Grands noms de la place Vendôme et joailliers indépendants se toquent d’or jaune pour façonner leurs collections patrimoniales et leurs nouvelles lignes, insufflant ainsi une nouvelle esthétique à leurs classiques et à leurs créations inédites.
Pourtant, le travail de ce métal rare remonte à des temps immémoriaux. Son exploitation est attestée dès le Ve millénaire av. J.-C. à Varna en Bulgarie. L’Égypte ancienne est célèbre pour l’emploi de l’or. Les parures très finement ciselées des pharaons sont de merveilleux exemples du savoir-faire des artisans égyptiens. Dans l’antiquité, les Grecs et les Romains exploitèrent l’or pour s’en parer et comme monnaie d’échange. À l’autre bout du monde, les Incas et les Aztèques l’utilisèrent pour honorer leurs dieux.
Alors, comment expliquer cet engouement récent pour ce métal ? En période d’incertitude géopolitique et lorsque des conflits éclatent aux quatre coins de la planète, l’or jaune est une valeur refuge. Transportable en cas de problème, ce métal transformé en bijoux met à l’abri ses heureux propriétaires qui sont en mesure de fuir rapidement avec toute leur richesse sur eux. Ce fut le cas lors de la Seconde Guerre mondiale, de l’invasion de l’Afghanistan par la Russie ou encore de la révolution iranienne… Difficile de ne pas faire un parallèle avec l’actualité.
La vogue actuelle des opulents bijoux en or rappelle ainsi ce principe immuable : quand les tensions atteignent un certain niveau d’intensité, le métal précieux reprend automatiquement son statut de valeur refuge malgré la hausse vertigineuse de son prix. Son cours a doublé depuis 2019, avec une accélération depuis l’année dernière pour atteindre 2 526 € l’once ces derniers mois.

Cette flambée n’a pas refroidi les joailliers qui proposent une foule de bijoux en or jaune aux formes sculpturales et massives dans leurs collections. Les caprices du style peuvent expliquer également ce regain d’amour pour ce métal aux nuances bouton d’or.
Quand les femmes ont de nouveau envie de s’habiller et donc de se parer, elles veulent que cela se remarque. Elles ont alors une appétence pour des parures XXL en or jaune. Cette tendance rappelle le vocabulaire esthétique de la fin des années 30 et du début des années 40, tout en évoquant l’opulence qui a caractérisé les bijoux des années 80.
Fondée en 1895 par Efthymios Zolotas, la maison de joaillerie grecque éponyme proposait dans les eighties des bijoux en or 18 carats ciselé ou décoré ou en or 22 carats martelé. Ces pièces au poids imposant, parfois plus de 500 grammes, connaissent un fort regain de popularité depuis deux ans. Aujourd’hui, les joailliers, qui aiment tisser, ajourer ou graver l’or, n’hésitent pas à mâtiner leurs créations dorées sur tranche de diamants blancs.
Des icônes vêtues d’or
Imaginés il y a un siècle ou un an, certains bijoux ont acquis le statut de joyau indémodable, reconnaissable au premier coup d’œil. Afin de faire perdurer leur statut de bijou culte, ces créations sont revisitées régulièrement pour séduire encore et toujours. Et s’affichent aujourd’hui en or jaune serties ou non de diamants comme le bijou Quatre de Boucheron imaginé il y a vingt ans.
On ne présente plus Trinity signé Cartier qui souffle cette année ses 100 bougies. Ces trois anneaux d’or entrelacés sont devenus un mythe joaillier. Au cours de sa longue vie, Trinity se vit réinventé sans cesse. Pour son anniversaire, le joaillier du 13 rue de la Paix dévoile les fameux trois anneaux aux angles carrés dits « coussins » sur des bagues, bracelets et pendentifs. Cartier réédite également le bracelet et la bague originels Trinity dans une variation XXL.

