Peut-on dire que vous êtes un pionnier du land art ?
Nils Udo : Je ne me définis pas ainsi parce que c’est un mouvement artistique américain qui regroupe des artistes qui ont amené du métal et du béton armé dans la nature à travers de grands projets. Leur propos est de faire un monument permanent, qui n’a rien à voir avec ma démarche. Je ne suis pas un sculpteur et je ne meuble pas la nature avec un objet préfabriqué. J’utilise uniquement les matériaux de la nature, rien d’autre. Mon œuvre d’art, c’est la nature elle-même.
Comment vous définiriez-vous alors?
N.U. : Je me situe plutôt dans l’« art in nature ». Si je dois essayer de vous donner une piste d’explication, je dirais que j’accorde autant d’importance au processus qu’aux traces qui résultent d’une installation.
Vos œuvres sont-elles forcément éphémères ?
N.U. : Éphémères ou permanents, les deux types de travaux existent, parce qu’à l’intérieur ou à l’extérieur, ils ont la même raison d’être. Je suis le même artiste avec la même sensibilité et je les prends systématiquement en photo. Sur la surface plane de la photo, je cherche à retranscrire au mieux l’esprit et l’intention des trois dimensions de mon travail. Ces œuvres créées in situ subissent l’érosion du temps dont il ne restera après que le souvenir photographique.
Dans vos installations in situ, dessinez-vous en amont ce que vous allez créer ?
N.U. : Seulement quand il s’agit d’une très grande pièce : je dessine, mais je fais également une maquette avec tous les détails. Cela s’impose quand je dois faire appel à des entreprises pour la réalisation. Peut-on parler de votre travail comme d’un dialogue poétique avec la nature ? N.U. : Je ne peux pas commenter mon œuvre parce qu’en vous la décrivant, je vais à l’encontre de ce que je cherche à faire : laisser la nature parler au spectateur. Je ne suis qu’un interprète de la nature et mon travail consiste à l’amener à s’exposer elle-même. J’aide la nature dans son autoreprésentation. La poésie s’invite toute seule dans ce processus. Je n’y pense même pas, cela vient ou pas.

Vos créations ne présentent aucune trace de présence humaine en dehors de votre installation, Le Nid (1978), votre seul autoportrait…
N.U. : C’est une contradiction de plus, je le sais. Quand j’ai construit ce nid, je voulais représenter l’abri primitif comme un lieu de protection pour les nouveau-nés, le point de départ de la vie. C’est un lieu de naissance, d’harmonie et de recueillement. On y ressent une forme de renouveau avec son mouvement circulaire. Je sentais l’immensité de la nature.
Quels seraient vos héritiers artistiques aujourd’hui ?
N.U. : Il n’y a personne, mon inspiration, c’est la nature elle-même. Même si, bien sûr, je me sens proche d’artistes comme Richard Long, qui utilise les éléments de la nature pour créer ses œuvres. Mais je ne connais pas vraiment les autres artistes, je ne suis pas leurs créations car je vis seul avec mon travail.
Comme un ermite ?
N.U. : Si vous voulez. Je vis dans un tout petit village de montagne, en bordure de prés, entouré par les vaches : je suis pratiquement au bout du monde avec très peu de contacts extérieurs. Cela peut paraître contradictoire mais je ne sors que lorsque j’ai une commande et je dois alors me déplacer en avion très loin !
Contradictoire avec l’essence même de votre travail qui témoigne de l’importance de la nature et de sa préservation ?
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Interview complète à retrouver dans le n°5 d’OniriQ
Crédit photo de Une : Portait de NILS-UDO © ADAGP – Courtesy Galerie Pierre-Alain Challier, Paris
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