Daaaaaali ! de Quentin Dupieux est attendu dans les salles le 1er novembre. Toute une ribambelle d’acteurs français s’y partagent la moustache de Salvador Dali (Pierre Niney, Jonathan Cohen, Édouard Baer…). En janvier sortira Bonnard, Pierre et Marthe, avec Vincent Macaigne dans le rôle de Pierre Bonnard. Et Johnny Depp réalise cet automne un biopic d’Amedeo Modigliani, avec Pierre Niney dans le rôle de Maurice Utrillo et Riccardo Scamarcio dans celui de Modi ; le même Riccardo Scamarcio qui interprétait Le Caravage l’année dernière dans le film de Michele Placido. Le cinéma s’est toujours intéressé à la vie des peintres. Le premier, c’était Rembrandt, en 1936, incarné par Charles Laughton. Depuis, ça ne s’est jamais arrêté : Vincent Van Gogh, Michel-Ange, Toulouse-Lautrec, Edvard Munch, Egon Schiele, Frida Khalo, Fragonard, Turner, Cézanne, Andy Warhol, Picasso, Artemisia, Francis Bacon, Goya, Jackson Pollock, Paul Gauguin, Vermeer, Gustav Klimt, Le Greco, Séraphine de Senlis, Pirosmani, Andreï Roublev, Brueghel l’Ancien, Auguste Renoir, Oskar Kokoschka, Paula Becker, Jean-Michel Basquiat, Alberto Giacometti, Antonio Ligabue, Hokusaï ont tous eu droit à leur biopic. Certains en ont même eu plusieurs…
Personnellement, j’ai toujours trouvé ça suspect. Comment expliquer qu’il y ait beaucoup plus de films sur les grands peintres que sur les grands couturiers, alors que les grands couturiers sont bien plus connus et que le public passe infiniment plus de temps dans les boutiques de fringues que dans les musées et les galeries d’art ? Bizarre, non ? En fait, ce n’est pas la peinture qui intéresse le cinéma. Rembrandt, Van Gogh, Frida Khalo, Salvador Dali, Modigliani et les autres ne sont pas là en tant que peintres. Ils symbolisent le génie. Il suffit de les montrer devant une toile blanche, ils se mettent à travailler et, hop, d’un coup de baguette/ pinceau magique, la toile se transforme en millions de dollars. Si ce n’est pas du génie, ça ! Et du génie que tout le monde comprend. Enfin, je parle des spectateurs, qui savent que tous ces gens sont aujourd’hui dans les musées. Car, dans le film, le génie est toujours incompris. Rembrandt se retrouve ruiné, Toulouse-Lautrec mesure 1,52 m, Van Gogh et Modigliani ne vendent rien, Séraphine fait des ménages, Salvador Dali de la publicité pour le chocolat Lanvin, Turner est l’objet de railleries, Le Caravage n’arrête pas de se bagarrer, Le Gréco moisit dans une geôle, Michel-Ange se met le pape à dos, Hokusaï est renvoyé de son école, tout le monde le voue aux gémonies, il est même la cible d’une tentative d’assassinat…
Heureusement, les spectateurs, eux, savent à qui ils ont affaire. Ils savent que la postérité viendra venger tous ces génies des humiliations qu’ils auront subies de leur vivant… Et puis, autre avantage, les génies ayant la réputation d’être complètement fous, on peut leur faire faire n’importe quoi à l’écran. Van Gogh se coupe une oreille, Michel-Ange est victime d’un burn out, Giacometti remet vingt fois sur le métier son ouvrage, Frida Kalho est communiste et lesbienne, Modigliani alcoolique, Basquiat drogué, Séraphine parle aux arbres, Picasso martyrise ses compagnes, Turner fréquente les bordels, Francis Bacon fait du S-M, Gauguin épouse une petite Tahitienne de 13 ans, Renoir est paralysé des jambes. Des héros de cet acabit, normalement, vous n’en voyez jamais au cinéma. Les majors américaines et les chaînes françaises de télévision n’aiment pas ça.
Mais si ce sont des peintres célèbres, alors là, ça passe : « Ah, ces génies, qu’est-ce qu’ils ne vont pas inventer ! Se couper l’oreille, parler aux arbres, se payer les services d’une prostituée, ce ne sont vraiment pas des gens comme nous… » Au fond, les films sur les peintres sont comme les films de serial killers. Ils montrent le même genre de marginaux : des déviants, égoïstes et cruels qui ne parviennent pas à communiquer, ni à se contrôler, ni à s’intégrer. Les uns et les autres finissent mal, en général. Les peintres, on les plaint. Les serial killers, jamais. Mais, dans les deux cas, on ressort de là rassurés, contents d’être des gens normaux, avec des goûts simples, dans la moyenne, et pas un de ces salopards qui passent leur existence à s’attirer des ennuis…



