Alors que l’une représente une esthétique « idéale », l’autre démontre un besoin de rupture avec les codes… Depuis maintenant plusieurs saisons, voire années, la Clean Girl et la Messy Girl se livrent une guerre impitoyable dans l’espoir de remporter les tendances. Mais alors, avant que 2026 ne frappe, faisons le point de la situation.
Clean Girl vs Messy Girl : deux identités bien éloignées
Avant même de se plonger dans les tendances, revenons au commencement. Car si l’esthétique sature aujourd’hui les réseaux sociaux jusqu’à nous rendre fous, certaines personnes se demandent encore de quoi l’on parle réellement… Bien avant de devenir un hashtag, la Clean Girl apparaît dans les années 90 avec la vague stylistique majeure du minimalisme portée par des marques comme Calvin Klein, Helmut Lang ou encore Jil Sander.
Symbole d’une féminité dite « parfaite », elle s’inscrit dans une vision historique du bon goût : un luxe silencieux, des lignes nettes, une tenue irréprochable et des manières à la hauteur de ce que l’on attend d’une « dame ». Prolongée jusqu’aux années 2010 à travers les visions de Phoebe Philo chez Celine, puis celles de The Row, Totême ou encore COS, la Clean Girl connaît un retour fulgurant lors de la période post-Covid, dès 2021.

À ce moment-là, la mode se calme à nouveau. Les silhouettes sont plus froides, plus sobres, plus minimales, tandis que les attentes sociétales rebasculent vers un idéal féminin (patriarcal) aussi lisse qu’exigeant : un contrôle permanent, une présence effacée mais parfaite, et un jugement constant des femmes sur leur peau, leurs vêtements et jusqu’aux moindres de leurs gestes. Le Quiet Luxury, suivi du Old Money, entrent tous deux dans la danse et des influenceuses stars comme Hailey Bieber donnent des complexes sans (trop) le vouloir. Aujourd’hui, d’ailleurs, le hashtag #cleangirl cumule plus de 248 millions de publications sur TikTok, preuve de l’ampleur du phénomène et de sa longévité, malgré les prédictions répétées d’un déclin proche.
De son côté, la Messy Girl, souvent érigée comme antagoniste, puise ses racines dans les années 90-2000. Avec l’émergence d’icônes anticonformistes comme Kate Moss, Courtney Love ou encore Lindsay Lohan, le désordre devient un véritable langage esthétique, critique directe au « trop calme » des collections de la même décennie. Cheveux décoiffés, maquillage imparfait, vêtements froissés : autant de signes d’une féminité pleine qui se joue des injonctions du « sois belle et tais-toi » pour mieux se réapproprier l’idéal féminin longtemps imposé.

Dans les années 2010, la Messy Girl refait surface, portée notamment par l’avènement de Tumblr, le retour du grunge et une culture paparazzi devenue virale. Les clichés de Britney Spears, Paris Hilton ou Lindsay Lohan, largement relayés, participent alors à façonner une image de la féminité plus débordante, exposée sans filtre. L’allure douce et maîtrisée perd de son attrait : pour séduire, il faut désormais lâcher prise, quitte à choquer un peu les plus sensibles.
Ces dernières années, en revanche, difficile pour cette « méchante sœur » de survivre dans un paysage dominé par le Quiet Luxury et ses esthétiques similaires. Comparé à celui cumulant des millions de recherches, le #messygirl ne rassemble aujourd’hui que quelques milliers de vues sur TikTok.
Après une saturation de la Clean Girl, omniprésente des fils d’actualité à la vie réelle, un retournement semblait inévitable. Du moins, c’est ce que l’on croyait…
Qui gagne la course aux tendances ?
Aujourd’hui, difficile de dire laquelle de nos deux sœurs est la plus tendance… Car si l’on a été allègrement étouffé par la présence de la Clean Girl jusqu’en 2024, sa rivale ne semble pas plaire à tout le monde aux portes de 2026.
Pourtant, de nombreuses célébrités et personnalités publiques semblent déjà en faire la promotion, à l’instar du mannequin Alex Consani, brut et sincère, qui porte le Birkin à la façon de Jane Birkin comme un vulgaire cabas, se met en scène, ose un vestiaire sexy mais se déguise malgré tout en Gru pour Halloween (Moi, moche et méchant). Depuis 2025, cette vague de désordre était pourtant (enfin) visible : jupes qui se raccourcissent, cheveux qui s’ébouriffent, maquillage charbonneux qui bave et accessoires qui se négligent. On s’attendait donc, très naturellement, à un renforcement de cette identité l’an prochain. Mais les tendances restent plus que jamais divisées.
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En parcourant l’ensemble des collections actuelles sur le site expert TagWalk, on remarque que l’automne-hiver 2025-2026 est marqué par l’expression. Les directeurs artistiques convoquent notamment la fourrure XXL, figure de proue de la Messy Girl hivernale, chez Acne Studios, Balmain en version orange fluo, ou encore Elie Saab à travers des rabats de blazer. Mais ce n’est pas tout. Le cuir se décline en total look, les épaulettes s’élargissent pour prendre de la place et les cols deviennent démesurés pour plus de théâtralité.

De son côté, aussi étonnant soit-il, le printemps-été 2026 nous réserve davantage de douceur. Soit l’exact opposé de la Messy Girl que l’on avait si hâte d’arborer. Le retour des beaux jours s’illustre dans des silhouettes monochromes mais vives (soit le jaune, le violet et le rouge) et un minimalisme qui refait surface comme s’il n’avait jamais vraiment quitté le devant de la scène, à travers les lignes de Akris, Fforme ou encore Dior.

Cependant quelques signaux plus décalés subsistent même au printemps-été 2026 : le jeu du féminin-masculin chez Chanel, Issey Miyake et AlainPaul, la lingerie qui se dévoile chez Amiri et Gucci ou encore l’intemporel cuir porté sous 20° juste pour le style chez Alexander Wang, Boss et Casablanca.
En conclusion, malgré ses tentatives répétées de s’imposer comme une esthétique libératrice, la Messy Girl peine encore à rivaliser avec sa congénère. La Clean Girl de son côté domine très largement, tant dans les tendances que sur les réseaux sociaux, chiffres à l’appui. Mais alors que le printemps-été prochain semble être fait tant de l’une que de l’autre, peut-on y voir le début d’une métaphore plus large ? Celle d’essayer, enfin, d’être soi-même à l’ère des réseaux sociaux ? Si l’une prône la maîtrise absolue, l’autre revendique le désordre assumé. Mais aucune des deux n’est totalement « naturelle ». L’idéal, alors, ne serait-il pas d’être à la fois une Clean Girl un jour et une Messy Girl le suivant ?



