sortie d’un podium, une silhouette de soirée qui devient soudainement plus accessible grâce à une veste technique assortie, ou encore une chemise nouée à la va-vite qui se transforme en une jupe-short. Simple et pourtant attirant.

On relève, cependant, deux silhouettes qui dénotent totalement du reste : les looks 17 et 29, que l’on croirait presque appartenir à une autre griffe. Ces apparitions, ci-dessous, s’éloignent du langage habituel de Mattiussi et, plus largement, de la collection elle-même. Elles vont même, à notre avis, jusqu’à se rapprocher d’une sensibilité japonaise, proche de l’univers d’Issey Miyake avec leurs découpes organiques, leurs manches longues et leurs plissés…

Hormis cette parenthèse plus « expérimentale », Alexandre Mattiussi signe un printemps-été vivant, personnel et, surtout, qui parlera à tout un chacun l’an prochain.
Le défilé Beautiful People
C’est dans une petite galerie baignée de soleil, portes grandes ouvertes sur la rue, que Beautiful People a présenté ce mardi sa collection printemps-été 2027. Un cadre presque intime, loin des grands espaces scénographiés, qui collait néanmoins parfaitement à l’énergie un peu brute et décalée de la marque japonaise, fondée par Hidenori Kumakiri.
Voir cette publication sur Instagram
La collection joue à fond sur l’idée de transformation. Les grands manteaux-anoraks, pièces centrales du défilé, se portent dans les deux sens, tête en bas ou tête en haut et les mannequins les retournaient eux-mêmes en marchant, sous les yeux du public. Ce n’est pas juste un gadget mais toute la philosophie de la collection. L’idée qu’un vêtement peut être plusieurs choses à la fois selon comment on se l’approprie.
Le reste du vestiaire s’inscrit dans le même esprit. Du tartan porté avec des jupes larges, une veste rouge en maille crochetée à boutons dorés qui lorgne vers le tweed sans jamais vraiment y aller, ou encore cette chemise blanche oversize à col marin sur du cuir noir.
Beautiful People pioche partout sans que ça ne parte dans tous les sens. Avec pour preuve l’un des rares accessoires du show. Un gros sac bleu chargé de boucles et de sangles qui avait l’air sorti d’une garde-robe d’escalade.
Enfin côté couleur, le rouge revient comme un fil conducteur tout au long du défilé, contrasté par du noir profond et du gris délavé. Puis, quelques touches de bleu ciel et de rose poudré aux pieds viennent boucler l’ensemble.