La ciselure de l’or reste la signature incontournable du joaillier milanais Buccellati. Ses bijoux Macri sont cultes. Le métal ainsi travaillé capte et renvoie la lumière en lui offrant ses plus beaux reflets. La technique de gravure utilisée dite rigato consiste à créer des lignes parallèles sur la surface du métal afin d’obtenir un effet éclatant. Les diamants, sertis dans de petites rosaces, viennent enrichir et sublimer ce travail. Même constat pour les joyaux Tubogas de Bvlgari.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’approvisionnement en platine comme en diamants devenant difficile, le joaillier italien commence à privilégier l’or jaune et développe une nouvelle technique inspirée des tuyaux de gaz industriels et des échappements automobiles. En 1948, naissent les premières montres Serpenti : des cadrans géométriques montés sur des bracelets Tubogas qui s’enroulent autour du poignet.
Culte depuis les années 1970, l’esthétique Tubogas revient aujourd’hui au travers de seize références inédites : des bracelets, des colliers forme choker tout or ou sertis de diamants, ou encore des pièces Serpenti qui continuent d’explorer l’association idéale de la figure du reptile et de cette maille précieuse et ondulante qui a fait le succès de Tubogas jusqu’à ce jour.

Motif emblématique de la maison, la perle d’or égaye les créations joaillières Van Cleef & Arpels depuis les années 1920. Cette année, la ligne Perlée joue l’asymétrie avec un bracelet qui fait danser des bandes de diamants entre les billes dorées et une bague composée de deux anneaux : l’un en or poli miroir, savoir-faire signature de la maison, l’autre serti de diamants ronds. De géométrie précieuse, il en est question chez Chopard.
Le design emblématique de la collection Ice Cube associe élégance urbaine et modernité avec ses facettes carrées méticuleusement façonnées comme des miroirs de glace intercalés de diamants. Un collier choker et un bracelet mélangeant ainsi la forme du cube avec l’éclat du diamant à la souplesse incroyable viennent d’être dévoilés, mis en scène dans une campagne inédite sublimée par Bella Hadid.
En imaginant Move, Valérie Messika a ouvert une formidable brèche dans le domaine de la joaillerie avec trois diamants fixés sur un axe qui ondulent au gré des mouvements. Elle revisite aujourd’hui son icône en version XXL avec la ligne So Move grâce à un design aux proportions encore plus affirmées, colliers, pendants d’oreilles, bagues deux doigts et bracelets. Et toutes les combinaisons sont possibles : le motif Move tout or et son diamant mobile, le halo pavé de gemmes de l’entourage… Le métal noble sublime l’éclat des diamants de chaque pièce reconnaissable à ses larges aplats d’or poli.

Des nouveautés dorées sur tranche
« Le Damier de Louis Vuitton symbolise la quintessence de la joaillerie moderne », affirme Francesca Amfitheatrof, directrice artistique des univers joaillerie et horlogerie de la griffe, qui vient d’imaginer un nouvel opus. Baptisé Le Damier, celui-ci métamorphose en version précieuse le motif géométrique emblématique de la maison né en 1888.
La collection, composée de bagues, colliers, bracelets et boucles d’oreilles à pans inclinés en métal précieux et en diamants taille brillant, se décline en deux styles distincts : l’un avec deux rangées de gemmes blanches, l’autre, plus graphique, en compte quatre.
Outre-Manche, le joaillier anglais Graff, mondialement connu pour mettre en scène les plus belles pierres précieuses du monde, donne toutes ses lettres de noblesse à l’or jaune et aux diamants à travers sa collection Laurence Graff Signature. Bagues, pendentifs, créoles et maintenant bracelets rigides unisexe sont pensés en or facetté rappelant les pans taillés d’une gemme et piqués de diamants.

Même attrait pour le matériau noble aux reflets bouton d’or chez Tiffany & Co. Le joaillier américain dévoile aujourd’hui de nouvelles variations de la collection imaginée en collaboration avec Pharrell Williams. L’artiste, également directeur artistique de l’univers masculin de Louis Vuitton, s’est penché sur la forme du trident de Poséidon pour imaginer la ligne Tiffany Titan by Pharrell Williams.
Inspiré par la structure de cette lance mythologique, un motif aux pointes acérées se juxtapose à un maillon courbé et doux sur toute une série de colliers, boucles d’oreilles, bracelets et bagues à l’esprit punk. Chaque pièce mêle or jaune et diamants blancs sertis à l’envers, exposant leurs culasses pointues et intensifiant ainsi leur brillance.
Article écrit par Fabrice Léonard, à retrouver dans le n°9 d’OniriQ Magazine.



